Comment la Belgique a évité l'enlèvement de hauts magistrats

Le gouvernement a dû gérer le complot mafieux alors que alors que le Premier ministre se trouvait au sommet de la francophonie à Dakar. ©Photo News

Les services secrets américains ont permis à la Belgique d’éviter des enlèvements de magistrats. Ceux-ci faisaient partie d’un complot mafieux visant à empêcher l’extradition d’un trafiquant libanais vers les Etats-Unis.

L’affaire est restée secrète jusqu’à aujourd’hui: seuls quelques membres du gouvernement fédéral ainsi que les hautes autorités judiciaires du pays ont été mis dans la confidence. C’est qu’il a fallu, il y a deux semaines, opérer vite et bien pour déjouer un complot mafieux visant des hauts magistrats belges ainsi que du personnel diplomatique belge à l’étranger.

La trame de fond concerne le dossier d’extradition vers les Etats-Unis du Libanais Ali Koleilat Dalbi, arrêté à Bruxelles en février dernier dans la foulée d’un mandat d’arrêt international émis par la DEA (Drug Enforcement Administration). Les Etats-Unis réclament l’extradition de ce dangereux criminel, trafiquant d’armes, trafiquant de stupéfiants, mais également soupçonné d’entretenir des liens avec le Hezbollah libanais. C’est notamment dans le cadre d’un transport de 1.100 kilogrammes de cocaïne interceptés en 2011 entre la République dominicaine et l’aéroport de Deurne, à Anvers, que Washington a exigé que le criminel lui soit remis. Ali Koleilat Dalbi s’est opposé de manière catégorique à son extradition vers les Etats-Unis mais le gouvernement belge a finalement autorisé celle-ci, qui a eu lieu il y a deux semaines, sous haute tension.

Car à la suite d’écoutes téléphoniques, les services de renseignement américains ont mis à jour un complot mafieux visant à empêcher l’extradition d’Ali Koleilat Dalbi vers les Etats-Unis et à lui permettre d’échapper à la justice. Deux éléments ont été communiqués par les services américains aux autorités belges: la menace d’une attaque contre un établissement pénitentiaire en vue de faire échapper le prévenu mais également la préparation de différents enlèvements de hauts magistrats belges et de personnel diplomatique. Ces magistrats belges et ces diplomates auraient ensuite servi de monnaie d’échange pour obtenir la libération d’Ali Koleilat Dalbi. Une source judiciaire belge évalue la menace de ces enlèvements qui a pesé sur des magistrats comme "grave et réelle", mais minimise les connexions à caractère islamiste de l’affaire: "il s’agit bel et bien d’un complot mafieux dont le degré de dangerosité a été évalué comme très élevé", ajoute cette source.

Charles Michel à Dakar

Le Premier ministre Charles Michel et le ministre de la Justice Koen Geens ont donc dû décréter dans l’urgence des mesures particulières de protection de certains magistrats belges ainsi que du personnel diplomatique à l’étranger. Le gouvernement a dû gérer cette menace alors que le Premier ministre effectuait son premier déplacement hors d’Europe à l’occasion du sommet de la francophonie à Dakar.

Ali Koleilat Dalbi dispose de plus de six alias différentes et de nombreux passeports, libanais, néerlandais et vénézuélien, entre autres. Mais le criminel a aussi de nombreuses connexions avec l’Afrique de l’Ouest — le Bénin et le Liberia. Il est par exemple soupçonné d’avoir fourni un avion de type Boeing 727 au dictateur libérien Charles Taylor pour lui permettre de fuir son pays en 2003 vers le Nigeria. Pour rappel, Taylor a été condamné à 50 ans de réclusion pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité. L’ONU a fait geler les avoirs de Koleila Dalbi pour ses liens avec Charles Taylor.

Ali Koleilat est loin d’être le seul membre de sa famille connu de la justice. En mars 2013, le tribunal de Bordeaux a en effet condamné Yehia Koleilat Dalbi en Nagi Koleilat, deux autres membres de sa famille, à 8 et 5 ans de prison ainsi qu’à une amende d’1.213.050 euros pour les rôles de premier plan qu’ils avaient tenus dans une opération de blanchiment d’argent provenant d’un trafic de drogue entre l’Amérique latine et le Moyen-Orient, via l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et la Grande-Bretagne. Enfin, Zakaria, le frère d’Ali Koleilat, est actuellement incarcéré en Belgique dans l’attente de son extradition vers les Etats-Unis.

En mai dernier, une équipe de la police fédérale l’a arrêté dans un hôtel anversois. Son arrestation s’est faite sur base d’une demande des Etats-Unis, qui avaient Zakaria depuis longtemps dans le collimateur. D’après la DEA, il serait impliqué dans des opérations de blanchiment de fonds provenant d’un trafic de drogue entre Amsterdam, New York et le Nigeria.

Cette tentative de complot ourdie contre des Belges et déjouée grâce à l’appui des services américains intervient alors que le degré de nervosité est très élevé quant à la protection des autorités politiques belges. Trois menaces de mort ont été adressées contre le Premier ministre Charles Michel et sa famille. Mercredi, une réunion de coordination a eu lieu en vue de renforcer les mesures de protection autour du chef de gouvernement. La Sûreté de l’État a plaidé à plusieurs reprises déjà pour que celles-ci soient renforcées.

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