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Comment la traite des Noires a gagné Bruxelles

©Photo News

Myria épingle le développement de la prostitution nigériane à Bruxelles. La solution réside dans la lutte contre les passeurs plutôt que contre les migrants clandestins.

Si les prostituées qui s’affichent derrière les vitrines de la rue d’Aerschot à Bruxelles sont en grande majorité des Nigérianes, ce n’est pas le fruit du hasard. C’est parce que derrière cette façade se cache un business model très organisé. C’est ce que montre le rapport annuel 2018 de Myria, le Centre fédéral migration.

En 2016, l’agence européenne Frontex a recensé l’entrée de 26.000 jeunes Nigérianes sur le sol italien, en majorité repêchées en mer Méditerranée. Parmi celles-ci, 3.000 étaient des mineures d’âge dont plusieurs centaines ont fini leur route en Belgique. Or, seuls 20 mineurs non accompagnés nigérians ont été signalés dans notre pays pour 2016. D’après Myria, ces chiffres illustrent à quel point les instances belges (police, Justice, administration) n’ont pas de politique sur mesure pour les mineurs embrigadés dans les réseaux de prostitution.

Or l’âge des victimes ne cesse de diminuer. "On croise aujourd’hui des filles de 14 ou 15 ans dans la prostitution à Bruxelles", confirme le commissaire Franz Vandelook, qui travaille sur des dossiers de prostitution depuis plus de 25 ans.

Comment en est-on arrivé là? Le début de l’histoire se situe au Nigeria, où l’Europe est perçue comme l’Eldorado. Une perception renforcée par d’anciennes prostituées rentrées au pays, où elles mènent la grande vie. À cela s’ajoute l’absence de tabou autour de la prostitution. "Il est assez normal pour une femme nigériane de s’offrir un complément de revenu en vendant son corps", explique Franz Vandelook.

Bien souvent les jeunes filles sont "commandées" par d’anciennes prostituées qui tiennent un bordel en Europe. C’est un "investissement" de 35.000 à 45.000 euros qu’elles entendent récupérer sur le dos de leurs victimes.

©MEDIAFIN

Commence alors la périlleuse route libyenne à travers le Sahara, que raconte le commissaire Vandelook. "Toutes sont violées par les passeurs africains et arabes. Celles qui résistent sont abandonnées dans le désert. En Libye, les passeurs placent les migrantes dans des embarcations souvent défectueuses afin de les jeter dans les bras des ONG qui patrouillent pas loin. Une fois débarquées dans des centres d’accueil en Italie, elles sont aisément récupérées par les passeurs européens, qui les envoient vers leur destination finale. Arrivées à Bruxelles, elles travaillent pour 20 euros la passe, parfois 10 ou 5 euros seulement tant la concurrence est féroce. De cette somme, elles doivent céder une moitié à la ‘madame’ qui les a fait venir et l’autre moitié à la prostituée légale qui loue sa vitrine lorsqu’elle-même ne travaille pas. Au bout de 3.000 clients environ, elles auront remboursé leur dette et pourront s’établir à leur compte et, à leur tour, faire venir des filles."

Gagner la confiance

Comment de telles mafias peuvent-elles opérer presque impunément en Belgique, pays qui dispose pourtant d’une expérience reconnue internationalement en matière de lutte contre le trafic d’êtres humains? La réponse réside dans les lacunes au niveau de l’accueil des mineurs non accompagnés. "Magistrats, tuteurs et services d’aide à la jeunesse sont insuffisamment au courant des indicateurs qui doivent orienter les enquêtes vers la traite des êtres humains", souligne le patron de Myria, François De Smet.

Le mineur devrait, pour bien faire, être accueilli dans des structures sécurisées, comme le centre Esperanto (hélas non reconnu), afin d’être protégé des passeurs et proxénètes. Ce n’est qu’une fois qu’on a gagné la confiance des victimes que l’on pourra travailler au démantèlement du réseau. Rassembler des preuves contre les passeurs doit, selon Myria, primer sur la lutte contre les migrants clandestins.

Méthode

Traque contreproductive

Des sans-papiers ou des migrants en transit, la police en intercepte tous les jours sur les aires d’autoroutes ou dans les transports en commun. Le plus souvent, ils font l’objet d’une arrestation administrative suivie ou non d’un ordre de quitter le territoire. Histoire de rétablir l’ordre public et de lutter contre les nuisances.

Le problème, c’est que ces opérations répressives ne permettent pas de mettre à mal le business-model des passeurs et trafiquants d’êtres humains. Alors que la Belgique s’est justement constituée depuis vingt ans une expertise reconnue dans la lutte contre ce type de trafic. C’est un des points qui ressort du rapport annuel de Myria.

L’expertise belge repose d’abord sur la collecte de preuves (dans les smartphones par exemple) et la collaboration des victimes avec la justice dans le cadre du statut de victime aggravé de trafic d’êtres humains. "Les dossiers montrent que les victimes de trafic peuvent aussi donner beaucoup d’informations sur les passeurs. Il est crucial de gagner la confiance de ces victimes et d’en obtenir la coopération", confirme le directeur de Myria, François De Smet.

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