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Contrôlons vraiment le choix des ministres

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Face à la critique visant la compétence de certains ministres, la Belgique pourrait envisager une procédure de sélection avant la nomination à un poste.

Mathieu Michel, Alain Maron ou Sarah Schlitz ont défrayé la chronique ces derniers jours pour leur incompétence supposée. On ne fera pas ici leur procès. Mais dressons un constat : en Belgique, la nomination d’un ministre (ou d'un secrétaire d'État) ressort du pouvoir quasi discrétionnaire du président de son parti. Ce choix repose sur des critères totalement opaques où la compétence pour le poste convoité n’est ni prioritaire, ni nécessairement requise. Il ne faut même pas être élu pour obtenir un tel maroquin. Et, dans notre système de coalitions, même un chef de gouvernement n’a pas le pouvoir de s’opposer à une désignation faite par un autre parti au sein de son propre exécutif (sauf à provoquer une crise politique majeure).

Il existe pourtant d’autres façons de procéder, dont on pourrait utilement s’inspirer. Ainsi, la désignation d’un commissaire européen suit une procédure de sélection bien plus contraignante. Chaque candidat fait l’objet d’une enquête et doit se présenter, au Parlement européen, devant la commission de son futur domaine d’activité. Il doit y présenter son programme politique et les députés évaluent l’expertise et les performances du candidat, ainsi que sa probité. Un vote confirme ou non sa désignation. Il est déjà arrivé à plusieurs reprises qu’un candidat soit ainsi désavoué. Certains doivent passer une seconde sess’. Et tous préparent cet examen oral avec le plus grand sérieux: il faut être solide sous peine d’être recalé. Aux États-Unis aussi, le Sénat doit confirmer chaque candidat individuellement après audition, comme ce sera le cas bientôt pour les membres du gouvernement de Joe Biden.

Pourquoi ne pas organiser une telle procédure en Belgique? Certes, cela prendrait un peu de temps. Mais ce ne serait pas un luxe, contrairement aux dizaines de jours que ce pays dilapide dans de laborieuses négociations de formation d’un gouvernement.

Il est inconcevable, et pour tout dire irrespectueux, qu’un ministre fédéral ne parle pas la langue de la majorité de la population de ce pays.

Une telle évolution ne serait pas, c'est vrai, une solution miracle pour éviter toutes les dérives. Les logiques partisanes et politiciennes continuent de jouer. Cela n’empêche pas non plus les couacs après la nomination. Mais ce contrôle démocratique accru, solennel, renforce tout de même la pertinence des candidats retenus. Les choix les plus contestables peuvent être écartés. Ce screening agit surtout à titre préventif, en dissuadant des propositions farfelues ou trop hasardeuses qui risqueraient d'être refusées. Au final, il y va même de l’intérêt du futur ministre, qui voit sa légitimité renforcée par un vote positif en sa faveur.

Chez nous, une telle vérification devrait porter sur au moins trois points. Un: la compétence dans les attributions. Un ministre ne doit pas être un technicien qui connaît les arcanes juridiques de chaque dossier. Un cabinet l’épaule pour cela. Mais il doit être un manager, capable de maîtriser en profondeur les enjeux, de donner des impulsions, de trancher, d’apporter une vision. Pour endosser le costume, un ministre doit s’élever. Deux: l’intégrité. Il s’agit ici d’évacuer tout conflit d’intérêt ou toute irrégularité potentiels. Trois: la compétence linguistique. Aujourd’hui à Bruxelles, il est très difficile de décrocher un job sans connaître l’autre langue nationale… sauf si on postule comme ministre fédéral. Au gouvernement, le bilinguisme devrait être une obligation. Il est inconcevable, et pour tout dire irrespectueux, qu’un ministre fédéral ne parle pas la langue de la majorité de la population de ce pays.

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