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Danger démocratique au Parlement

Le CD&V reporte le vote sur la dépénalisation de l'avortement.

De qui se moque-t-on? Après des mois de discussions, d’expertises, de contre-expertises, de débats en commission, de cartes blanches à répétition, pour, contre, en travers, on aurait pu attendre d’un Parlement qu’il ait eu le temps forger une loi réfléchie et aboutie sur la dépénalisation de l’avortement.

Mais non. Voilà qu’une nouvelle fois, le monde politique se fait la caisse de résonance d’une cacophonie sans nom. Cinquante-cinq députés, une minorité juste suffisante pour que leur geste soit pris en compte en toute légalité, ont utilisé ce tour de passe-passe inique pour arriver à leur fin: apporter en dernière minute quelques amendements, envoyer la nouvelle copie au Conseil d’État, et ce, pour la troisième fois consécutive. Une obstruction aussi acharnée est inédite dans l’histoire du pays.

Une obstruction aussi acharnée est inédite dans l’histoire du pays.

Derrière ce énième coup de Jarnac, cdH, CD&V, N-VA s’associent au Vlaams Belang pour tenter une nouvelle fois de porter un coup de grâce à ce texte, et laisser le pays dans une situation qui, rappelons-le, crée une incertitude juridique autour de la question de l’avortement. Le même cirque parlementaire a prévalu, il y a quelques jours, avec le report sine die de l’aide aux artistes, ici aussi par le truchement d’un recours au Conseil d’État. Admirons au passage le jeu opportuniste du CD&V qui utilise l’impasse fédérale pour bloquer le texte..

Cette saga nous laisse ce goût amer dans la bouche, celui d’une démocratie confisquée où chaque parti se doit de sortir avec un trophée quitte à utiliser arguties et ficelles bon marché, et à endommager ainsi gravement la réputation de nos institutions. Le tout à un moment où les citoyens attendent des actions concrètes pour relancer l’économie du pays et où, ose-t-on encore le dire, ils espèrent encore un gouvernement fédéral après un an et demi d’apoplexie politique dont on voit ici les soubresauts somatiques.

C’est leur droit le plus fondamental dans une démocratie digne de ce nom. Et ce droit, hier, a été une nouvelle fois piétiné.

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