Dans dix ans, l'armée belge sera métamorphosée

Le véhicule blindé Griffon a été acquis dans le cadre d'un partenariat stratégique avec la France. ©BELGA

Nouveaux équipements, casernes rénovées, coopération accrue avec les voisins européens: négligée pendant des décennies, la Défense belge va connaitre l’une des plus grandes mutations de son histoire.

Depuis quelques semaines, un gros appareil ventru doté de quatre moteurs aux hélices géantes stationne sur le tarmac de l’aéroport militaire de Melsbroek. Il s'agit du premier des 8 Airbus A400M commandés par le Luxembourg et la Belgique. Plus moderne, plus puissant et doté d’une plus grande allonge que son prédécesseur – le C-130 Hercules –, l’appareil de transport militaire européen va conférer à l'armée belge des capacités de projection inédites.

9,4 milliards
d'euros
La Vision stratégique adoptée par le gouvernement Michel en 2016 a débouché sur un plan d’investissement en matériel de 9,4 milliards d’euros.

L’A400M est un des symboles de la mutation que va connaître la Défense, dans les années à venir. Car l’armée de 2030 n’aura plus grand-chose à voir avec celle de 2020, qui a d’ailleurs déjà fortement évolué depuis la fin de la Guerre froide et la suppression du service militaire.

Mutation en profondeur

Les arsenaux belges ont été vidés des chars de combat et autres véhicules chenillés, mais aussi de l’artillerie ou des missiles antiaériens. Les unités lourdes ont cédé la place à des formations motorisées plus modestes. Une évolution doctrinaire – le mot d’ordre depuis trois décennies est la mobilité –, mais aussi et surtout d'ordre budgétaire.

Mais tout cela va changer. La Vision stratégique adoptée par le gouvernement Michel en 2016 a débouché sur un plan d’investissement en matériel de 9,4 milliards d’euros. "Peu de citoyens belges en sont conscients, mais la Défense est dans une phase fondamentale de restructuration" a expliqué le nouveau CHOD (Chief of Defence), l’amiral Michel Hofman, lors d’une rencontre avec la presse. "D’ici 5 à 10 ans, nous allons transformer toutes nos capacités, dont une partie pour renforcer des déficits au niveau européen."

Lifting en profondeur pour la composante Air

C'est sans doute la composante Air qui est la plus concernée par les changements à venir, avec la réception prochaine des A400M, puis de 4 drones MQ-9B SkyGuardian et enfin de 34 nouveaux avions de combat F-35 américains, dont l’entrée en service s’étalera jusqu’en 2030.

Avant la fin de cette année, un appareil belge pourra même ravitailler en vol d'autres avions de combat, la Belgique ayant investi dans un Airbus 330 MRTT, qui sera intégré dans une flotte multinationale de 9 appareils ravitailleurs européens basée à Eindhoven. Une grande nouveauté pour la Défense belge, en même temps qu’un bel exemple de coopération militaire européenne.

L'avion ravitailleur Airbus 330 MRTT acheté par la Belgique sera intégré dans une flotte multinationale. ©RAAF

Nouvelle ossature pour la composante Terre

Aucune des forces n’a été oubliée. Dans dix ans, l’ossature de la composante Terre sera constituée de véhicules blindés de transport et de reconnaissance (Griffon et Jaguar), qui ont été acquis dans le cadre d’un partenariat stratégique avec la France. Un accord qui couvre bien plus que les seuls achats d’équipements: si les matériels des deux pays seront identiques, les doctrines le deviendront également, tandis que l’interopérabilité entre les unités françaises et belges sera renforcée.

"D’ici 5 à 10 ans, nous allons transformer toutes nos capacités, dont une grande partie pour renforcer des déficits au niveau européen."
Michel Hofman
Chef de la Défense

Tous les autres véhicules plus légers de l’armée de terre seront eux aussi remplacés. Même les bottines des soldats vont être renouvelées, avec une commande auprès de l’Allemand Meindl!

Chasseurs de mines nouvelle génération

Enfin, la Marine va elle aussi franchir une étape capacitaire majeure avec l’arrivée, à partir de 2024, de nouveaux chasseurs de mines de nouvelle génération. Un programme très européen lui aussi: mené avec la marine néerlandaise, qui sera dotée de navires identiques, il a été attribué aux sociétés françaises Naval Group et ECA-Robotics, qui ont impliqué plusieurs entreprises belges. Les futurs bâtiments mettront en œuvre un système novateur totalement robotisé – avec des drones navals et aériens – pour la détection et la neutralisation des mines.

Le dernier grand programme qui doit aboutir à la fin de cette décennie est celui des deux nouvelles frégates, également en collaboration avec nos voisins néerlandais. "À cela, il faudra encore ajouter quelques décisions pour corriger la vision stratégique en matière d’artillerie, de génie, de défense antiaérienne, de moyens de communication et de cybersécurité", ajoute encore le CHOD.

Modernisation des infrastructures

Le plan d’investissement concerne également les infrastructures, avec 1,5 milliard d'euros pour la construction, l'équipement et l'entretien de nouvelles installations. Le gouvernement a donné, il y a une semaine, son feu vert à la rénovation complète de l'aéroport militaire de Melsbroek.

Les bases de Florennes et Kleine-Brogel seront adaptées pour accueillir le F-35. Deux nouveaux "quartiers du futur" destinés à s’intégrer dans le tissu économique et social local vont surgir de terre, dont l’un à Charleroi. Le cœur stratégique de l’armée, le Quartier Reine Elisabeth à Evere, qui abrite l'état-major, va être complètement redessiné.

De nombreuses installations militaires, comme l'hôpital militaire Reine Astrid, vont faire peau neuve. ©Karoly Effenberger

Vaste plan d'embauche

Un autre gros défi, c'est le personnel. L'armée est en train de devenir l'un des principaux recruteurs de main-d'œuvre du pays: elle doit trouver 10.000 militaires durant les 6 prochaines années pour compenser les départs à la retraite. Un casse-tête pour l’amiral Hofman. "Jusque 2025, cela ne va pas s’améliorer, à politique inchangée. La courbe va probablement continuer à descendre" pour atteindre moins de 21.000 personnes (militaires et civils)! Un niveau historiquement bas.

10.000
militaires
L'armée doit recruter 10.000 militaires durant les 6 prochaines années pour compenser les départs à la retraite.

L’armée pourra-t-elle continuer à fonctionner normalement avec de tels sous-effectifs? "De manière structurelle, la réponse est non", rétorque le CHOD. "Dans beaucoup de services, nous sommes au point de rupture. Certaines choses sont soit stoppées, soit reportées. Il faudra infléchir le plus possible cette courbe descendante", conclut l’amiral Hofman, qui rappelle que la Défense y travaille d’arrache-pied en créant de nouveaux statuts, en cherchant des synergies avec d’autres secteurs et en revalorisant le métier de militaire.

L’hôpital militaire sera remplacé par un "Medical hub"

L'hôpital militaire Reine Astrid de Neder-Over-Heembeek va, lui aussi, faire peau neuve. Même si aucune décision n'a encore été prise, le bâtiment actuel, "beaucoup trop grand, trop énergivore et qui n’est plus adapté", selon l’amiral Hofman, est voué à la démolition et sera remplacé par un édifice neuf, dont les fonctions seront différentes.

Dans le cadre des réflexions sur le plan de relance, la Défense a en effet proposé l’idée de créer un "Medical Hub", dont l’utilité a été mise en évidence à l’occasion des attentats et de la crise sanitaire, selon le CHOD. "Ces deux événements ont renforcé la conviction selon laquelle il y a un besoin pour un hôpital militaire pour gérer ce genre de crise. L’hôpital militaire peut servir de cellule de base pour ce Medical hub."

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