interview

"Dans la lutte climatique, les entreprises font partie des solutions" (Pieter Timmermans, FEB)

©SISKA VANDECASTEELE

L’appel avait été formulé en 2017 déjà. Il est réitéré: "Il faut un équilibre entre le respect de nos engagements environnementaux, le maintien de la compétitivité de nos entreprises, et la sécurité de l’approvisionnement en énergie afin d’éviter les blackouts", martèle Pieter Timmermans, administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), rencontré ce mercredi.

Mais cette fois, l’heure est d’autant plus grave. "Il faut agir sans plus attendre dans la transition énergétique, car 2025 (ultimatum à mi-parcours fixé par l’Europe en matière climatique, NDLR), c’est demain."

Vous n’avez pas été entendu, il y a 2 ans?

Nous n’avons pas l’impression que le plan transition énergétique (dit plan national intégré Energie-Climat, ou "PNEC", NDLR), approuvé par les quatre ministres compétents il y a de cela un an, fera vraiment bouger les choses. On en retire un sentiment de manque de coordination entre Régions où chacun y va de son initiative, et ce alors que c’est le fédéral qui est responsable en cas de pépin ou d’amende éventuelle.

Que demandez-vous?

"Incapable de construire un stade de foot en deux ans à Bruxelles, on va construire 5, 6 ou 7 centrales au gaz ou au charbon comme ça, d’un claquement de doigts?"

Un vrai débat, avec un vrai plan. Sur le modèle de ce que nous avons fait, nous, avec tous les stakeholders possibles et imaginables, des producteurs aux consommateurs d’énergie, des petites aux grandes entreprises… Cela n’a pas été évident. Mais tout le monde est d’accord sur les trois piliers de la transition que sont le respect de nos engagements, le maintien de la compétitivité, et la sécurité de l’approvisionnement. Or, lors de la campagne en vue des dernières élections, les partis n’ont souvent misé que sur un ou deux de ces piliers.

L’aspect sécurité d’approvisionnement a été négligé, dites-vous en filigrane?

Qu’on balaie d’un revers de la main la question en disant qu’on importera de l’énergie d’Allemagne, pas de problème, mais derrière, il faut peut-être rappeler que l’on retrouve des centrales au charbon et à lignite, toutes deux ultra-polluantes. De même, si on choisit la France, l’énergie y est produite par le nucléaire. Ce qui n’est pas tolérable chez nous, mais le serait de l’autre côté de la frontière?

Il manque d’une vision commune?

Oui. On a besoin d’une vraie coordination entre entités fédérées – après tout, c’est un sujet sensible qui touche directement au portefeuille. Et ce, au plus haut niveau. Je parle là des ministres-présidents et du Premier ministre. Avec, pourquoi pas, un comité de monitoring, comme cela avait promis par le passé. On n’en entend plus rien aujourd’hui. Quand j’ai participé au groupe de travail (regroupant 6 personnes dont Dominique Leroy, Marc Raisière ou encore Michèle Sioen, NDLR) sur le pacte national pour les investissements stratégiques, je n’ai jamais entendu personne dire: ceci relève des compétences de la Flandre, cela de la Wallonie. La seule question était: quelle est la solution idéale pour notre pays. Il faut faire la même chose.

N’êtes-vous pas mal placé pour vous positionner sur le climat? Ne ressentez-vous pas une certaine hostilité du citoyen?

Les phrases clés

"2025, c’est demain. Il faut agir maintenant." "On a besoin d’un vrai débat auquel participerait l’industrie, avec un vrai plan, aux plus hauts niveaux."

"On n’entend plus parler de l’idée d’un comité de monitoring sur le climat..."

"Pour avancer, on pourrait se mettre d’accord sur une série de thèmes limitée avec un exécutif de redémarrage au Fédéral."

 

Quand j’entends les manifestants qui nous jugent comme des mauvais, des émetteurs de CO2, ils oublient quelque chose: nous sommes à leurs côtés pour trouver des solutions. Prenez Ineos (ce groupe chimique britannique aux grands projets à Anvers, NDLR). Il veut installer la plus moderne installation qui soit, offrant des solutions sur le long terme, avec plus de 400 emplois directs pour peut-être 800 indirects à la clé, sur un terrain initialement réservé à l’industrie, sur lequel une faune et une flore se sont évidemment développées, et on lui refuse (le déboisement a suscité pas mal de critiques au sein la population anversoise et des organisations de défense de l’environnement ces dernières semaines, NDLR). Et ce, alors qu’il propose de créer 55 hectares de bois à un autre endroit en contrepartie… Si on veut avancer, il faut parler avec l’industrie. Des douze manifestations passées à 200 m d’ici, personne n’est jamais venu débattre avec nous.

D’autant que le temps passe…

Que l’on décide de fermer les centrales nucléaires ou pas – selon nous il faudrait en garder au moins deux ou trois pendant un temps –, après tout, c’est une décision politique, il faudra tout de même investir. Que ce soit pour des centrales au gaz ou autre. Et là, il faut avancer d’urgence – chaque jour qu’on perd est une éternité. Et être sérieux. On est incapable de construire un stade de foot en deux ans à Bruxelles et on va construire 5, 6 ou 7 centrales au gaz ou au charbon comme ça, d’un claquement de doigts? Allez… Il faudra d’abord un plan, puis un plan d’investissements, puis des moyens, puis des permis au niveau belge, puis des autorisations au niveau européen, puis encore seulement commencer à construire… Et tout ça, à condition encore, que dans les communes concernées, il n’y ait aucune action ou de mouvement disant "pas chez nous".

En parallèle, l’on pense aussi à la fiscalité, qui peut être un levier de transition.

Que ce soit au niveau de la mobilité ou de l’usage de certains types d’énergie, il faut une politique fiscale qui change les comportements. Sinon, ce qui sera décidé sera perçu comme une recette supplémentaire pour combler les déficits. Prenez le "budget mobilité" (permettant d’échanger sa voiture de société contre des alternatives plus durables, NDLR) où les partenaires sociaux ont donné l’exemple. C’est vraiment une mesure qui fait que les travailleurs et les entrepreneurs changent.

Vous avez été reçu par les informateurs royaux. Vous écoutent-ils?

Ils ont bien noté le message. Parce qu’ils savent très bien que le climat et l’énergie sont des sujets extrêmement sensibles, mais aussi préoccupants. Je pense qu’ils ont la conviction qu’il faut faire quelque chose. Tout comme au sujet du marché du travail, de la mobilité, des investissements, et du rôle à jouer par les partenaires sociaux – là, une bonne relation est importante, car elle permet toujours d’être plus fort face aux chocs économiques venant de l’extérieur, et on en aura avec le Brexit, Trump, l’affaiblissement économique en Allemagne, le budget en Italie, la guerre commerciale entre Chine et Etats-Unis, les problèmes européens, le prix du pétrole…

On semble stagner au Fédéral. Quid?

Si vous voulez d’un gouvernement qui règle tout, soit tous les thèmes imaginables et tous les chiffres après la virgule, cela va prendre énormément de temps. Or, on doit agir maintenant. On pourrait par exemple se mettre d’accord sur une série de thèmes limitée, que l’on résoudrait à très court terme, avec un gouvernement de redémarrage. C’est-à-dire avec une équipe limitée, un programme limité et pour une période limitée. Mais la décision incombe aux présidents de parti à un certain moment. Si au contraire, on arrive à un gouvernement de plein pouvoir, je n’ai aucun problème.

D’autant qu’un plan énergie et climat est attendu pour fin d’année par l’Europe…

Qui va le faire? Avec quel contenu? Ma crainte est que chacun envoie son plan à un ministre fédéral qui les juxtaposerait dans un document en disant, voilà, ça c’est le plan pour la Belgique. Désolé, mais là, il n’y a pas de vision à long terme…

Quid sur l’idée de l’Europe d’accélérer?

Ce ne sera déjà pas facile de réaliser les objectifs fixés en Belgique vu leur complexité et on voudrait aller encore plus loin? Il faut un plan ambitieux, mais réaliste.

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