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Dans la peau de Marc Goblet

Journaliste

Il y a une personne dans la peau de laquelle on n’aimerait pas être, en cette fin de semaine. C’est celle de Marc Goblet. Le numéro 2 de la FGTB, Liégeois de cœur et de sang, imaginait-il, lundi matin au réveil, que les actions de sa centrale allaient provoquer un tel emballement médiatique? Peut-être en rêvait-il. Mais pas dans ce sens là…

Lundi, premier jour des grèves tournantes annoncées en opposition au gouvernement Michel, Marc Goblet espérait sûrement que l’action dirigée par son camarade Francis Gomez serait un succès. Qu’elle allait décupler le mouvement, ramener dans son sillage la CSC restée frileusement au balcon.

Mais voilà. C’était sans compter la base. Parfois trop chaude. Parfois ignorante des lois. Ces grévistes cow-boys qui bloquent les chaussées au nom de leur colère (peut-être légitime). Avec deux conséquences dramatiques. Deux morts. Deux cœurs qui ont lâché, et n’ont pu être sauvés à temps.

 

Mercredi, jeudi, vendredi, c’est avec cela que Goblet a dû vivre. De statut de défenseur des travailleurs, la FGTB a basculé dans l’image d’organisation noyautée par des extrémistes violents, incapables de compassion face au décès d’une Danoise de 74 ans (car malheureusement, c’est l’absence d’excuses de la part de l’aile liégeoise que l’on retiendra avant les condoléances du siège). Dans l’image d’un syndicat "lâche", incapable d’assumer ses responsabilités.

À s’entêter à user d’armes "violentes", la FGTB se décrédibilise.

Marc Goblet va devoir déployer des trésors d’imagination pour redorer le blason de la FGTB. Car chaque jour qui passe, le syndicat s’enlise dans une stratégie qui se retourne contre lui. Francis Gomez l’a déjà compris: il a considéré l’action comme "ratée". "Un certain type d’action amène plus de difficultés qu’autre chose", dit-il au "Soir".

En effet. La radicalisation, à un moment, cela ne passe plus. La CSC l’a compris bien avant. Le syndicat chrétien a déjà amorcé le virage, disant préférer les actions plus "symboliques". Aujourd’hui, c’est la FGTB qui va devoir la suivre, elle qui rêvait que les 4 millions de travailleurs lui emboîtent le pas.

La FGTB n’aura pas le choix. Car à s’entêter à user d’armes "violentes", à se dégager de toute responsabilité, elle se décrédibilise (la preuve, on entend même plus son message). Ensuite, car elle donne aux libéraux non plus un bâton pour la battre, mais une matraque: remise en cause du droit de grève, de la personnalité juridique des syndicats, ces propositions reviennent souvent sur le tapis du Parlement. Et cela ne va pas s’arrêter.

Enfin, car demain, ce sont les élections sociales. Difficile de dire si les actions de la FGTB seront payantes (ou pas) dans les urnes. Le choix des travailleurs est davantage guidé par la personnalité des délégués dans les entreprises. Mais quand même. En mai 2016, on scrutera attentivement le résultat des urnes. Et on se souviendra de ce mois d’octobre…

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