De Croo charge Lufthansa devant le Parlement

"Pendant deux mois, nous n'avons pas reçu de contre-proposition de Lufthansa", accuse De Croo. ©BELGA

Selon le ministre fédéral des Finances, Alexander De Croo, l’absence d’accord sur le sauvetage de Brussels Airlines est entièrement la faute de son propriétaire allemand Lufthansa.

24 appels vidéo, 6 versions d'accords, principalement rédigées par des mains belges... Mercredi, en commission à la Chambre, le ministre fédéral des Finances Alexander De Croo (Open VLD) a énuméré les efforts déployés par le gouvernement pour sauver Brussels Airlines.

"Lufthansa est très souvent revenu en arrière sur des points importants pour notre pays."
Alexander De Croo
Ministre fédéral des Finances

La compagnie aérienne belge a demandé le 17 mars 290 millions d'euros d'aides d'État pour survivre à la crise du coronavirus. Le fait qu'il n'y ait toujours pas de fumée blanche près de 4 mois plus tard, De Croo l'attribue entièrement à l'attitude du propriétaire allemand Lufthansa. "Lufthansa est très souvent revenu en arrière sur des points importants pour notre pays." Promettre de l’argent à Lufthansa sans rien exiger en retour, ce serait naïf, pour le ministre. L’Etat belge a donc demandé que le business plan, qui court jusqu’en 2023 et comprend principalement une grosse restructuration avec 1.000 licenciements, soit prolongé jusqu’en 2026, pour offrir davantage de perspectives de croissance. Une série de conditions ont été couplées à l’aide d’Etat : que Lufthansa investisse aussi dans Brussels Airlines, qu’il suive la concertation sociale, qu’il licencie le moins de personnes possible et qu’il tienne ses promesses.

Des garanties

Vu la situation financière très précaire de Brussels Airlines, De Croo voulait que l'Etat investisse dans le capital de la compagnie aérienne et devienne actionnaire. "Lufthansa a toujours clairement indiqué ne pas être en faveur de ce scénario."

Selon De Croo, les Allemands ne voulaient qu'une "subvention", un prêt que Lufthansa ne devrait pas rembourser. "Pour Lufthansa, ce devait être un prêt et rien d’autre. Mais ce n’était pas une option pour nous. C’est pourquoi il y a eu beaucoup de discussions." Le gouvernement est alors venu avec un système de "certificats de participation aux bénéfices", une forme hybride entre le prêt et le capital. Les Belges voulaient aussi un système de règlement des éventuels conflits, éventuellement avec un arbitre neutre. Mais ils n’ont pas reçu beaucoup de réponses à leur proposition. "Entre le 11 mai et le 11 juillet, nous n’avons reçu aucune contre-proposition de Lufthansa", a pointé De Croo. Une petite phrase qui laisse entendre que depuis, Lufthansa a quand même formulé une contre-proposition.

Des vols annulés

Entre-temps, Lufthansa, qui se refuse à tout commentaire, fait pression sur le gouvernement. Mercredi, Brussels Airlines a annoncé qu’il annulait les vols supplémentaires prévus par la compagnie pour la première semaine d’août, ce qui va affecter 7.000 passagers. Une réduction de voilure que la compagnie aérienne justifie par l’absence d’accord avec le gouvernement belge, et la dégradation de sa situation financière. "Une gifle pour les travailleurs", commente De Croo. Et la semaine dernière, Dieter Vranckx, le CEO de Brussels Airlines, expliquait à la Chambre qu’il espérait un accord rapide. "Notre cash n’est pas infini", avertissait-il, ajoutant que ce n’était pas "une question de mois, mais de semaines".

Mais du côté belge, on semble se moquer de cette mise sous pression. "Les Allemands ne se sont pas fait entendre pendant des mois. Ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes", lâche une source. En outre, Lufthansa dispose d'un plan de sauvetage de 9 milliards d'euros avec le gouvernement allemand et d'accords avec les autorités autrichiennes et suisses. "Nous nous demandons s'ils sont vraiment intéressés", murmure une source belge.

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