chronique

De la camelote, on vous dit!

Benoît Mathieu

On a failli oublier. Finalement, on est allé voir à quoi ressemblait Kanal, cet ancien garage métamorphosé en musée d’art contemporain.

Par charité, on passera sur sa fonction accessoire de machine à recycler les chefs de cabinet bruxellois, pour se concentrer sur le fond. On va ramasser notre pensée en une tournure fulgurante: c’était vachement bien. Voilà, c’est dit.

En sortant de cette monumentale cathédrale industrielle, une interview récente de Zuhal Demir (N-VA), la secrétaire d’État en charge de la Politique scientifique, nous est revenue en tête. Magnanime, elle n’excluait pas que le Fédéral puisse lui prêter des œuvres – au cas par cas et de façon temporaire, ne nous emballons pas. Vous allez dire que c’est déjà plus souple que la ligne Elke Sleurs, aussi flexible qu’un parpaing? C’est sûr.

On prévient le bouillant député Groen. La prochaine fois qu’on le croise, on le prend dans nos bras.

On n’a pu s’empêcher de s’interroger: dans quel pays vit-on? Où un gouvernement refuse à sa propre capitale de lui prêter des œuvres pour un musée qui, jusque-là, manquait cruellement. Obligeant Bruxelles à se tourner vers l’étranger et à nouer un partenariat avec le Centre Pompidou – plutôt réussi, le partenariat, mais là n’est pas la question.

On y voit l’illustration-type de l’absurdité tragicomique du fédéralisme à la belge. On en a plein d’autres dans notre sac à malices, notez bien. Florilège.

La Flandre entend doubler le ring de Bruxelles et, pour ce faire, peut se passer peu ou prou de l’avis de… Bruxelles. Bah oui, le bidule est en Flandre. Et qu’importe si la capitale croule sous la congestion et a les poumons qui s’encrassent. À ce sujet, il est piquant de relever que les nationalistes flamands omettent d’appliquer à la circulation automobile ce qui constitue leur bible en matière de migration: la théorie de l’appel d’air.

On dispose, en Belgique, de quatre ministres de la Mobilité. Idem pour l’Énergie ou l’Environnement. Allez mener avec cela la moindre politique cohérente.

Voilà un pays où les routes aériennes dépendent moins de la densité de la population survolée que de la langue dans laquelle celle-ci s’exprime. Un pays où une autorité publique s’efforce de pourrir la vie de ses citoyens en les empêchant de communiquer avec l’administration dans la langue (nationale!) de leur choix. Dans un pays normal, la cohabitation de plusieurs langues constitue un atout. Pas en Belgique, qui manie comme personne l’art de changer l’or en plomb. Surtout ne dispensons pas un enseignement bilingue! Non, chacun enseigne sa petite langue de son côté.

De par le monde, la Belgique vante son art du compromis et son fédéralisme de coopération. Publicité mensongère: surtout, que personne n’achète cette camelote. C’est un fédéralisme de blocage et d’échec.

Alors autant vous dire qu’on a accueilli la sortie du livre de Kristof Calvo avec un grand sourire. Pas qu’on soit d’accord avec tout, mais en voilà un qui entend reconstruire quelque chose d’efficace et de sensé. On prévient le bouillant député Groen. La prochaine fois qu’on le croise, on le prend dans nos bras.

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