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De Wever de plus en plus isolé en Flandre

©RV DOC

le Roi a décidé de rencontrer les vice-Premiers ministres du gouvernement fédéral cette semaine. Afin de renforcer les affaires courantes qui risquent de se prolonger? Qui sait… Dave Sinardet (KUL) analyse la situation.

Le premier week-end de travail du conciliateur Johan Vande Lanotte a donné le ton. Sa mission sera bel et bien très difficile.

En attendant, la N-VA est de plus en plus isolée par les autres partis flamands. Elle l’accepte très mal, et s’est crispée face aux distanciations du sp.a., de Groen! et même du CD & V sur la loi de financement et sur BHV. De là à s’exclure? Dave Sinardet, politologue à la KUL, analyse avec nous la situation.

Le climat de ce week-end a été miné par la guerre des chiffres et les désaccords. La N-VA n’a cessé de critiquer le conciliateur et son parti, le sp.a. Dans ce cadre, la mission de Johan Vande Lanotte a-t-elle encore une chance d’aboutir?

Cela semble plutôt mal parti en effet. Il y a une semaine, tous les partis étaient encore derrière la N-VA, ce n’est clairement plus le cas. Du coup, la N-VA a peur de se retrouver à nouveau isolée si Johan Vande Lanotte trouvait une solution qui puisse contenter les six autres partis.

La N-VA joue donc les "Caliméro". Qu’est-ce qu’une telle stratégie peut lui apporter?

Le discours "Caliméro" est typique de la N-VA, elle le pratique depuis longtemps. En adoptant cette attitude, elle veut faire en sorte que les autres partis aient des difficultés à l’exclure. Elle ne veut pas s’exclure elle-même. C’est pour cela qu’elle rentre malgré tout dans le jeu du conciliateur tout en le critiquant, brouillant ainsi son message. Mais c’est aussi parce que le Roi ne lui en a pas trop donné le choix…

La difficulté de la N-VA à donner un message clair montre-t-elle aussi des divisions internes?

La N-VA oscille entre le rôle classique d’un petit parti d’opposition nationaliste qui met la pression sur les autres, et le nouveau rôle de grand parti devant prendre ses responsabilités, qu’elle a reçu depuis les élections. Mais la stratégie est claire: ils ne veulent pas s’exclure, ni être ceux qui déclencheront les élections, car ce n’est pas très populaire.

Les sondages montrent pourtant qu’elle sortirait renforcée de nouvelles élections… Vous n’en êtes donc pas sûr?

Aucun électeur ne veut aller revoter. Celui qui déclenchera les élections en payera donc le prix… On l’a notamment vu auparavant avec l’Open VLD. Ici, cela fait presque six mois que la crise dure, ce serait encore pire.

En faisant des déclarations telles que "nous ne sommes pas intéressés par une participation au gouvernement", "nous n’avons pas peur de l’opposition" (N.D.L.R. Jan Jambon et Liesbeth Homans, dans la presse flamande ce week-end), la N-VA ne montre-t-elle pas qu’elle cherche une porte de sortie?

On peut se poser la question. Elle donne l’impression de ne pas vouloir prendre ses responsabilités gouvernementales. Elle pose la note de De Wever comme un minimum à atteindre, elle a un discours populiste disant que tous ceux qui vont au gouvernement renient leurs principes. Cela lui rend forcément les choses plus difficiles.

En outre, et c’est peut-être plus important en Flandre que l’aspect communautaire qui finalement n’intéresse pas beaucoup de gens , ils sont très à cheval sur la politique à mener en matière socio-économique ou sur l’immigration. Ils jugent la politique actuelle trop laxiste. A ce niveau il y a une division entre la N-VA et les autres partis. La N-VA a peur de se retrouver dans un gouvernement où elle ne pourrait pas faire la différence sur ce terrain-là.

Enfin, pour un parti nationaliste-séparatiste comme la N-VA, une participation gouvernementale fédérale n’est pas évidente puisqu’une partie de son discours est basée sur le fait que le fédéral ne fonctionne plus. Pourquoi aiderait-elle à ce qu’il fonctionne mieux?

Le CD & V ne soutiendra pas la N-VA sur BHV jeudi à la Chambre, tout comme les autres partis démocratiques flamands. Cherchent-ils à apaiser les choses ou se placent-ils déjà en vue de futures élections?

Peut-être tablent-ils en partie sur de nouvelles élections. Certains estiment que c’est sans doute plus porteur à l’heure actuelle de se profiler contre la N-VA. Mais je crois surtout qu’ils essayent d’éviter de mettre de l’huile sur le feu, et veulent donner toutes ses chances à la conciliation.

L’époque de la surenchère est donc révolue?

Il semblerait bien que oui. On tient aujourd’hui le même discours qu’en 2007, où l’on disait que cela ne sert à rien de voter en force au Parlement. C’est un changement fondamental. On rompt la dynamique de surenchère, qui n’était finalement que du théâtre qui ridiculisait plus qu’autre chose les partis.

Cette distanciation par rapport à la N-VA pourrait-elle aider à débloquer les choses?

Non, la situation reste la même, on se demande toujours si la N-VA est prête à s’engager, notamment sur l’optimisation des chiffres…

Pourquoi la N-VA craint-elle autant une évaluation des modèles de financement par la BNB et le Bureau du Plan?

Elle considère qu’elle n’a pas d’alliés dans ces organismes, qu’ils ne regroupent que des gens du PS et du sp.a. Or, la N-VA a des universitaires plus proches d’elle, elle veut donc que la mission soit aussi confiée à des gens en qui elle aura confiance.

Une solution de déblocage pourrait-elle être l’arrivée des libéraux?

Non, surtout pas les libéraux francophones, sauf si le MR laisse tomber le FDF… Dans la proposition de Di Rupo, il y avait une solution qui, d’un point de vue historique, était la meilleure proposition. Mais c’était déjà aller trop loin pour la N-VA. On voit mal alors comment elle pourrait arriver à un accord avec le FDF.

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