chronique

Démissionner n'est pas dans les mœurs, mais...

Journaliste

Ludivine Dedonder résiste à la tempête dans un pays où il en faut beaucoup pour qu'un ministre fasse un pas de côté.

Ludivine Dedonder s'accroche. Malgré la tempête de l'affaire Jürgen Conings et l'échec, jusqu'ici, des recherches menées par l'armée et la police, pas question pour la ministre de la Défense de faire un pas de côté. Même si sa responsabilité politique est évidemment engagée, la socialiste n'a aucune raison objective de démissionner. Elle n'est pas prise en défaut puisqu'il apparaît que l'information selon laquelle l'ex-militaire était classé dangereux avant qu'il ne s'empare d'armes de guerre et démarre sa cavale n'est pas remontée jusqu'à elle. Pas même le chef des renseignements militaires n'avait été mis au courant, a-t-elle affirmé cette semaine à la Chambre.

Si le fuyard est toujours en vie, il n'a heureusement encore commis aucun crime de sang. Par ailleurs, huit mois après son entrée en fonction, et plus de 5 ans d'opposition pour le PS, il est difficile de lui imputer les problèmes structurels pointés par le chef des armées. Ludivine Dedonder échappe aux soupçons tandis que son plan d'investissement et les 10.000 nouvelles recrues qu'elle annonce à la Défense viennent à point nommé pour renforcer son bouclier politique.

Noble catégorie

Pour autant, l'opposition N-VA, chauffée à blanc par les attaques de la ministre elle-même, n'a pas renoncé à avoir sa peau. Dedonder tient bon? Qu'à cela ne tienne, dirigeons les tirs vers son cabinet. C'est ce à quoi s'emploie le chef de groupe Peter De Roover ce week-end dans nos colonnes. C'est d'autant plus habile que les questions soulevées sont légitimes. Est-on sûr qu'aucun des collaborateurs des ministres concernés n'avait été averti de la menace représentée par le militaire Conings? Et finalement, n'était-ce pas de la responsabilité du gouvernement de s'informer régulièrement de cette fameuse liste dressée par l'Ocam? Le feuilleton est loin d'être terminé.

On parle ici du simple fait d'être en charge d'une compétence dans le cadre de laquelle un manquement grave de l'État est déploré.

Dans ce débat, Ludivine Dedonder sera aussi servie, il faut bien le dire, par une tradition: démissionner sur la base stricte d'une responsabilité ministérielle ne semble plus dans les mœurs politiques en Belgique. On parle ici du simple fait d'être en charge d'une compétence dans le cadre de laquelle un manquement grave de l'État est déploré. La démission intervient alors comme un signal fort destiné à désamorcer une crise. En 1998, Louis Tobback avait agi de la sorte suite au décès de Semira Adamu. Plus tôt dans la décennie, l'évasion de Marc Dutroux avait conduit Stefaan De Clerck (Justice) et Johan Vande Lanotte (Intérieur) à la démission. Leur position était parfaitement intenable, tant en raison de la nature invraisemblable des faits que de la colère qui tordait le ventre de la population à l'époque.

Depuis, nombre de démissions ont animé la vie politique sans relever de cette noble catégorie. Exemple avec Isabelle Durant (Ecolo), sortie en 2003 au terme de querelles internes au gouvernement. Plus proche de nous, la démission de Jacqueline Galant (MR) précipitée après que son affaire ait abîmé directement l'image de son Premier ministre Charles Michel. Et sous la Suédoise, on se rappelle du piètre spectacle offert par les pseudo-démissions (remises puis refusées) mises en scène par Jan Jambon (ministre N-VA de l'Intérieur) et Koen Geens (ministre CD&V de la Justice) dans la foulée des attentats de Bruxelles. On pouvait déjà se dire à l'époque que la responsabilité politique était en train de se perdre.

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