Des lectures différentes du bilan économique des années Michel

©Hollandse Hoogte / Olivier Midde

À partir des statistiques officielles (Banque nationale, Bureau du plan, ONSS, etc.), la FGTB dresse un état des lieux socio-économique du pays. Pour le syndicat socialiste, tous les clignotants sont en alerte. La faute aux politiques "de droite" du gouvernement Michel. Pour vérifier cette affirmation, nous avons confronté certains chiffres.

Les faits

Croissance. Depuis 2015, le PIB belge progresse moins vite que celui de la zone euro. "Quatre années perdues", selon le président de la FGTB, Robert Vertenueil. Sous l’ère Di Rupo (2011-2014), c’était l’inverse: la croissance belge était supérieure à la moyenne européenne.

Emploi. "Jobs, jobs, jobs", disait Charles Michel. Or la FGTB constate que les 230.000 emplois créés ne sont que pour une partie imputables aux politiques du gouvernement. C’est surtout la conjoncture qui a joué favorablement. Ce chiffre cache en outre un taux d’emploi qui n’a progressé que de 2,6% entre 2014 et 2018. Ce qui place notre pays en queue de peloton européen, loin derrière le Portugal (8%).

"L’ère Michel, ce sont quatre années perdues."
Robert Vertenueil
président de la FGTB

Salaires. Malgré l’indexation automatique, les salaires réels (sans inclure l’inflation) ont régressé de 2,4% depuis 2014. En Allemagne, sur la même période, les salaires ont progressé de 7%. En France et aux Pays-Bas, la hausse est de 3%. Hormis la Grèce, la Belgique est le seul pays de l’UE où le salaire minimum a perdu de sa valeur entre 2010 et 2019 (-3%).

Pauvreté. Environ 250.000 Belges gagnent moins de 60% du revenu médian (qui est de 1.187 euros), alors qu’ils ont un emploi. Ces "travailleurs pauvres" représentaient en 2017 5% des 4,8 millions d’actifs. En 2005, ils n’étaient que 3,9%. C’est dû notamment à la progression des flexi-jobs qui n’offrent "aucune sécurité d’existence". La FGTB observe une "explosion" du nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration, de 100.000 en 2014 à 143.866 en 2018.

Budget. La FGTB dénonce un "trou budgétaire colossal". De 10,3 milliards d’euros en 2016, le déficit est retombé à 3,9 milliards en 2017 avant de remonter à 7,5 milliards en 2019, 8,7 milliards en 2020 et 12 milliards en 2024.

Le décodage

Croissance. Il est communément admis que l’assainissement des finances publiques ayant débuté plus tard en Belgique qu’ailleurs, ceci explique une croissance demeurée élevée sous l’ère Di Rupo, avant de fléchir sous Michel. Pourtant, cet argument ne tient pas la route, rétorque la FGTB: "La Suède, l’Autriche, l’Allemagne et le Luxembourg ont aussi connu, comme la Belgique, une récession moins sévère et pourtant, ils ont affiché des performances bien meilleures."

Emploi. Si 230.000 emplois ont été créés de 2015 à 2018, dont 157.700 dans le secteur privé, seule une partie résulte directement des mesures gouvernementales (baisse de charges, tax shift, etc.): 140.000 selon la FEB, 75.000 selon la KULeuven, 27.500 selon l’Ires (UCL). L’Ires précise cependant que la période d’une législature est trop courte pour dresser un bilan et qu’une partie des effets de la réduction du coût salarial se fera sentir sur l’emploi durant la prochaine législature.

Si les salaires belges se sont tassés en termes réels, c’est dû au saut d’index opéré en 2015, afin de corriger le dérapage salarial de la période antérieure.

Salaires. Si les salaires belges se sont tassés en termes réels, c’est dû au saut d’index opéré en 2015, afin de corriger le dérapage salarial de la période antérieure. Ailleurs, en Allemagne surtout, de belles hausses salariales ont été accordées. Pour 2019-2020 par contre, on s’attend à une forte progression des salaires réels en Belgique.

Pauvreté. Les travailleurs pauvres sont souvent des travailleurs à temps partiel ou qui cumulent plusieurs petits boulots. Quant à la hausse des bénéficiaires du revenu d’intégration, cela s’explique en partie par l’exclusion de certains chômeurs qui s’adressent au CPAS.

Budget. La FGTB a raison de s’inquiéter. La réduction rapide du déficit en 2017 et 2018 est principalement le résultat d’une accélération des versements anticipés des entreprises. Depuis lors, le déficit est reparti à la hausse et, faute de gouvernement, n’est pas maîtrisé.

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