Di Rupo: concilier l'inconciliable

Le préformateur Elio Di Rupo avait le ton assez grave, vendredi, en présentant le bilan intermédiaire de sa mission. "Le centre de gravité de la Belgique va se déplacer de l'État fédéral vers les entités fédérées", a-t-il dit.

Le président du PS Elio Di Rupo a fait le point, vendredi à 18h, sur l'évolution de sa mission de préformation. Il a confirmé que les négociateurs bénéficieraient d'une "semaine familiale", afin de recharger leurs batteries en vue d'une reprise des discussions la semaine du 8 août. Des contacts seront toutefois maintenus durant ce break grâce au téléphone et au courriel.

Sans citer le moindre exemple concret, Di Rupo a assuré que les discussions entre les sept partis depuis dimanche dernier ont permis "d'élargir les éléments de convergences" entre les points de vue. "Tous les problèmes sont-ils résolus? Hélas, non, a-t-il ajouté. Beaucoup d'efforts restent à faire, le travail est titanesque."

De l'aveu général, les relations humaines restent très correctes et respectueuses parmi les négociateurs; ce qui tranche clairement avec l'époque de l'Orange bleue et permet de miser sur un déblocage. "Mais, comme dans la vie, un échec est toujours possible", convient Di Rupo.

Avancées concrètes

Tout le champ politique a été étudié par "le club des sept": l'emploi, la fiscalité, Bruxelles, BHV, les soins de santé, les allocations familiales, l'énergie, les télécoms, la mobilité… Le stade du "choc des idées" (chacun expose ses thèses) a été dépassé et des propositions concrètes ont été formulées des deux côtés. Il y aurait même des accords sur certains points mais, selon la célèbre maxime, "tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout, il n'y a d'accord sur rien".

Di Rupo pourrait mettre à profit la semaine qui vient pour élaborer ses propres propositions de compromis. "Cela relève de la fonction de formateur et non de préformateur, estime l'intéressé. Ce que je vais faire, c'est constater ce que disent les uns et les autres, et tenter de faire preuve d'imagination pour trouver des éléments de convergence. Aller plus loin, ce serait un travail de formation." On aura noté qu'il faut donc de l'imagination pour trouver de simples "éléments de convergence". Voilà qui n'est guère encourageant pour l'issue de ces discussions.

Les partis flamands déplorent le fait que leurs homologues francophones n'aient pas encore compris la vigueur de leurs demandes institutionnelles. Les délégations francophones se désespèrent, elles, de voir que leurs premières concessions n'entraînent jamais le moindre mouvement réciproque. "Ils reprochent le surplace mais c'est eux qui ne bougent pas d'un centimètre. Le compromis, ce n'est quand même pas le programme de la N-VA", a-t-on entendu.

La pièce du puzzle

Le CD & V et le sp.a ne se mouillent évidemment pas et laissent logiquement au vainqueur des élections (la N-VA) la responsabilité d'effectuer ce premier pas. "Manque-t-il encore l'une ou l'autre pièce au puzzle avant qu'ils ne bougent ou n'ont-ils tout simplement pas envie d'un accord? J'avoue que je commence à m'interroger sérieusement", confie un négociateur.

Loin de minimiser la gravité de la situation, Di Rupo concède qu'il essaie de "concilier l'inconciliable", à savoir les attentes confédérales voire indépendantistes du Nord et le désir de statu quo fédéral au Sud. Il insiste sur "l'ouverture" des partis francophones. "Ils sont prêts à une grande réforme de l'État, pourvu qu'elle soit équilibrée, dit-il. Le centre de gravité de la Belgique va se déplacer de l'État fédéral vers les entités fédérées. J'espère que cela pourra se réaliser en stabilisant le pays, à l'avantage de la grande majorité des Belges."

C'est effectivement là une évolution fondamentale de la part des Francophones. Et, manifestement, elle n'a pas (encore) son pendant dans le camp d'en face…

Di Rupo ne fixe pas d'échéance à sa mission ("je n'aime pas les deadlines"), ni à l'installation d'un gouvernement. Il est vrai que, si d'aventure la réforme de l'État devait être balisée, il faudrait encore négocier un assainissement budgétaire de 25 milliards d'euros. Le préformateur signale à ce propos que les sept partis tiennent fermement à ce que la Belgique respecte ses obligations budgétaires et ses responsabilités européennes et internationales.

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