Di Rupo: "Il faut atterrir"

Le préformateur Elio Di Rupo a fait rapport au Roi de sa mission. Compte tenu des progès importants qui ont été réalisés, le Roi a demandé à Elio Di Rupo de prolonger celle-ci. A la sortie du Palais, Di Rupo a lancé un appel à la responsabilité.

A la sortie du Palais royal, le préformateur Elio Di Rupo s'est rendu à la Chambre afin de donner une rapide conférence de presse expliquant les avancées auxquelles il a déjà abouti et les raisons pour lesquelles sa mission est prolongée.

Compte tenu des progrès qui ont été réalisés, le Roi a en effet demandé au préformateur de poursuivre sa mission. Ce dernier n'était pas demandeur, mais il a accepté, "parce que c'était mon rôle", a expliqué le préformateur.

Le Roi a chargé Elio Di Rupo d'approfondir deux points, qui constituaient les pierres d'achoppement entre les francophones et la N-VA. Dès samedi, Elio Di Rupo devra travailler sur " l’autonomie et la responsabilisation des entités fédérées pour leurs nouvelles attributions afin de permettre à chaque entité de prospérer", et sur "le financement dans la durée de l’Etat fédéral pour les compétences et obligations qu’il continuera à assumer."

Tout au long de sa conférence de presse, le préformateur a lancé de multiples appel à la responsabilité.

Il a notamment rappelé l'importance de l'ampleur que prendrait cette nouvelle réforme de l'Etat, la 6ème, signalant en même temps que jamais une proposition de réforme n'avait été approfondie à ce point. "La liste des matières qui feraient l'objet de transferts est considérable", a insisté Elio Di Rupo, énumérant les points abordés dans sa proposition: emploi, allocations familiales, soins de santé, justice, baux, mobilité, sécurité civile, politique des grandes villes, recherche scientifique, commerce extérieur, implantations commerciales, tourisme, tarif de distribution de l'énergie, ... Le tout représente un montant de 15,8 milliards d'euros, un budget qui passerait donc aux mains des entités fédérées.

Cherchant à marquer les esprits, Elio Di Rupo a fait à la presse un petit cours d'histoire, signalant qu'après la première réforme de l'Etat, en 1970, le montant des recettes transférées aux régions représentait 9% des moyens du fédéral, en 1980 on est passé à 10%, en 1989 à 34%, en 1993 à 37%, en 2001 à 39%. "Si la proposition que j'ai mise sur la table est acceptée, on arrivera à un rayon d'action jamais atteint", a insisté Elio Di Rupo. En effet, les régions disposeraient de 49% des moyens de l'Etat belge.

"Le centre de gravité basculerait donc de manière déterminante vers les entités fédérées", a martelé le préformateur, rappelant au passage que la population, le 13 juin dernier, a envoyé deux signaux différents, que tout le monde souhaite une réforme équilibrée, et qu'il serait grave de ne pas tenir compte de l'avis de la population.

Le préformateur a nettement mis l'accent sur le moment crucial que le pays traversait, et (à la demande du Roi?) est légèrement sorti de sa réserve en lançant un message clairement adressé à la N-VA: "Nous devons atterrir, a-t-il déclaré, chaque parti doit accepter qu'on ne peut avoir tout ce que l'on souhaite..."." Il faut enfin que chacun soit capable, à un moment donné, de conclure un compromis", a-t-il ajouté.

 

Pour Elio Di Rupo, le pays dispose aujourd'hui d'une opportunité unique de changement, à ses yeux, il serait dommage de ne pas la saisir. Mais, pour le préformateur, certaines conditions doivent être remplies pour que cette "révolution copernicienne" soit un succès.

D'abord, la réforme ne pourra mener à l'appauvrissement de la population, que ce soit des Flamands, des Wallons ou des Bruxellois. "Si tout les partis sont d'accord avec ce principe de non-appauvrissement, alors un accord sera possible. Si pas, il n'y aura pas d'accord", a précisé Elio Di Rupo.

Ensuite, le préformateur a insisté sur le nécessiare et indispensable maintient de la solidarité interpersonnelle du socle fondamental de la sécurité sociale.

Enfin, pour que la 6ème réforme de l'Etat soit un succès, il faudra que le financement de l'Etat soit garanti de telle sorte que chacun puisse exercer ses responsabilités et ses compétences. Le préformateur a rappelé au passage les difficultés budgétaires du pays, signalant qu'un effort de 25 milliards d'euros s'imposait d'ici 2015 pour assurer l'équilibre budgétaire du pays. "Toutes les entités doivent être responsabilisées face à cela", a insisté Elio Di Rupo.

A en croire le préformateur, c'est d'ailleurs ici que ce situerait la principale pierre d'achoppement de l'accord. Sur cette responsabilisation des entités fédérées. "Certains voudraient qu'elle soit faite au prorata de l'impôt des personnes physiques. Pour d'autre, ce paramètre n'est pas pertinent, il faut prendre en compte le PIB", a expliqué Elio Di Rupo.

Or, entre ces deux points de vue, le fossé financier est grand. Prenant l'exemple de Bruxelles, le préformateur a notamment signalé  que dans l’hypothèse d’un montant de 10.000 EUR à partager entre les 3 Régions du pays, si la responsabilisation se base uniquement sur le PIB, Bruxelles-Capitale recevrait 1.900 euros. Si la responsabilisation se basait uniquement sur l’IPP, Bruxelles recevrait uniquement 800 euros. "Entre ces deux points de vue, il faut trouver un juste milieu", a insisté le préformateur.

Le préformateur devrait reprendre sa mission samedi, après une courte pause. Dans l'intervalle, le Roi devrait recevoir les présidents de partis participants aux négociations. Histoire de ramener les différents partis en présence à la raison et de faire avancer les points de vue?

 

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