Di Rupo se raccroche à un sursaut du CD&V et de la N-VA

Le préformateur Elio Di Rupo a appelé les sept partenaires en négociation à trouver un compromis équilibré faute de quoi "le chaos politique menacera la Belgique".

Cette préformation flirte de plus en plus avec l’acharnement thérapeutique. Personne n’ose en sonner la fin et Elio Di Rupo glisse sur le chemin de la "letermisation" avec sa deuxième vraie-fausse démission en quinze jours. Signes des doutes et de la nervosité croissante: ce lundi, pour sa quatrième conférence de presse de préformateur, il n’a plus autorisé la moindre question. Et, pour la première fois, il a nommément visé les partis qui bloquent sa mission, à savoir la N-VA et le CD & V.

Di Rupo persiste toutefois à espérer "un sursaut" de ces deux partis. Sa tentative de persuasion se décline en trois temps:

1. Nous avons déjà accompli beaucoup de chemin. "Nous n’avons jamais été aussi loin dans les discussions ces trois dernières années", assure le préformateur.
Il rappelle l’accord sur les transferts de compétences (15,8 milliards d’euros), incluant une dose d’autonomie fiscale et de gestion des soins de santé, ainsi que sur les principes devant guider à l’élaboration d’un "nouveau mode de financement" entre le Fédral, les Régions et les Communautés. Notons que Di Rupo préfère parler de "mode" ou de "méthode" plutôt que de "loi" de financement.

2. Nous en ferons encore. Di Rupo veut montrer que la question du financement n’est pas "encommissionnée", comme le redoute la droite flamande: chaque parti désignera "une personnalité de haut niveau" pour élaborer ensemble des modèles de financement. Le Bureau du plan ferait ensuite des simulations "en toute objectivité". "À la lumière des conséquences concrètes de chaque modèle, une décision politique pourrait intervenir", dit-il. Ce conditionnel n’est sans doute pas le passage le plus adroit de la déclaration…

3. Il faut juste la volonté d’avancer. C’était le message central de l’intervention de Di Rupo. Pour lui, l’accord est "à portée de main si tous les partis sont raisonnables". "J’espère qu’un sursaut de responsabilité se fera jour, que la raison finira par l’emporter, insiste-t-il. Les partis qui refuseraient un compromis équilibré conduiraient le pays vers l’aventure, voire le chaos politique. Je ne crois pas que ce soit le mandat que leur ont donné leurs électeurs."

Di Rupo rappelle le besoin de confiance entre les partenaires, l’impossibilité pour un parti d’imposer unilatéralement ses vues (même s’il dispose de 27 ou 26 sièges à la Chambre) et "l’obligation morale" de former un gouvernement pour assainir les finances publiques et éviter ainsi que le pays soit livré "aux mains des spéculateurs". "Il y a urgence!, tonne le préformateur. Mais, jusqu’ici, certains étaient d’avis que la première urgence était de parler des réformes institutionnelles et de BHV. C’est pourquoi nous en discutons depuis deux mois et demi." Le CD&V a demandé ce weekend des précisions sur la manière de conduire l’ajustement de 25 milliards.

Le nœud bruxellois

Les négociateurs se sont quittés dimanche à l’aube, avec un profond désaccord sur le refinancement de Bruxelles. Di Rupo avait proposé un apport structurel de 300 millions/an, pendant quatre ans. La nouvelle loi de financement prendrait ensuite le relais. La N-VA et le CD & V ont vu là un inadmissible "chèque en blanc" de 1,2 milliard d’euros, alors qu’il faut au contraire économiser 25 milliards.

Observons, au passage, que l’autorisation accordée aux habitants des 6 communes à facilités de voter à Bruxelles plutôt qu’en Brabant, le balisage fédéral des facilités ou le projet d’une Communauté urbaine de Bruxelles ne semblent plus guère préoccuper les états-majors flamands… Di Rupo est en tout cas convaincu que sa proposition pourrait "résoudre complètement ce problème qui empoisonne la vie des Belges depuis tant d’années".

Il défend vigoureusement le refinancement, dont le montant a été réclamé à plusieurs reprises par les partis bruxellois, y compris le CD & V, le VLD, le sp.a et Groen…

Le président du PS va jusqu’à appeler à la rescousse l’agence de rating Standard & Poors qui, en juin, a ramené les perspectives d’évolution du rating de Bruxelles-Capitale de stables à négatives, en raison de l’incertitude pesant sur le refinancement. S & P avait pointé les risques d’emballement de la dette bruxelloise, sans refinancement et cela en dépit d’une "gestion rigoureuse et d’économies importantes".

 

 

 

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