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analyse

Didier Reynders a aidé des sociétés belges à récupérer près de 30 millions d'euros en Libye

©Photo News

L’actuel ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, est bel et bien intervenu en 2012 auprès de son homologue libyen pour aider des entreprises belges à récupérer des sommes dues par des partenaires libyens. Au total, le ministre a aidé sept entreprises pour un montant de près de 30 millions d’euros. Pour le reste, Didier Reynders renvoie clairement la patate chaude vers le département des Finances.

Dans le dossier du dégel des fonds libyens, la position de Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, n’a jamais varié. Mais il aura fallu toute l’insistance des membres de la Commission Finance de la Chambre pour qu’il délivre enfin plus d’explications. Oui, en 2012, Didier Reynders était au courant des possibilités de dégel des fonds ou des intérêts (pour des raisons humanitaires) bloqués en Belgique. Et oui, comme il l’a déjà expliqué, il est intervenu pour aider des entreprises belges à récupérer des montants dus par des partenaires libyens.

30 millions d’euros

La semaine dernière, Didier Reynders, régulièrement soumis à la question sur ce dossier de dégel des intérêts des fonds libyens, a envoyé un courrier à Eric Van Rompuy, le président de la Commission Finances et Budget de la Chambre. Il y renvoie vers une lettre envoyée le 1er août 2012 à Achour Ben Khayal, le ministre libyen des Affaires étrangères. Dans ce courrier envoyé à son homologue libyen, Didier Reynders, qui n’était plus en charge du portefeuille des Finances depuis huit mois, a communiqué la totalité des montants bloqués sur les comptes de trois banques en Belgique (Euroclear, BNP Paribas et ING). Au total, il y en avait pour plus de 11 milliards d’euros.


Au passage, le ministre des Affaires étrangères a précisé à son homologue libyen qu’il y avait des possibilités de dégeler une partie de ces fonds pour des raisons humanitaires. On le voit, même s’il n’était plus aux Finances, Didier Reynders connaissait parfaitement ce dossier. Dans l’ordre, il a informé son homologue libyen de l’ampleur des montants gelés avant de lui expliquer qu’il y avait une possibilité d’en dégeler une partie. Enfin, il précise qu’une liste contenant des montants dus par des sociétés libyennes à des entreprises belges figure en attachement du courrier en question. Il demande à son interlocuteur s’il serait possible de payer ce qui est dû aux sept entreprises. "J’apprécierais grandement que vous puissiez me fournir les ordres de paiement pour chaque entreprise", ajoute encore Didier Reynders avant de préciser que cela améliorera grandement les conditions liées au financement des exportations et que cela facilitera les relations commerciales entre les deux pays.

Une autre ceinture verte

On savait que parmi les entreprises concernées, il y avait la FN Herstal (536.000 euros). La liste des sociétés jointe au courrier envoyé au ministre libyen des Affaires étrangères en 2012 comporte également le producteur d’œufs Incubel (plus de 900.000 euros dus), la société de communication par satellite European Datacomm (145.000 euros), Siemens (pour de la fourniture d’eau, plus de 23 millions) Metito (fourniture de valves, 159.000 euros) et le bureau JNC International pour plus de 1 million de dollars. Concernant cette société, le contrat portait sur la création d’espaces verts et publics à Tripoli. Sur le site de bureau d’architectes et de paysagistes, on lit que l’objectif de ce contrat visait à "offrir aux habitants de Tripoli une infrastructure de grands parcs ceinturant l’ensemble du centre urbain".

  • A noter que la lettre parle aussi de la société CK Technology (3,6 millions d’euros) mais celle-ci n'aurait jamais réclamé d'argent à la Libye. Le courrier comporte donc une erreur.

Cet objectif est tout à fait louable et le fait que le ministre des Affaires étrangères intervienne pour aider ces différentes entreprises à récupérer ce qui leur est dû n’a rien d’anormal. Mais le prince Laurent, qui avec son ASBL GSDT, se bat depuis des années pour récupérer les quelque 50 millions d’euros que la Libye lui doit encore, appréciera. Rappelons que le projet de l’ASBL du prince consistait à développer des ceintures vertes autour des villes de Tripoli, de Benghazi et d’Al Baida. Depuis le début de cette affaire, une équipe d’avocats se bat aux côtés du frère du roi Philippe pour que la décision définitive de la cour d’appel de Bruxelles invitant la Libye à payer son dû soit appliquée. Et le prince, qui vient encore de la répéter sur les ondes de la RTBF et de la VRT, se demande pourquoi sa créance n’a pas été reprise sur la liste remise par Didier Reynders à son homologue libyen.

  • Laurent Arnauts, avocat du prince Laurent, a d'ailleurs réagi. "Il est clair que tout le monde ici est choqué." "Nous demandons en vain un tel soutien du gouvernement belge depuis des années, et nous l'avons encore rappelé le 24 janvier dernier." "Ce que démontre ce courrier, et ce qui est choquant, c'est qu'il y a clairement deux poids, deux mesures. Je me pose en outre la question de savoir quel est le rôle du premier ministre dans cette histoire. Son cabinet me confirmait encore le 18 janvier dernier qu'il n'était pas au courant d'une quelconque intervention ministérielle belge en vue de permettre le paiement des créanciers belges. On se moque de qui?"

A ce stade, on ne sait toujours pas si les sociétés belges reprises sur cette liste transmise à la Libye ont été remboursées.

Vanackere au centre des débats

Pour le reste, comme il l’a toujours fait, Didier Reynders profite de ce courrier envoyé le 13 février dernier au président de la Commission Finances et Budget de la Chambre pour rappeler que la responsabilité du dégel incombe à son successeur. Sans le nommer, Didier Reynders refile donc la patate chaude à Steven Vanackere. "Je profite de cette lettre pour encore rappeler que le gel ou le dégel de fonds en Belgique en Belgique se fait sous la responsabilité du ministre des Finances", écrit-il à Eric Van Rompuy, précisant que les questions doivent donc être adressées au ministre des Finances de l’époque, soit Steven Vanackere.

"Didier Reynders a déclaré ne pas être intervenu dans le dossier du dégel des fonds libyens. On voit pourtant avec son courrier aux autorités libyennes qu’il était au carrefour de la question", a réagi mardi soir le député écolo Georges Gilkinet, un des membres de la Commission Finances, très actif sur ce dossier. "Quel est le contenu des discussions qu’il a pu avoir avec les autorités libyennes préalablement à l’envoi de ce courrier? Quelle a été la réponse apportée par le pouvoir libyen à ce courrier? Les entreprises belges ont-elles été remboursées? Le dégel des fonds était-il une condition fixée par les libyens pour ce faire", s’interroge Georges Gilkinet. Ce dernier pourrait demander au président de la Commission Finances de faire à nouveau auditionner Didier Reynders. Tout comme il semble qu’une audition de Steven Vanackere devient incontournable.

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