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interview

"Ecolo doit rendre plus simple son discours"

©debby termonia

Une page se tourne… Le 22 mars prochain, Emily Hoyos rendra son tablier de coprésidente d’Ecolo. Tout comme Olivier Deleuze. La suite? Elle verra! À l’écouter, son combat continue.

Quant à son parti, déboussolé par la défaite aux dernières élections, elle espère qu’il arrivera à rebondir.

Emily Hoyos, l’idée de garder les prépensionnés à disposition, qu’en pensez-vous?

C’est incompréhensible. Nous sommes dans une génération cul-de-sac. Ma priorité, c’est de donner un avenir aux jeunes, mais pas de faire pression sur ceux qui ont déjà beaucoup donné. Ce n’est pas mon projet politique. Comment peut-on considérer que ce n’est pas grave de laisser une génération entière au parking? Dans certains quartiers de Bruxelles, plus de 50% des jeunes sont au chômage. Dire à ces jeunes qu’on ne va pas s’occuper d’eux, mais qu’on va mettre la pression sur leurs pères et leurs grands-pères, c’est une bombe à retardement.

Ça vous perturbe…

Ça me fait peur pour mes enfants. Je n’aime pas les raccourcis, mais les jeunes qui partent en Syrie ou qui rêvent de partir en Syrie, ce sont des jeunes qui sont nés chez nous. Pourtant, nous femmes et hommes politiques, que leur dit-on? Qu’on ne sait pas leur garantir un avenir et, en plus, qu’on va aller mettre la pression sur leurs pères et leurs grands-pères… C’est quoi? On n’a rien compris!

Vous avez fait le choix de ne pas vous représenter comme coprésidente d’Ecolo. Est-ce difficile de tourner la page?

C’était de ma responsabilité de prendre cette décision. Les combats qu’Ecolo doit mener méritent que le parti soit régénéré. Quand on est coprésident, on est responsable de son parti. Pour qu’Ecolo puisse se tourner vers l’avenir, il ne fallait pas que je sois ce qui le maintenait attaché à son passé.

Qu’allez-vous faire maintenant?

C’est une bonne question. J’ai envie d’aller voir autre chose. Le politique n’a pas le monopole de l’action. La question écologique, la question de la transition du modèle économique, ce sont des questions qui n’inquiètent pas que les politiques. J’ai envie de rebondir là où se vit la transition et plus là où elle se décide. Je m’en vais sans parachute et sans plan de carrière. Je serai demandeuse d’emploi le lundi 23 mars. Ma vie est comme cela. Je fais les choses, une à la fois. Je suis curieuse de voir où je serai…

Vous laissez derrière vous un parti affaibli. L’avenir d’Ecolo semble difficile...

On va rebondir. Les questions écologiques représentent bien plus que 8% des préoccupations des citoyens. Notre score électoral n’est pas proportionnel à l’intérêt que les citoyens portent à ces questions. Il y a trois ans, plein de gens pensaient que le nucléaire était infaillible. Les centrales sont aujourd’hui fissurées de partout. La crise est devenue une réalité quotidienne, mais le monde politique est en décalage face à ces évolutions. Le fossé se creuse de plus en plus entre les citoyens et le monde politique. Le politique est à côté de la plaque.

Mais les électeurs continuent à voter PS ou MR, mais pas Ecolo. C’est aussi une réalité!

C’est une grande question. La campagne électorale a mis en scène les enjeux entre le PS et la N-VA. Il y a eu un hold-up des débats.

"Être écologiste en 2015, cela ressemble à l’ascension de l’Everest. C’est difficile pour Ecolo d’exister."

Votre parti ne devrait-il pas faire de la politique comme les autres pour arriver au pouvoir?

Notre horizon est clair, on a un projet de société. A priori, c’est un atout. Mais ce n’est pas tout! Nous restons un jeune parti. On doit faire de l’écologie au quotidien, on doit faire du concret!

Mais les gens ne sont-ils pas plus inquiets de voir ce qu’il y aura dans leur portefeuille à la fin du mois que par des soucis écologiques à long terme?

Ils ont raison. On presse les travailleurs. Tout cela se passe dans un système économique qui allie épuisement des gens et des ressources. Il faut une vision ecosystémique de la politique. Je suis désolée, mais il n’y a qu’Ecolo qui apporte çà! Mais être écologiste en 2015, cela ressemble à l’ascension de l’Everest. C’est difficile pour Ecolo d’exister. On a du mal à rendre simple notre discours. On doit expliquer par exemple aux gens que servir dans les cantines scolaires des produits alimentaires issus de chez nous, c’est positif pour l’emploi, pour l’économie et pour l’environnement.

Faudra-t-il une nouvelle crise alimentaire pour faire redécoller Ecolo?

Je suis consciente que notre difficulté est de faire passer notre discours de manière simple. Les fissures dans des centrales, c’est plus efficace que 20 années de discours sur la dangerosité du nucléaire. La lasagne de cheval, c’est plus efficace que 15 colloques d’Etopia (le centre d’étude d’Ecolo, ndlr) sur les circuits courts. Des crises graves, il y en a de plus en plus et cela nous aide. Si j’étais candidate à la présidence d’Ecolo, ma priorité serait de miser sur ces enjeux écologiques qui font notre crédibilité. Ecolo doit maintenant arriver à se faire entendre. Ce n’est pas évident. Ecolo n’a pourtant pas vocation de partager sa vision entre quelques intégristes. On a vocation à être un grand parti et pas une niche.

L’Ecolo bashing qu’effectuent le PS et le cdH en Wallonie, cela vous blesse-t-il?

Si cela leur fait du bien, qu’ils fassent un peu d’Ecolo bashing tant qu’ils se mettent après au travail pour faire en sorte que le gaz de Poutine ou le gaz de schiste de Barack Obama ne fassent pas notre politique énergétique.

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