interview

Egbert Lachaert (Open Vld): "Il faut revenir aux 3% de déficit des accords de Maastricht"

Egbert Lachaert veut instaurer un minimum légal d'années travaillées pour prétendre à une pension minimum. ©Photo News

Le président de l'Open Vld met ses priorités socio-économiques sur la table et soutient Sammy Mahdi dans son projet sur la migration.

Neutralité de l'État, enjeux socio-économiques, migration. Cette semaine, c'est Egbert Lachaert, président de l'Open Vld, qui fait le tour de l'actualité avec L'Echo.

Qu'attend l'Open Vld de la phase de redéploiement économique qui s'annonce?

De grandes réformes. Le fait d'avoir un taux d'emploi si bas, surtout en Wallonie et à Bruxelles, fait courir un risque pour le futur de la Sécurité sociale, pour l'économie en général et pour la solidarité en Belgique. Pierre-Yves Dermagne espère organiser une grande conférence sur l'emploi en septembre avec les partenaires sociaux. Plusieurs chantiers doivent être ouverts. En Flandre, nous avons une grande réserve de personnes qui sont en incapacité de travail, elles ne sont pas tous malades au point de ne plus pouvoir travailler. Souvent leur job de départ n'était pas le bon. Il faut donc pouvoir les guider vers une autre activité, mais en Belgique, on perd toute son ancienneté si on change d'emploi. On doit trouver des moyens de rendre plus facile le passage d'un métier à l'autre et activer l'allocation en incapacité de travail. On pourrait garantir l'allocation et faire en sorte que l'employeur puisse toucher une partie de celle-ci. Bien sûr, on ne parle pas des gens qui sont gravement malades.

"Dépenser sans dire comment on va compenser, on ne peut plus le faire comme on l'a fait durant la crise covid."

Et pour lutter contre le chômage?

Un travail doit être mené sur la formation. Il faut plus de collaboration entre les Régions. Le Fédéral peut jouer un rôle de médiateur. Cette conférence de septembre devra impliquer les Régions. Les communautés aussi, car il y a des questions à se poser en matière d'enseignement, notamment à Bruxelles. Il faudra aussi oser parler de flexibilité. Les grandes entreprises actives dans l'e-commerce livrent nos commandes à partir des pays limitrophes où le travail de nuit démarre à 22h ou minuit. Même au PS on veut une solution à ce problème. Chez nous, la nuit commence à 20h. C'est un handicap. Il faut un accord avec les syndicats pour un travail de nuit qui commence plus tard et sur des primes significatives soumises à une fiscalité adaptée. Enfin, il y a la question des temps partiels. En Belgique, le tiers-temps est le minimum pour entrer sur le marché du travail. On doit pouvoir cumuler une allocation avec un petit emploi. Ce sont des réformes qu'on doit définir à l'automne si on veut atteindre un taux d'emploi de 80%.

Et en pensions, qu'attendez-vous?

La ministre Lalieux doit venir avec une réforme qui active les personnes qui sont en fin de carrière. On va augmenter la pension minimum, c'est dans l'accord de gouvernement, mais ce ne serait pas équitable si on ne tient pas compte des périodes équivalentes aux années travaillées. Si quelqu'un qui a été au chômage toute sa vie a la même pension minimum qu'un indépendant qui a travaillé toute sa vie, ce n'est pas équitable. Il faut un minimum d'années travaillées pour prétendre à une pension minimum. Par exemple 20 ans. C'est ce que les libéraux vont mettre sur la table.

Le PS veut de nouvelles protections sociales. Qu'en dites-vous?

Je comprends qu'on veuille dépenser, mais le budget est loin d'être en équilibre. Promettre des choses qui coûtent beaucoup d'argent alors que le budget est déjà gravement déficitaire, ce n'est pas correct. Les réformes structurelles auront un impact positif sur les recettes de l'État, mais dépenser sans dire comment on va compenser, on ne peut plus le faire comme on l'a fait durant la crise covid.

"Les libéraux s'opposeront à tout impôt nouveau, mais je suis ouvert, si on parle de baisses de charges qui augmentent le salaire net."

La dette n'est plus un problème, dit la gauche.

Je ne suis pas d'accord. En créant une dette énorme, on fait peser un poids sur les générations suivantes. On s'est mis d'accord l'an passée sur un budget de 2 milliards de dépenses sociales supplémentaires. Si on commence à faire plus, on sort de l'accord de gouvernement.

Quels sont vos critères en matière budgétaire?

Le déficit est à peu près à 5% du PIB. Si l'économie va bien, il faut avoir l'ambition d'aller vers les 3% des accords de Maastricht.

Monsieur Van Peteghem annonce des recettes importantes en lutte contre la fraude et l'accord du G7 sur la fiscalité des entreprises peut rapporter à l'État.

Ce qu'annonce le ministre Van Peteghem ne me pose pas de problème. L'accord du G7 va rapporter quelque chose, mais il ne faut pas rêver non plus.

"Nous avons besoin d'une politique que nous pouvons défendre en Flandre. Pour l'instant, cela réussit."

La date du 21 juillet est-elle une échéance pour vous?

Non, c'est trop tôt. Pierre-Yves Dermagne organise sa conférence sur l'emploi en septembre et il y a encore la crise covid à régler. Il faut une discussion profonde avec les partenaires sociaux. Il y aura des tensions entre les partenaires, c'est clair. Sur le fiscal, on prépare 2024. Mais si on trouve un accord sur quelque chose avant cette échéance, on peut le faire. Les libéraux s'opposeront à tout impôt nouveau, mais je suis ouvert, si on parle de baisses de charges qui augmentent le salaire net. On pourrait alors parler d'autre chose, comme de la fiscalité écologique.

Est-ce que l'Open Vld est coincé dans un gouvernement dominé par la gauche?

C'est le spinning du Vlaams Belang et de la N-VA. C'est un gouvernement du centre large. Des points sont marqués par les libéraux: il était question de taxer davantage les voitures de société, nous avons dit "non", la norme salariale est restée à 0,4%. Et les pensions pour les indépendants vont être recalculées. C'est un totem libéral.

On observe tout de même des tensions vives.

Du côté néerlandophones, ça va. On fait face à une grosse opposition, mais côté francophone, la concurrence est à l'intérieur du gouvernement et c'est surtout les présidents de parti qui sont actifs au niveau de la communication. Pour nous, il est très important que ce gouvernement réussisse et côté francophone, on doit comprendre qu'en 2024, on ne veut pas que N-VA et Belang soient en mesure de faire une majorité. Nous avons besoin d'une politique que nous pouvons défendre en Flandre. Pour l'instant, cela réussit. Au sein du kern, ces problèmes ne sont pas souvent présents. Mais attention à ne pas déboucher sur une situation toxique.

Georges-Louis Bouchez agace, même à l'Open Vld, non?

Plusieurs présidents de partis francophones donnent parfois l'impression de se mêler du gouvernement. Sur l'AIP, Dermagne était sous pression. Avec Madame Haouach, c'est le MR et on en a discuté à chaque fois. Il vaut mieux que cela ne se produise pas trop.

Le Premier n'a-t-il pas sous estimé le problème de la neutralité pour le MR?

Je comprends l'opposition que le MR fait à Bruxelles dans le dossier de la Stib. Comme libéral, la neutralité de l'État est importante pour moi, mais nous ne sommes pas aussi stricts, il y a des fonctions qui ne sont pas d'autorité.

Et commissaire de gouvernement?

C'est une zone grise, car il ne s'agit pas d'un fonctionnaire mais d'une personne nommée par le gouvernement qui a une couleur politique. On savait à l'avance que la secrétaire d'État n'allait pas changer. Il faut se demander si cela valait la peine d'en faire un problème de gouvernement. Les partis démocratiques flamands ont trouvé un équilibre sur ce thème. Si on pousse cette discussion, c'est le Vlaams Belang qui va y gagner.

"On ne va pas utiliser les enfants pour rendre les rapatriements impossibles."

Ce n'est pas Écolo qui fait de la provocation en décidant cette nomination ?

C'eut été diplomatique d'avoir dit avant qu'il y avait un risque de heurter certaines sensibilités.

Sur le jugement Stib, n'avez-vous pas été piégé par Écolo et le PS?

Ces deux partis ont pris le gouvernement bruxellois en otage en ne suivant même pas l'avis de leurs présidents, c'est dommage. Mais le compromis qui a été trouvé correspond à la ligne que nous défendons au sein du gouvernement flamand.

Quid du "no pasaràn" d'Ecolo et du "niet" du PS sur la proposition de Sammy Mahdi en matière de migration?

On ne va pas accepter en Flandre une politique de frontières ouvertes, à moins de vouloir faire monter le Vlaams Belang. Les propositions de Sammy Mahdi sont très bonnes. On va vers la gauche en ce qui concerne les mineurs qui ne seront plus enfermés, mais l'accord de gouvernement est clair sur un autre point: on ne va pas utiliser les enfants pour rendre les rapatriements impossibles. L'un ne va pas sans l'autre et il faut toujours la possibilité d'exécuter la loi. La proposition de Monsieur Mahdi prévoit un contrôle judiciaire. Un juge qui signale une infraction, je ne vois pas où est le problème. Je veux bien discuter, mais les partis qui disent "no pasaràn" doivent faire des propositions alternatives.

Les phrases-clés

  • "On s'est mis d'accord l'an passée sur un budget de 2 milliards de dépenses sociales supplémentaires. Si on commence à faire plus, on sort de l'accord de gouvernement."
  • "Côté francophone, on doit comprendre qu'en 2024, on ne veut pas que N-VA et Belang soient en mesure de faire une majorité."
  • "Les partis qui disent 'no passaran' doivent faire des propositions alternatives."
  • "Il faut un accord avec les syndicats pour un travail de nuit qui commence plus tard."

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