Electrabel doit verser 2,1 milliards de provisions nucléaires supplémentaires

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La Commission des provisions nucléaires a terminé son exercice de réévaluation des provisions nucléaires. Résultat: Electrabel doit verser 2,1 milliards d'euros supplémentaires.

La facture est salée pour Electrabel. Le propriétaire des centrales nucléaires de Tihange et Doel va devoir verser 2,1 milliards d'euros supplémentaires de provisions nucléaires.

En cause: un nouveau scénario pour l'enfouissement des déchets les plus radioactifs; l'affinement des hypothèses concernant la mise à l'arrêt des centrales, leur démantèlement et la gestion du combustible usé, sur base notamment de l'expérience de l'Allemagne; et le niveau historiquement bas des taux d'intérêt.

Ce dernier élément conduit la Commission des provisions nucléaires à revoir à la baisse le taux d'actualisation appliqué à ces provisions, en tenant compte, aussi, de l'inflation. Il passe ainsi de 3,5% au 31 décembre 2018 à 2,5% pour les provisions liées au démantèlement des centrales, et à 3,25% pour les provisions liées au combustible usé. Le taux d'actualisation est le taux d'intérêt appliqué aux provisions déjà constituées pour déterminer quelle somme sera disponible au moment où les dépenses devront réellement être effectuées. Par conséquent, une baisse du taux implique une hausse significative du montant à provisionner pour Electrabel.

13,133 milliards
d'euros
Le montant total des provisions nucléaires au 31 décembre 2019


Au total, le montant des provisions nucléaires au 31 décembre 2019 s'élèvera donc à 13,133 milliards d'euros, contre 11,068 milliards l'an passé.  

Vers une meilleure gestion de Synatom

Et ce n'est pas tout: Electrabel annonce aussi qu'elle s'engage à financer, via Synatom, la filiale d'Electrabel qui est en charge de la gestion des provisions nucléaires, l'intégralité du montant des provisions pour la gestion du combustible usé d'ici 2025, soit 6 milliards d'euros. Electrabel va, concrètement, à cette date, mettre fin à la pratique qui consistait à réemprunter à Synatom 75% des provisions déjà constituées - sur la partie la plus importante des provisions, celle qui concerne le combustible nucléaire.

Notre engagement s’inscrit dans cette volonté de donner des signaux sans équivoque sur la fermeté de nos engagements ainsi que sur notre volonté d’être un acteur majeur en Belgique sur le long terme dans le cadre de la transition énergétique.
Johnny Thijs
Président du CA d'Engie Electrabel

"Notre engagement de verser à Synatom d’ici 2025 l’intégralité du montant des provisions réévaluées pour la gestion du combustible usé, soit 6 milliards d’euros de plus que les fonds déjà en gestion chez Synatom, s’inscrit dans cette volonté de donner des signaux sans équivoque sur la fermeté de nos engagements ainsi que sur notre volonté d’être un acteur majeur en Belgique sur le long terme dans le cadre de la transition énergétique", a déclaré Johnny Thijs, le président du conseil d'administration d'Electrabel fraîchement appointé.

Plus qu'un engagement vertueux de la part d'Engie, ce déplacement de fonds au coeur de Synatom était une nécessité. En effet, les montants provisionnés mais logés dans Electrabel étaient tributaires de la bonne santé du groupe"S'ils avaient continué à loger les provisions en Engie sans rembourser le prêt à Synatom, il y aurait eu une prime de risque à payer", signale Luc Dufresne, le président de la commission des provisions nucléaires.

Engie annonce également que la gouvernance de Synatom se trouvera révisée. Deux administrateurs externes avec une expertise financière forte viendront ainsi renforcer les rangs de la filiale, afin de "garantir la bonne gestion des provisions", précise le groupe. "Une offre d'emploi pour un Chief investment officer expérimenté a même été publiée sur LinkedIn", a tenu à souligner, amusé, Luc Dufresne.

Incertitudes 

Les provisions nucléaires, fruits de la loi du 11 avril 2003, ont pour but de couvrir financièrement la mise à l'arrêt et le démantèlement des centrales à l'occasion de la sortie du nucléaire prévue à 2025. Aussi, les montants provisionnés sont destinés à financer la gestion du combustible usagé et de son enfouissement définitif par l'Ondraf, l'Organisme national de la gestion des déchets radioactifs.

Les mesures fortes annoncées aujourd'hui pourraient être suivies d'autres. Il y a un "besoin urgent de revoir la loi" pour éviter "un risque considérable que la population belge doive supporter à l’avenir les énormes coûts pour le démantèlement des centrales nucléaires et/ou la gestion des matières fissiles irradiées", prévient la CPN. Il est vrai que de grosses incertitudes demeurent, notamment quant à la facture totale du démantèlement des centrales et de l'enfouissement des déchets radioactifs.


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