Elio Di Rupo entre dans une semaine décisive

Le préformateur n’a toujours pas réussi à "concilier l’inconciliable". Le terme de sa mission royale a été fixé au 16 août et il n’existe aucun Plan B. Suspense…

Le préformateur Elio Di Rupo a libéré les présidents de parti et leurs équipes le vendredi 30 juillet. Ils se retrouveront à la même table de négociation le mercredi 11 août. Il restera alors cinq jours pour construire "un socle de convergences" suffisamment solide entre les visions flamande et francophone de l’avenir du pays pour lancer la formation d’un gouvernement fédéral. Pour l’heure, on ne parle pas de convergences mais bien de "divergences abyssales" pour reprendre l’expression d’Ecolo.

La semaine familiale a-t-elle été fructueuse?
Cette pause aura au moins permis à chacun de se ressourcer et d’éviter le burn-out généralisé de l’Orange bleue en 2007. Comme tous les êtres humains, les responsables politiques ont besoin de telles respirations. "Les miracles de l’informatique" devaient toutefois assurer une poursuite du travail, à un rythme plus doux. Des contacts bilatéraux ont bien eu lieu ces derniers jours mais sans faire bouger sensiblement les positions.

Elio Di Rupo prendra-t-il une initiative?
Le préformateur, qui est rentré mercredi d’Italie, poursuivra des "contacts bilatéraux approfondis" avant la réunion plénière du 11 août, a-t-il fait savoir. Il devrait s’entretenir principalement -mais pas uniquement- avec la N-VA, dans l’espoir de baliser une réforme de l’État acceptable par tous.

Di Rupo devrait dégager non pas des propositions ("ce sera le travail du formateur", dit-il) mais "des éléments de convergences" entre les thèses institutionnelles des sept partis pressentis (PS, cdH, Ecolo, N-VA, CD & V, sp.a et Groen). Les Verts ont réclamé un "non paper", identifiant ces éléments afin d’avoir la base de négociation d’un compromis.

Si le président du PS prend une initiative, elle pourrait être seulement orale (un "non paper" au sens strict), afin d’éviter toute fuite. Di Rupo hésite à s’engager trop ouvertement, sans avoir la certitude que ses partenaires francophones le suivront (en particulier le cdH sur BHV).

La N-VA veut-elle vraiment aboutir?
La question taraude les Francophones, tant leurs propositions se sont jusqu’à présent heurtées à l’intransigeance nationaliste. "Leurs représentants sont effectivement extrémistes dans les groupes de travail, avec une ligne très idéologique et pas toujours précise quand on entre dans les détails pratiques, confie un proche des négociations. En revanche, quand le dossier remonte aux sept présidents, Bart De Wever peut se montrer plus compréhensif."

Au CD & V, on a aussi le sentiment que les nationalistes visent bien la conclusion d’un accord et qu’ils ne cherchent pas à démontrer que cette Belgique fédérale est décidément impossible à gouverner. "De Wever demeure très prudent, reprend un Francophone. Je crois qu’il ne se prononcera clairement que quand il aura une parfaite vue d’ensemble des propositions." S’il retrouve alors suffisamment de "gros poissons", il acceptera le waterzooï de Di Rupo.

Quelles sont les principales pierres d’achoppement?
Le principe d’importants transferts de compétences semble acquis. Deux éléments freinent toutefois les esprits. D’une part, les demandes de la N-VA de scission des soins de santé et des allocations familiales se heurtent au souci francophone du maintien d’une sécurité sociale fédérale (la solidarité interpersonnelle).

D’autre part, les Francophones exigent que les compétences soient cédées de manière similaire aux trois Régions, tandis que les Flamands rechignent à placer Bruxelles (qui est aussi leur capitale régionale) sur le même pied que la Flandre et la Wallonie. Si De Wever admet que Bruxelles n’est pas en Flandre (ni en Wallonie, d’ailleurs), tout pourrait se débloquer très rapidement.

La seconde grosse difficulté est liée à la première: le sort de Bruxelles et de sa périphérie. Les compensations pour la scission de BHV (droits d’inscription, refinancement de Bruxelles, assouplissement de règles linguistiques…) semblent à ce stade insuffisantes pour le cdH et bien trop importantes pour la N-VA.

Quelles sont les raisons d’être optimiste quant à l’issue de ces négociations?
Pointons-en trois. La première, c’est la relative sérénité des discussions. Les rapports humains sont bien moins crispés qu’en 2007. "Je n’ai pas encore vu de grosse crise entre nous, concède un négociateur. Di Rupo n’a jamais dû suspendre une séance pour calmer les esprits ou pour permettre une bilatérale en cours de réunion." Cette sérénité permet la discrétion des débats, indispensable pour les concessions mutuelles.

La deuxième, c’est l’intérêt quasi historique des deux plus gros partis à la réussite de l’opération. Pour le PS, c’est l’occasion de retrouver un poste de Premier ministre, interdit aux Wallons depuis… 1973. Pour la N-VA, c’est la possibilité de montrer à l’opinion publique flamande qu’elle concrétise les revendications institutionnelles que les autres promettent. Dans les deux cas, cela peut s’avérer électoralement très porteur.

Enfin, la troisième raison, c’est tout simplement l’absence de Plan B et la peur du saut dans le vide. Personne ne sait ce qui pourrait se passer en cas d’échec. Une autre coalition? Cela reviendrait à remettre en piste l’équipe qui avait échoué à Pâques avec Dehaene. La scission du pays? Elle implique quand même une négociation entre Flamands et Francophones, autour d’un dossier bruxellois toujours aussi épineux…

Quelles sont les raisons d’être pessimiste?
L’évidence: l’écart entre les thèses du nord, du centre et du sud du pays. Les rapprocher revient à "concilier l’inconciliable", a estimé Elio Di Rupo. En avançant centimètre par centimètre comme ils le font depuis un mois, les négociateurs ne sont pas près d’accomplir les kilomètres qui séparent les deux bords. À un certain stade, les partis pourraient convenir qu’il est finalement plus simple de négocier la scission du pays que de bricoler un nouveau plan de sauvetage.

La discussion est biaisée parce que le plus fort des sept partis autour de la table est aussi le plus extrémiste. La N-VA peut à tout moment décider que l’heure d’actionner le levier indépendantiste (son but programmatique) est venue et, ainsi, faire tout capoter. Cela crée une situation psychologique très peu propice aux négociations.

Le parti nationaliste a certes tenu des propos rassurants depuis le 13 juin. Mais ce n’est pas assez. Il faudra que Bart De Wever se mouille personnellement -et rapidement- dans l’élaboration du compromis pour que cet état d’esprit évolue favorablement. C’est sans doute l’objet central des "contacts bilatéraux approfondis" que Di Rupo mènera jusque mardi soir.

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