En 22 ans, la solidarité de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles a progressé de 25%

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Une nouvelle étude menée par Eric Dor chiffre à 6,4 milliards d’euros le flux de solidarité interpersonnelle de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles en 2017. En 1995, ce flux se chiffrait à 3,064 milliards. Cette évolution s'explique par l'évolution de l'indice des prix à la consommation mais aussi par la disparité dans les revenus des ménages entre la Flandre et les deux autres Régions.

En plein pataquès politique avec des négociations qui patinent à tous les étages et un paysage politique plus que jamais morcelé depuis les élections du 26 mai, cette nouvelle étude sur les flux de solidarité interpersonnelle entre les différentes Régions de Belgique menée par Eric Dor, directeur des Études Économiques à l’IESEG School of Management de Paris et Lille, ne va évidemment pas adoucir le climat.

985 euros par Flamand

Sans surprise, et c’est forcément ce qui irrite certains cadors de la politique en Flandre, l’étude montre une nouvelle fois que les transferts se font globalement du nord vers le sud même si le Brabant wallon est aussi un contributeur net. "En moyenne, les habitants de Flandre sont contributeurs nets, à raison de 985 euros par personne et par an, en faveur des autres régions du pays. Les Régions bénéficiaires sont la Wallonie et Bruxelles, avec des gains de 1.472 euros et 918 euros par personne et par an, respectivement", rapporte l’étude.

Le socle de la solidarité

Mais avant de plonger plus en détail dans ces flux, il est important de rappeler les grands principes qui se cachent derrière ces chiffres. Il ne faut pas l’oublier, à côté de la lecture politique qu’en donnent certains, ces mouvements reflètent avant tout des transferts entre régions riches et pauvres en Belgique. C’est le principe de solidarité!

"Les Régions bénéficiaires sont la Wallonie et Bruxelles, avec des gains de 1.472 euros et 918 euros par personne et par an, respectivement."

Comment? Chaque ménage contribue à la production de richesse (valeur ajoutée) du pays à travers ses revenus primaires, issus notamment du travail. Ces revenus sont soumis à l’impôt et au versement de cotisations sociales dont les recettes sont mises dans un pot commun utilisé par l’état pour verser les allocations sociales, octroyer des prestations sociales en nature aux ménages, comme des remboursements de frais de soins de santé et médicaments, ou leur prise en charge directe sous le régime du tiers payant.

Toute cette redistribution implique donc des flux de solidarité interpersonnelle entre l’ensemble des ménages de la Belgique. "Pour chaque région, province ou arrondissement, le flux de solidarité interpersonnelle peut être calculé. C’est la différence entre le revenu disponible observé des ménages de son territoire, et ce qu’il serait si le revenu disponible total des ménages du pays était réparti entre les entités proportionnellement à leur revenu primaire", rappelle l’étude.

Voilà pour la théorie…

De 3,064 milliards en 1995 à 6,402 milliards en 2017

Les données complémentaires transmises par Eric Dor ce mardi montrent une évolution constante dans les flux de solidarité du nord vers le sud. Remontons jusqu’en 1995. Il y a 22 ans, la contribution de la Flandre représentait en moyenne 522 euros par personne et par an en faveur des autres régions du pays. La Wallonie recevait ainsi 891 euros par personne tandis que Bruxelles 117 euros. Ces flux de solidarité représentaient à l’époque 3,064 milliards d’euros de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles qui reçoivent respectivement 2,953 milliards d’euros et 111 millions d’euros.

605
euros
Depuis 1995, la progression ne s’est quasiment jamais arrêtée. En 2000 par exemple, la contribution de la Flandre est passée en moyenne à 605 euros par habitant.

Depuis 1995, la progression ne s’est quasiment jamais arrêtée. En 2000 par exemple, la contribution de la Flandre est passée en moyenne à 605 euros par habitant. La Wallonie en bénéficiait à hauteur de 1.035 euros par personne tandis que Bruxelles percevait 146 euros. Dix ans plus tard, soit en 2010, la contribution de la Flandre est passée en moyenne à 813 euros par habitant. La Wallonie en percevait 1.236 euros par habitant et Bruxelles 695 euros. Et en 2016, ces montants ont été une nouvelle fois adaptés avec une contribution moyenne de 968 euros par habitant en Flandre. La Wallonie en percevait elle en moyenne 1.447 euros par habitant et Bruxelles 898 euros.

Bref, en 22 ans de temps, les flux de solidarité de Flandre vers les deux autres régions du pays ont doublé, passant de 3,064 milliards à 6,402 milliards l’année dernière. Par habitant flamand, cela représente en moyenne une progression de 463 euros. Du côté des bénéficiaires, les montants sont passés de 102 euros par habitant bruxellois à 918 euros en 2017, soit une progression de 816 euros en moyenne. Côté wallon, on vient de 891 euros en 1995 à 1.472 euros en 2017, soit une progression de 581 euros.

Disparité dans les revenus primaires et inflation

Pour Eric Dor, l'explication principale de cette évolution " est d'abord la disparité de trajectoire des revenus primaires par habitant ". Repartons de 1995, le revenu primaire par habitant en Flandre était de 16.951 euros en moyenne alors qu’il était de 13.944 euros en Wallonie et de 15.937 euros à Bruxelles.

Depuis 1995, l’écart n’a fait que se creuser avec une Flandre généralement plus riche que la Wallonie et Bruxelles.

Depuis 1995, l’écart n’a fait que se creuser avec une Flandre généralement plus riche que la Wallonie et Bruxelles. En 2000, le revenu primaire par habitant s’affiche à 19.791 euros en Flandre, 15.935 euros en Wallonie et 18.317 euros à Bruxelles. En 2010, le revenu primaire est passé à 24.971 euros en Flandre, à 20.037 euros en Wallonie et à 21.229 euros à Bruxelles. Et en 2016, la Flandre enregistre un revenu primaire de 26.447 euros en moyenne par habitant. Il est à 21.194 euros en Wallonie et à  21.724 euros à Bruxelles.

Plus globalement, une région qui compte proportionnellement plus de chômeurs bénéficie de plus de transferts sociaux. C'est le principe de la solidarité.

À côté des explications fournies par Eric Dor, il est important d'intégrer un autre paramètre, c'est l'évolution de l'indice des prix à la consommation (IPC). D'après les informations reprises sur le site du SPF Economie, cet indice (en base 1996=100)  était à 97,37 en 1995. Il se situait à 153,15 en 2017. En tenant compte de l'IPC, on pourrait donc en déduire que la contribution moyenne de 522 euros versée par chaque habitant de Flandre en 1995 représente 786,40 euros en 2017.

Bref, si les montants de la solidarité du nord vers les deux autres régions ont augmenté en 22 ans, ils n'ont pas doublé. Ils ont augmenté d'environ 198,6 euros (la différence entre la contribution de 985 euros par habitant en 2017 et les 786,4 euros), soit une hausse d’environ 25%.

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Le Hainaut la plus pauvre, le BW parmi les riches

Si on revient à l'année 2017, on constate "un flux de solidarité interpersonnelle de 6,402 milliards d’euros de la Flandre vers la Wallonie et Bruxelles, qui reçoivent respectivement 5,310 milliards d’euros et 1,092 milliard d’euros."

La ventilation par provinces et arrondissements montre cependant une exception dans le "concept" de transferts du nord vers le sud.

La ventilation par provinces et arrondissements montre cependant une exception dans le "concept" de transferts du nord vers le sud. Sans trop de surprise, les provinces dont les populations sont, en moyenne, contributrices nettes à la solidarité, sont le Brabant flamand, la Flandre orientale et la province d’Anvers. Mais le Brabant wallon est également un contributeur. "Les populations de toutes les autres provinceset de Bruxelles, sont bénéficiaires nettes de la solidarité, en moyenne."

Du côté des provinces les plus pauvres, et qui bénéficient ainsi le plus des flux de solidarité interpersonnelle entre les territoires du pays, le Hainaut reste en tête avec 2.986 euros par personne et par an, suivi de la province de Liège, avec 1.861 euros par personne et par an. Bruxelles arrive en troisième position avec 918 euros par personne et par an. La province du Limbourg occupe la troisième place avec 850 euros par personne et par an. Du côté des provinces riches, "le Brabant flamand est proportionnellement le plus grand contributeur net, avec 3.543 euros par personne et par an de versements implicites au profit d’autres provinces, suivi du Brabant wallon avec 2.699 euros par personne et par an".

 Charleroi vs Louvain

Si on se place un échelon plus bas, au niveau des arrondissements, la tendance reste forcément similaire. Louvain avec 3.705 euros par personne par an, Hal-Vilvorde avec 3.413 euros par personne par an, et le Brabant wallon avec 2.699 euros par personne par an, sont les arrondissements où la population est la meilleure contributrice nette à la solidarité interpersonnelle.

4.404
euros
L’arrondissement qui bénéficie le plus de la solidarité interpersonnelle est celui de Charleroi, avec un gain de 4.404 euros par personne par an.

En bas de l’échelle, l’arrondissement qui bénéficie le plus de la solidarité interpersonnelle est celui de Charleroi, avec un gain de 4.404 euros par personne par an. Il est suivi de Mouscron (3.156 euros), Mons (2.997 euros) et Liège (2.793 euros).

À la septième place, Ostende (1.669 euros) est le premier arrondissement flamand à profiter de ces flux. Enfin, dans le top 20 des arrondissements bénéficiant le plus de ces transferts, 13 sont situées en Wallonie, 6 en Flandre. Bruxelles ferme, elle, la marche.


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