analyse

Et au dernier moment, la tuile pour le duo royal

Retour au palais royal cet après-midi pour Sabine Laruelle et Patrick Dewael.

Les militants du CD&V sont une majorité à vouloir la N-VA au Fédéral. Ils préfèrent l'opposition à une coalition Vivaldi. Que peuvent encore faire les chargés de mission royale?

À 16 h ce lundi, Patrick Dewael et Sabine Laruelle, les chargés de mission, se rendront chez le Roi. Ils ont eu trois semaines pour rédiger un rapport. On attend principalement la réponse à deux questions. Qu'est-ce qu'ils ont réussi à engranger? Quid de la suite?

Il est sans doute préférable que le Roi prolonge le duo actuel dans sa mission. Mais on ne peut exclure qu'il lance de nouvelles consultations.
Pierre Vercauteren
Politologue à l'UCLouvain Mons

Ont-ils avancé?

Rappelons qu'ils devaient "prendre les contacts nécessaires à la mise en place d'un gouvernement de plein exercice". On sait qu'ils ont travaillé sur une Vivaldi, cette coalition écartant la N-VA pour réunir les socialistes, les libéraux, les écologistes et le CD&V. Mais on sait aussi que la position des chrétiens-démocrates fait coincer ce processus. Ceux-ci ne veulent pas d'une coalition sans majorité de part et d'autre de la frontière linguistique. Donc, ils veulent que la N-VA en soit. Ce que le PS refuse.

Le CD&V a lancé ce weekend une consultation en ligne de ses membres pour savoir, notamment, s'ils soutenaient cette position. Selon le résultat, les militants CD&V veulent la N-VA dans une majorité fédérale. Si cela est impossible, ils préfèrent l'opposition (41%) à la coalition Vivaldi. Seuls 12% des militants veulent retourner aux urnes. "La N-VA doit avoir la possibilité de participer pleinement à la formation d'un gouvernement fédéral", a lâché le président du parti, Joachim Coens. 

Il faut évaluer les solutions de coalition mais aussi le processus nécessaire pour y arriver. Et pas mal de temps sera encore nécessaire pour élaborer une coalition, quelle qu'elle soit.
Pierre Vercauteren
Politologue à l'UCLouvain Mons

La coalition Vivaldi sur laquelle travaillent les missionnaires n'a donc pas la cote auprès des militants CD&V. Voilà qui corse plus encore le travail d'une recherche d'un accord fédéral. Mais Joachim Coens n'apprécie guère que l'on considère le CD&V comme celui qui bloquerait la situation. "Il y a neuf mois que certains partis francophones ne veulent même pas parler avec d'autres. Je trouve ça bizarre que tout le monde regarde vers nous alors que d'autres partis bloquent", disait-il sur La Première ce matin. Il rappelait que dans la majorité en Wallonie - composée du  PS, d'Ecolo et du MR - il n'y a que le MR qui ait accepté de discuter avec tous les membres du gouvernement flamand. Il trouve étrange "qu'ils ne veuillent même pas se mettre autour d'une table lors d'une information", visant donc explicitement, outre le PS, Ecolo

Une bonne stratégie?

"Ce qui est frappant, constate Pierre Vercauteren, politologue à l'UCL Louvain-Mons, c'est que le CD&V continue à lier son sort à celui de la N-VA alors que son score électoral est historiquement bas. Ce parti n'a pas encore commencé le processus par lequel il pourrait retrouver une trajectoire ascendante par ses propres moyens."

Pour le politologue, l'un des problèmes est que le CD&V se retrouve dans un entre-deux. Pour rappel, les socio-chrétiens flamands ont décroché 12 sièges à la Chambre. "C'est trop et trop peu. Trop peu pour pouvoir prendre le leadership. Mais trop pour pouvoir se mettre de côté comme le cdH. Ils sont coincés..."

Quelle sera la suite?

Quelles que soient les conclusions du rapport de Sabine Laruelle et Patrick Dewael, ils vont donc devoir tenir compte de l'orientation donnée par les réponses à l'enquête interne du CD&V. La suite en dépend.

Dimanche, interrogé sur VTM, le président de la N-VA Bart De Wever a estimé qu'il incombait aux deux grandes entités fédérées - la Flandre et la Wallonie - de prendre les rênes de la formation d'un gouvernement fédéral. Cela semble aussi rester la position du CD&V. Le PS et Ecolo avaient déjà refusé la formule qui reviendrait à nier Bruxelles, impliquerait à nouveau la N-VA et diviserait la famille des Verts.

De refus en refus, que reste-t-il? Pour Pierre Vercauteren, "il faut évaluer les solutions de coalition mais aussi le processus nécessaire pour y arriver. Et pas mal de temps sera encore nécessaire pour élaborer une coalition, quelle qu'elle soit."

Le CD&V ferme donc la porte à la Vivaldi. Marier N-VA et PS est impossible pour l'instant... "Si on cherche une hypothèse arithmétique, on peut rassembler les socialistes, les libéraux et les verts, avec l'appui du cdH." Pas facile non plus puisque l'aile flamande serait franchement minoritaire et l'Open Vld aurait face à lui ses partenaires du gouvernement régional, le CD&V et la N-VA, en plus du Vlaams Belang. Or, l'Open Vld est en processus de recherche d'un nouveau président. "C'est difficile d'engager un pari pour l'avenir dans ces circonstances", relève Pierre Vercauteren. 

Bref, dans tous les cas, il faudra encore du temps pour convaincre. Soit le PS, soit le CD&V, soit l'Open Vld... "Il est sans doute préférable que le Roi prolonge le duo actuel dans sa mission, juge le politologue de l'UCLouvain. Mais on ne peut exclure qu'il lance de nouvelles consultations."

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