Et c'est parti pour un gouvernement minoritaire!

©BELGA

La poussière commence tout doucement à retomber sur la situation politique belge, après que la N-VA a quitté, ce samedi, la coalition suédoise en place depuis la fin 2014. Après être passé chez le Roi, Charles Michel devait s'en aller à Marrakech, soutenir le pacte migratoire. À la tête d'un gouvernement minoritaire.

Forcément, le dimanche, on reprend les choses là où on les avait laissées le samedi soir. 

Un samedi soir mouvementé, pour ceux qui n'auraient pas suivi. Où un Charles Michel prenait acte du départ de la N-VA de sa coalition suédoise et annonçait qu'il se rendrait à Marrakech soutenir le pacte de l'ONU sur les migrations au nom de la Belgique et de son gouvernement désormais "orange-bleu", à savoir composé du MR, du CD&V et de l'Open Vld, mais plus de la N-VA. 

Le dernier acte d'une pièce politique finement jouée par Charles Michel - il faut le souligner. La N-VA, après avoir subitement retourné sa veste, pensait pouvoir empêcher la Belgique de ratifier ce pacte? Raté, lui a fait savoir en substance le Premier. Car la Belgique a déjà marqué son accord sur le sujet en septembre, et si un consensus ne peut être trouvé au sein de l'exécutif, c'est pour révoquer ce soutien. Autrement dit, ce qui a été fait ne peut être défait. La Belgique soutiendra le pacte à Marrakech et le votera à New York.

Ce qui nous mène, enfin, à ce dimanche.

Où le flou artistique qui régnait samedi soir commence, petit à petit, à se dissiper. Faisons le point.

  • Oui, la N-VA a démissionné. Démission, pas démission? Le statut des trois ministres et deux secrétaires d'État N-VA n'était pas entièrement clair, ce samedi soir. L'ancien vice-Premier N-VA Jan Jambon a clarifié la situation ce dimanche matin: oui, l'équipe N-VA démissionne. Formellement. Histoire de ne pas ajouter une couche d'incertitude supplémentaire. Les lettres de démission étaient prêtes depuis samedi soir, explique-t-on au parti. 
  • Et le Roi, dans tout cela? Cela aussi était resté en suspens samedi. Fallait-il, oui ou non, passer par la case "Palais royal" afin de remplacer les ministres N-VA? Parce que, on le rappelle, au sein du conseil des ministres - en ne tenant donc pas compte des secrétaires d'État -, la parité doit obligatoirement être de mise. Autant de ministres francophones que néerlandophones. Le seul espace laissé à la créativité à ce sujet est de voir le statut accordé au Premier ministre: est-il considéré comme "linguistiquement asexué" ou comme faisant partie d'un groupe linguistique? Rappelons que, jusqu'ici, Charles Michel était compté parmi les troupes francophones.

Eh bien oui. Ce dimanche midi, Charles Michel s'est rendu au Palais, afin d'officialiser le tout. "Dans le respect du processus constitutionnel", comme dirait Didier Reynders (MR). Une heure plus tard, le Palais officialisait: il acceptait la démission de Jan Jambon, Johan Van Overtveldt, Sander Loones, Theo Francken et Zuhal Demir. Et annonçait la nomination de deux nouveaux ministres: Pieter De Crem et Philippe De Backer. 

  • De nouveaux ministres. Forcément. Le départ des troupes nationalistes laissait un solide paquet de compétences à l'abandon. Impliquant un jeu de chaises musicales au sein de l'équipe restante. Qu'on vous résume ici
  • Un gouvernement minoritaire. Eh oui, c'est vers cela que la Belgique se dirige, à moins d'un rebondissement de dernière minute. Un gouvernement minoritaire, c'est-à-dire ne disposant plus d'une majorité parlementaire à la Chambre. Ce qui l'oblige, afin de faire passer ses projets, de bénéficier d'un soutien extérieur, à la carte, en fonction des dossiers. Une configuration qui n'est guère courante en Belgique - pour la dernière, prière de remonter aux années '70 sous Tindemans. La question est donc de savoir quel va être le comportement de l'opposition. Et en particulier, celui de la N-VA. On y vient.
Samedi, la N-VA quittait le gouvernement. Ce dimanche, elle lui assure toutefois son soutien sur le volet socio-économique - à condition toutefois de s'en tenir aux accords et d'exécuter ceux-ci dans leur intégralité. ©BELGA

  • La N-VA en soutien sur le socio-économique. Là aussi, Jan Jambon a levé le voile, au nom de la clarté. Les nationalistes flamands se montreront "constructifs" sur le volet socio-économique. Notamment en ce qui concerne le budget 2019, déjà passé en commission, mais pas encore voté en plénière à la Chambre. Même combat sur les grands chantiers que Michel doit encore boucler, jobsdeal en tête. Mais attention, prévient la N-VA. Pas question de faire du "shopping". Pour qu'elle donne son accord, il faut que les projets soient effectués dans leur entièreté. Puisque l'on parle du jobsdeal: celui-ci comprend notamment une dégressivité accrue des allocations de chômage, qui doit encore faire l'objet d'un accord au sein de l'exécutif. "Cet accord pour l'emploi fait partie intégrante du budget, souligne la N-VA. Cela doit donc aller vite, puisque le budget doit être voté d'ici la fin de l'année.

Les nationalistes auraient-ils donc, comme on dit, un pied dedans, et un pied dehors? "Du tout, balaie-t-on à la N-VA. Deux pieds dehors." Mais on respectera les engagements pris - il faut dire aussi que le patronat exerce une forte pression sur le parti et verrait d'un mauvais oeil un blocage économique. Et pour les engagements qui ne sont pas encore pris? Autrement dit, d'éventuelles nouvelles propositions en provenance de cette orange-bleue cornaquée par Charles Michel? "Tous les dossiers seront jugés en fonction de leurs mérites." Voilà qui ressemble à une porte entrouverte.

  • Et l'opposition? On s'en doute. Après quatre ans d'opposition féroce, on ne se bouscule pas pour monter à bord de ce gouvernement MR-CD&V-Open Vld, et ce même si la N-VA n'en est plus. Bref, il ne faut pas compter sur l'opposition "classique" pour venir en aide à cette orange-bleue minoritaire. "Sauf s'ils viennent avec une politique sociale, par exemple un projet de retour à 65 ans pour l'âge du départ à la retraite", ironise-t-on au PS. 

Reste la question d'un éventuel vote de confiance - ou de méfiance - au Parlement. Qui ne devrait guère avoir lieu - attention, le conditionnel est ici de mise. Parce que la majorité n'a pas l'intention de passer par là; pour elle, la Constitution ne l'impose pas. Et que l'humeur du moment, dans les rangs de l'opposition, n'est certes pas à l'enthousiasme, mais à ne pas "ajouter du chaos au chaos". Autrement dit, ce n'est pas elle qui devrait poser la question de la confiance, ou de la défiance. Par contre, si pareil vote venait à avoir lieu, elle n'accorderait évidemment pas sa confiance à cette orange-bleue inédite.

  • Trois priorités. Juste avant que Charles Michel ne s'envole pour Marrakech, un premier conseil des ministres de cette nouvelle orange-bleue s'est réuni. "Avec des décisions formelles", indique Charles Michel, dont l'approbation de la dotation d'équilibre de la sécurité sociale. C'était surtout l'occasion de définir un plan d'action pour ce gouvernement "semi-neuf". Qui se déclinera en trois axes prioritaires. Pas de grande surprise pour les deux premiers: pouvoir d'achat et sécurité. Et le troisième? L'enjeu climatique, pour lequel Michel assure avoir entendu le message adressé par la population à l'occasion de la marche pour le climat. 
  • Et des consultations à mener. Dès son retour de Marrakech, ce lundi soir, Charles Michel prendra contact avec le Parlement et les différents partis qui le composent. Histoire de voir comment se déroulera cette cohabitation plutôt inédite. Une rencontre avec les partenaires sociaux est également au programme. Quant à savoir si la présidence de la Chambre restera aux mains de Siegfried Bracke (N-VA), Charles Michel refuse de se prononcer. Ce n'est pas du ressort de son gouvernement. "Cette décision appartient à la Chambre.

 

Allez, il est temps pour Charles Michel de décoller pour Marrakech.

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