analyse

Superkern: et la N-VA redevint la N-VA

Le chef de groupe N-VA à la Chambre, Peter De Roover, qui représente les nationalistes flamands au sein du superkern, a claqué la porte de l'accord trouvé ce vendredi. ©Photo News

Ce vendredi, la N-VA a refusé le texte validé en superkern portant sur les mesures socio-économiques post-coronavirus. Pour beaucoup d'observateurs, cela sonne définitivement le glas pour le sentiment retrouvé d'"union nationale" et marque le retour aux logiques politiciennes de préparation à d'éventuelles élections anticipées.

Depuis le déclenchement de la crise du Covid-19 et l'octroi des pouvoirs spéciaux au gouvernement Wilmès, un semblant d'unité a régi l'essentiel des échanges entre partis et pouvoirs politiques. En temps de crise, l'union fait la force. Mais en politique, cette devise ne vaut qu'un temps. Le déconfinement et le début d'un retour à la normale marquent en effet le retour des velléités de pouvoir et, à ce jeu-là, c'est la N-VA qui frappe le plus fort.

En effet, alors que la formation d'un gouvernement revient, peu à peu, en haut de l'affiche, le parti de Bart De Wever ressort ses crocs et place ses pions. Dernier exemple en date, la décision de la N-VA de ne pas valider l'accord trouvé en superkern ce vendredi par le gouvernement fédéral et les dix partis du pays quant aux mesures socio-économiques de relance. En guise de justification, le chef de groupe N-VA à la Chambre Peter De Roover, qui représente les nationalistes flamands au sein de ce superkern, a déclaré: "Ce n'est pas la bonne formule pour adopter un tel paquet (de mesures). Il existe un cadre différent pour cela, à savoir la formation d'un gouvernement."

Le retour de la politique

"L'unité retrouvée du fait de l'urgence de la crise touche à sa fin et on commence à apercevoir un recentrage sur le débat politique."
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

Pour le politologue de l'ULB Pascal Delwit, ce refus de la N-VA n'a rien de surprenant. Au contraire, il témoigne d'un retour à la normale. "Cette décision de se retirer de l'accord du superkern s'aligne sur ce que l'on a pu observer depuis plusieurs jours. Nous retournons dans une séquence politique moins consensuelle à mesure que la normalité revient", décode-t-il. "L'unité retrouvée du fait de l'urgence de la crise touche à sa fin et on commence à apercevoir un recentrage sur le débat politique", poursuit-il.

Cet effritement de l'union nationale n'est donc pas exclusif à la N-VA. Depuis quelques semaines, la recrudescence des tensions politiques à travers plusieurs événements isolés a participé au rétablissement de l'environnement "normal" du pouvoir. La position prise par le parti nationaliste flamand en superkern ne serait au final rien d'autre qu'une réaffirmation de sa ligne d'avant-crise.

Gouvernement et élections anticipées

Avec le retour de la politique vient aussi le retour des questions laissées en suspens. La plus brûlante bien sûr étant celle de la formation d'un gouvernement de plein exercice, à la veille de la fin des pouvoirs spéciaux. Et au regard de cela, la position de la N-VA en superkern ce vendredi se comprend aussi. "L'idée d'union nationale n'est pas bonne pour la N-VA d'un point de vue électoral. Aussi, le parti se place dans une logique de frapper les imaginations et ce refus est un geste de communication qui s'inscrit dans cette logique", explique Pascal Delwit.

"La possibilité de trouver un gouvernement qui soit conforme au résultat des élections du 26 mai 2019 est aujourd'hui plus faible que celle de la tenue d'élections anticipées."
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

La N-VA place ses pions et réaffirme sa position, donc. "La possibilité de trouver un gouvernement qui soit conforme au résultat des élections du 26 mai 2019 est aujourd'hui plus faible que celle de la tenue d'élections anticipées. Il est donc logique que les hommes et femmes politiques se préparent à un retour aux urnes", conclut le politologue.

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