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Et le roi Philippe accepta...

©REUTERS

Après deux jours de consultations, le couperet est tombé. La démission du gouvernement Michel II a été acceptée par le roi Philippe. Le pays est parti pour une longue période d’affaires courantes.

Il aurait sans doute rêvé mieux comme cadeau d’anniversaire. Une démission. Vendredi à midi, le roi Philippe lui a pourtant fait ce cadeau-là, en acceptant la demande de démission qui lui avait été soumise par le Premier ministre mardi en début de soirée.

La page du gouvernement Michel s’est donc définitivement tournée ce 21 décembre. Jour de l’anniversaire de Charles Michel (43 ans), jour de l’anniversaire aussi de celui qui l’aura fait trébucher, le président de la N-VA, Bart De Wever (48 ans). Tiens, cinq ans les séparent. Le temps d’une législature, qui n’aura finalement pas vécu jusqu’au bout.

"Il va y avoir des contacts politiques dans les semaines qui viennent, avec la volonté de s’inscrire dans le cadre tracé par le Roi."
Le 16

Le gouvernement Michel remanié aura donc vécu 13 jours, dont trois en état de mort-vivant (démissionnaire). Un des plus courts gouvernements de l’histoire de la Belgique. Seul le gouvernement Spaak II, minoritaire lui aussi, mais tombé sous le coup d’une motion de confiance ratée, aura fait pire (7 jours).

Mais ça, c’est pour la petite histoire. Car le job du gouvernement Michel n’est pas fini. S’ouvre en effet maintenant une longue période d’affaires courantes, qui se déroulera jusqu’au-delà des élections du 26 mai prochain. Car il faudra aussi assurer la continuité de l’État après le scrutin, en attendant la formation d’un nouveau gouvernement.

C’est sans doute un soulagement pour Charles Michel, pour le MR, et pour tous les partis qui ne souhaitaient pas voir débouler des élections anticipées dès le mois de février. Une date circulait déjà, lancée par une N-VA dans les starting-blocks, celle du 11 février. Vous pouvez l’oublier.

Le roi Philippe a en effet chargé le gouvernement et les institutions d’expédier les affaires courantes, et "d’apporter une réponse appropriée aux défis économiques, budgétaires, et internationaux, et aux attentes de la population sur le plan social et environnemental."

Cet appel, il l’a lancé après avoir reçu, deux jours durant, l’ensemble des partis démocratiques représentés au Parlement fédéral. Les différents groupes politiques ont pu lui faire part de leur volonté de répondre aux différents enjeux, que ce soit en termes de pouvoir d’achat, de climat, de conséquences d’un Brexit…

Parfum de campagne

Ils l’ont d’ailleurs répété encore vendredi après-midi, se fendant de communiqués étalant leurs priorités pour les cinq mois à venir. Et cela fleure déjà bon la campagne électorale…

"Il faut avancer sur ce qui touche directement les Belges, l’augmentation du bien-être."
Benoît Lutgen
président du cdH

Pensez. Le cdH a très vite fait savoir qu’il faudrait mettre l’accent sur l’augmentation immédiate du bien-être des Belges. "Il faut avancer avec une feuille de route et une méthode, a déclaré le président des démocrates-humanistes Benoît Lutgen. Il faut avancer sur ce qui touche directement les Belges, l’augmentation du bien-être. C’est l’unique réponse aux populismes rampants, pour retrouver la confiance et ne pas céder aux sirènes de l’extrême."

Côté Ecolo, on restait beaucoup plus vague vendredi. "Il est temps de tourner la page et de reconstruire", disaient les Verts après l’annonce royale. Mettant en avant les premières mesures déjà déposées en matière de climat et de pouvoir d’achat des indépendants, les Verts ont appelé à poursuivre le travail pour "aider ceux qui n’arrivent plus à boucler leurs fins de mois". Sans oublier, évidemment, le calendrier de fermeture des centrales nucléaires pour lequel les Verts apporteront "tout leur soutien".

Bras de fer MR-PS

Au PS, on était beaucoup plus concret. Les socialistes ont d’ores et déjà annoncé vouloir décrocher une enveloppe "pouvoir d’achat" d’un demi-milliard d’euros, qui inclut quatre mesures pour doper le pouvoir d’achat des Belges (TVA sur l’électricité à 6%, enveloppe bien-être de 354 millions, hausse des bas et moyens revenus, gratuité de la visite chez le généraliste).

Au passage, on signalera la grande bataille des chiffres qu’ont déjà entamée les deux poids lourds francophones, le MR chiffrant une première liste des desiderata socialistes déposée avant la démission officielle à 14,7 milliards d’euros, le PS répliquant en estimant que, sur cette base-là, on pouvait partir du principe que le gouvernement Michel avait donc confisqué pour 1.659 euros par an de pouvoir d’achat à chaque Belge. On vous le dit, la campagne est lancée…

Assurer la continuité, pas dépenser…

Quoi qu’il en soit, il va falloir remettre de l’ordre dans tout cela. Car les affaires courantes ne permettront pas tout. Elles sont là pour assurer la continuité de l’État, et non pour lancer de nouvelles politiques. Elles sont contraintes par le budget entré sous la coupe des douzièmes provisoires. Des amendements pourraient y être apportés, mais sans cadrage des priorités de chacun des partis, la Belgique risquera la sortie de route budgétaire.

C’est d’ailleurs dans l’optique de poser des premières balises à ces affaires courantes que le Premier ministre a réuni le kern (conseil des ministres restreint) vendredi, à deux reprises dans la journée. Avant son rendez-vous avec le Roi, et après, une fois la démission actée. Pas de cadeaux, lors de ce conseil. L’heure était grave, et pas à fêter les 43 ans du Premier. Ce gouvernement se sera donc terminé sans fleurs (ni couronnes) ni chocolat. Sobrement.

Des contacts ont également eu lieu avec la présidence de la Chambre. "Et il va y avoir des contacts politiques dans les semaines qui viennent, avec la volonté de s’inscrire dans le cadre tracé par le Roi", explique-t-on au 16 rue de la Loi. Le gouvernement en affaires courantes étant minoritaire, il devra en effet trouver des majorités dans chacun des dossiers qui devront être votés. Le Roi devra être tenu informé de l’état d’avancement des travaux à intervalles réguliers.

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