analyse

Et maintenant, que va-t-il arriver à ce projet d'AIP?

Difficile de dire ce qui a le plus joué dans le réchauffement de la concertation sociale: la grève générale du 13 février ou la révision, à la hausse, de la marge salariale maximale par le Conseil central de l'économie. ©Photo News

Les syndicats ont un mois pour se prononcer; on attend l'avis de la base d'ici le 26 mars. Autre inconnue: le gouvernement acceptera-t-il la souplesse prise sur le terrain des prépensions? Risquera-t-il de malmener le fruit de la concertation sociale à quelques semaines des élections? Éléments de réponse.

Ça y est. Ils y sont arrivés, peu avant cinq heures du matin, après quelque vingt heures de négociation. Un projet d'accord interprofessionnel portant sur 2019 et 2020 s'est dessiné au sein du Groupe des 10, réunissant patrons et syndicats. 

Que dit ce projet d'AIP?

Il consacre, comme pressenti, une norme d'évolution salariale de 1,1%, en sus de l'inflation. Revoit légèrement à la hausse le salaire minimum, alloue l'intégralité de l'enveloppe bien-être, majore les interventions de l'employeur dans le trajet domicile-travail, fait passer de 100 à 120 le nombre d'heures supplémentaires volontaires et assouplit un brin la donne en matière de prépensions et de fins de carrière.

Reste à présent à savoir quelle sera la suite des opérations. Car il ne s'agit, pour l'heure, que d'un projet d'accord. Qui doit être avalisé de tous côtés.

Prenez les syndicats. Dont les têtes pensantes - qu'il s'agisse du bureau national ou fédéral - se réunissaient ce mardi matin. Avec pour mission de valider ou non le résultat du compromis arraché au bout de la nuit: constitue-t-il une base raisonnable, qui peut être présentée et défendue devant la base? En cas de réponse positive, la consultation des troupes syndicales devrait livrer son verdict d'ici le 26 mars prochain

La N-VA en embuscade

Et puis, il y a le gouvernement, minoritaire et en affaires courantes. Où l'enthousiasme n'est pas, disons, unanimement partagé. Parce que ce projet d'accord s'écarte des intentions de la coalition suédoise pour tout ce qui a trait au régime de chômage avec complément d'entreprise (RCC, plus connu sous l'appellation "prépension"). Intentions clairement affichées dans le cadre du "jobsdeal" bouclé durant l'été 2018, mais dont la traduction en arrêtés royaux a été gelée par la chute du gouvernement Michel suite au départ de la N-VA.

 

"Ce qui compte pour le gouvernement, c'est la paix sociale, le développement économique et le pouvoir d'achat des travailleurs", s'est réjoui le Premier ministre Charles Michel (MR). Rejoint dans l'allégresse par le ministre de l'Emploi Kris Peeters (CD&V). Qui appelle à la plus grande prudence: un AIP constitue un tout, toucher à une seule de ses composantes revient à mettre en péril le fragile équilibre.

Les libéraux flamands se montrent, eux, un peu plus circonspects. S'ils se félicitent de l'accord salarial, l'assouplissement sur le front des RCC passe mal. "Ce n'était pas l'accord, regrette leur présidente, Gwendolyn Rutten. Ce n'est pas avec un marché du travail aussi tendu que l'on peut se passer des gens à 58 ans.

De là à caler, comme le préconise l'ancien partenaire N-VA? "Je pars du principe que le gouvernement démissionnaire Michel II va s'y opposer et ne va pas effectuer de marche arrière politique sans majorité au parlement", peste le chef de file des nationalistes à la Chambre, Peter De Roover. C'est relativement improbable, à vrai dire.

 

Les signaux envoyés par le MR et le CD&V montrent déjà que l'exécutif n'est pas bouillant à l'idée de saborder, à quelques semaines des élections, le résultat d'une concertation périlleuse. Qui, si elle joue la montre et retarde le durcissement des conditions d'accès à la prépension, ne change pas fondamentalement la donne en matière de cap suivi. La hausse de l'âge minimum est inévitable, les partenaires sociaux ne font que ralentir le pas. 

Certes, il faudra convaincre l'Open Vld. Au risque de s'engager un peu trop, cela ne devrait pas être insurmontable. Personne en effet n'a envie de faire de cadeaux à la N-VA. Or se rallier à son avis et menacer le fruit de la mécanique sociale juste avant les élections donnerait pas mal de grain à moudre sur le flanc gauche de l'Open Vld - on imagine mal en effet les partis du centre et de la gauche tiquer et retoucher ce projet d'AIP. 

D'autant plus que les fédérations patronales ne semblent pas trop s'en offusquer, de cette liberté prise sur les prépensions. Commerces et services (Comeos) parlent d'un bon accord pour la stabilité, même s'ils regrettent "le manque d'ambition en matière de flexibilité". L'industrie technologique (Agoria) parle d'un "accord équilibré", ne voyant pas non plus, dans l'assouplissement temporaire des conditions de RCC, de remise en cause de la volonté gouvernementale d'allonger les carrières. 

La messe semble donc presque dite. Le principal coup de tonnerre pourrait venir d'un syndicat ou l'autre, dont la base se montrerait encore mécontente. Mais même dans ce cas-là, le gouvernement Michel devrait proposer de partir sur les bases négociées cette nuit.

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