Et maintenant?

Lundi dernier, Elio Di Rupo martelait: "c’est le compromis ou le chaos". Puisque la préformation a abouti à un constat d’échec, va-t-on forcément vers le chaos? Quels scénarios peuvent se dessiner pour les prochains jours, les prochaines semaines?

Exit Di Rupo? 
Une remise en selle du préformateur apparaît bien peu probable. Elio Di Rupo a épuisé ses ressources. Depuis une semaine, sa préformation tournait en rond et les relations entre personnes se sont nettement dégradées. "Cela ressemblait de plus en plus à de l’acharnement thérapeutique", observe Pierre Vercauteren, politologue aux Fucam (Mons).

Elio Di Rupo a perdu la main. Mais il n’est pas exclu que, plus tard, il redevienne formateur et Premier ministrable. On l’a vu avec Yves Leterme: un échec n’est plus forcément synonyme de fin de carrière. D’autant que le PS reste de loin le plus grand parti francophone.

Le tour de De Wever?
Quelqu’un d’autre doit reprendre le flambeau, qu’on l’appelle "démineur", "conciliateur" ou "informateur". Qui? "C’est toute la difficulté", indique Pierre Vercauteren. "En théorie, la balle doit rebondir dans le camp flamand et, au sein de celui-ci, dans le camp du premier parti, à savoir la N-VA. Mais Bart De Wever a tout fait pour éviter cela. Il va être sous pression pour prendre ses responsabilités. Les francophones, et peut-être aussi certains Flamands, voudront que Bart De Wever renoue après avoir tiré sur la corde jusqu’à la casser", commente le politologue. Encore faut-il que laN-VA veuille vraiment former un gouvernement fédéral et "sauver" la Belgique… Les doutes, côté francophone, sont de plus en plus forts. "Mais les alternatives sont faibles", ajoute le politologue des Fucam.

Ci et là, les noms de Johan Vande Lanotte (sp.a) ou de Philippe Moureaux (PS) ont été cités. 

 

Exclure la N-VA? 
Une fois qu’une personnalité aura été désignée, il faudra voir qui elle tentera de rassembler. "On peut repartir avec les mêmes partenaires ou changer", explique Pierre Vercauteren.

Mais exclure la N-VA relève de l’utopie. "Arithmétiquement, c’est possible. Mais politiquement, pour l’instant, c’est impensable. Le poids électoral et populaire de la N-VA en Flandre est tel que ce serait du suicide politique pour les autres partis. Toutefois, il faudra voir si l’échec actuel et les événements de ces dernières semaines ne vont pas éroder la popularité de la N-VA. La presse et l’opinion publique flamande vont-elles lui imputer une responsabilité? Il faudra observer ces réactions dans les prochains jours. Déjà, au niveau politique, le sp.a et Groen se sont distancés de Bart De Wever. Le front flamand s’est lézardé", analyse Pierre Vercauteren.

 

L’heure du MR ?
Le retour des libéraux "est une possibilité", souligne le politologue. Ces derniers jours, l’Open VLD d’Alexander De Croo, qui ne jurait que par l’opposition, a fait une courbe rentrante. Et on sait que Bart De Wever a toujours privilégié une alliance avec des formations plus proches, idéologiquement, sur le terrain socio-économique. 

Mais l’arrivée du MR et de l’Open VLD à la table des discussions se heurte aussi à de solides obstacles. Un: le PS n’est pas chaud à l’idée.  Et il reste le premier parti francophone.  Puissant. Incontournable. Rancunier, peut-être. Deux: les tractations communautaires ne seront pas plus simples avec les libéraux. Le MR, qui intègre le FDF d’Olivier Maingain, ne pourra par exemple jamais avaliser une scission de BHV telle qu’elle s’esquissait jusqu’ici (c’est-à-dire avec relativement peu de compensations pour les francophones de la périphérie).

 

Des élections?
En cas de blocage persistant, un retour aux urnes est une possibilité, mais c’est peu probable à très court terme. Ce serait un dernier recours. "Dans l’immédiat, beaucoup de partis considèrent que les élections ne sont pas une bonne chose pour eux. On n’est pas du tout sûr qu’un nouveau scrutin permettrait de décanter la situation. Au contraire, il pourrait encore renforcer le score de la N-VA", craint Pierre Vercauteren.

 

Un "plan B"?
La dernière hypothèse est le "plan B". Autrement dit, on changerait complètement d’optique et les différentes formations politiques seraient amenées à négocier une séparation plus ou moins douce de la Belgique.

Aujourd’hui, c’est une solution crédible. "L’hypothèse principale, c’est un retour à la table des négociations pour former un gouvernement fédéral dans le cadre de la Belgique. Mais, côté francophone, le processus actuel laisse des traces. Et l’idée d’avoir une autonomie de la Wallonie et de Bruxelles progresse, avec calme et détermination, même si c’est toujours envisagé à reculons. Je n’ai jamais entendu autant de voix en ce sens", conclut Pierre Vercauteren.

 

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