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Et si on parlait diversité au travail plutôt que d'appels mystères

©© Ed Bock/CORBIS

Les organisations représentatives des employeurs ne voient pas positivement le projet d’appels mystères de Kris Peeters pour tacler la discrimination à l’embauche. Elles ont néanmoins élaboré un plan en 6 points pour encourager les patrons à faire leur part en la matière.

Ça turbine sec chez Kris Peeters à l’approche de la trêve estivale. Quand le ministre de l’Emploi n’est pas occupé à déclarer qu’il ne vise rien de moins que le plein-emploi pour 2025, il persiste et signe sur son projet controversé de "mystery calls" en annonçant qu’il le présentera devant ses partenaires de majorité avant le 21 juillet.

Pour rappel, la méthode des "appels mystères" vise à prouver, suite à des plaintes, si des faits de discrimination à l’embauche sont avérés ou non, et ce au moyen de coups de téléphone anonymes menés par l’Inspection du travail. Jusqu’ici, l’idée jouit de la bienveillance des syndicats, tant côté CSC que côté FGTB. Elle a aussi (et surtout) déjà valu au ministre des critiques acerbes de la part de ses camarades de gouvernement de la N-VA et du VLD.

A contrario, à Bruxelles, la mesure semble être passée comme une lettre à la poste. Cette adoption à Bruxelles est pour le moins surprenante, sachant que le gouvernement se cherche une nouvelle majorité

Plan en 6 points

Du côté des entrepreneurs, on souffle également le froid sur le projet du ministre. Hasard du calendrier (ou non?), une réunion était justement prévue mercredi entre le ministre et les représentants des organisations patronales pour discuter de la diversité et de l’intégration au travail. L’occasion pour la FEB, l’UWE, le Voka et consorts de lui dire tout le mal qu’ils pensaient des appels mystères. "Nous ne sommes pas favorables à cette idée de ‘mystery calls’, parce que c’est une attitude de sanction et de méfiance vis-à-vis d’une seule partie, c’est-à-dire les employeurs", a fait savoir Pieter Timmermans, administrateur délégué de la FEB, en marge de la rencontre, relayant la vision de ses coreligionnaires.

©rv

Les représentants des patrons n’étaient cependant pas là simplement pour dire à Kris Peeters ce qu’ils pensaient de sa mesure, puisqu’ils venaient plus spécifiquement présenter au ministre leur nouveau plan conjoint de promotion de la diversité en entreprise. Un document aux airs de monnaie d’échange, tenant en 6 "bullet points". "Ce n’est pas une réaction paniquée à la proposition de Kris Peeters", réfute cependant Matthieu Dewèvre, faisant référence aux "mystery calls". Ce conseiller au service d’étude de l’UCM, qui a travaillé sur le dossier, assure qu’il a fait l’objet d’une étude approfondie et de longue haleine.

Dialogue intégré

Que nous apprend la lecture de ce plan, dont l’introduction rappelle que la Belgique était en 2016 l’État membre de l’UE qui possédait le plus grand écart entre le taux d’emploi des nationaux "de souche" (67,3%) et celui des Belges d’origine étrangère (48,1%)? Que contrairement à la méthode Peeters, qui mise sur une intensification des contrôles et donc des éventuelles sanctions, celle proposée par les patrons parie plutôt sur la collaboration et la bonne volonté des employeurs.

Outre la mise en place d’une opération de communication et d’une "boîte à outils" à destination des chefs d’entreprise visant à leur faciliter la tâche dans leur plan de diversité, les patrons déclarent également avec ce texte vouloir aller dans le sens d’un dialogue plus intégré avec des institutions comme Unia (ex-Centre pour l’égalité des chances) et l’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes. "Cette plus grande collaboration passe prioritairement par une participation aux conseils d’administration de ces institutions", peut-on lire dans le document.

Les représentants des patrons sollicitent également l’aide des pouvoirs publics afin de mettre en place une sorte de "guichet unique" en ligne pour les entreprises souhaitant s’informer sur la diversité ainsi qu’une méthode d’autoévaluation pour que celles-ci puissent mieux dresser leur bilan en la matière.

À l’issue de la rencontre, Pieter Timmermans a fait état d’un dialogue constructif et d’une ambiance "très bonne". De là à bousculer les plans du ministre? Pas sûr. Mais ce dernier "a bien compris qu’il fallait peut-être préciser quelques éléments dans son projet", nous a confié Pieter Timmermans à la sortie des échanges.

Le principal intéressé s’est quant à lui abstenu de tout commentaire sur un changement éventuel de cap au niveau de ses intentions.

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