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interview

"Et si on partageait le temps de travail?"

©Thierry du Bois

Marie-Kristine Vanbockestal est interpellée. L’administratrice-générale du Forem s’inquiète des effets secondaires que certaines mesures prises par le Fédéral vont avoir sur les jeunes.

Elle pense en particulier aux milliers de jeunes qui, faute de diplôme, n’auront plus droit aux allocations d’insertions. "Le Fédéral a ignoré ce risque. Ces jeunes vont zoner pendant deux, trois années. Ils vont disparaître. Dans quel état allons-nous les retrouver?"

Elle invite par ailleurs le monde politique à examiner la piste du partage du temps de travail pour lutter contre le chômage.

La disponibilité des prépensionnés, qu’en pensez-vous? Va-t-elle se faire au détriment des jeunes demandeurs d’emploi?

Sans budget supplémentaire, cela se fera au détriment des autres demandeurs d’emploi. C’est évident! Nous sommes capables au Forem d’accompagner tout type de public, mais si nous devons prendre en charge les prépensionnés à budget constant, cela se fera au détriment de la qualité du service pour les autres publics comme les jeunes ou alors, en diminuant le soutien auprès des jeunes. Il faut bien se rendre compte que si on doit intégrer les 55-56 ans, cela représente 58.000 personnes en Wallonie. Cela fait un flux annuel de 11.000 personnes qu’il faudra accompagner et contrôler.

Cette mesure serait-elle de nature à freiner la baisse de la demande d’emploi chez les jeunes?

Nous sommes, il est vrai, dans un trend positif depuis quelques mois, mais il reste beaucoup à faire. Ne l’oublions pas: 32,37% de la demande d’emplois en Wallonie touche les moins de 25 ans. Par contre, le nombre d’emplois disponibles n’augmente pas. Le contexte est celui-là. Avec l’arrivée des prépensionnés, ce sera plus difficile pour les jeunes de trouver de l’emploi sur le marché. Cette mesure aura un effet sur eux. On ne peut pas le nier, mais iI faut cependant relativiser et intégrer quelques spécificités. Il y a de nombreux postes que les jeunes ne savent pas occuper. Les prépensionnés ne seront donc pas en concurrence avec eux. Par ailleurs, dans les chômeurs âgés qui vont arriver sur le marché, pour un individu qualifié, 9 autres ne le sont pas. Ce sont des travailleurs qui n’ont pas des compétences valorisables.

Express

"Avec l’arrivée des prépensionnés, ce sera plus difficile pour les jeunes de trouver de l’emploi sur le marché."

"Si un jeune quitte l’école à 18 ans, il n’aura rien et devra attendre ses 21 ans pour avoir droit à un stage d’insertion. Cela va toucher plusieurs milliers de jeunes. Tous ces jeunes qui vont abandonner leurs études d’ici juin, ils vont être abandonnés. Le Fédéral a ignoré ce risque."

"La ministre de l’Emploi pourrait suggérer au Fédéral cette idée de partage du temps de travail."

Êtes-vous inquiète pour l’avenir des jeunes?

Pas tant par rapport à cette mesure, mais parce qu’on n’en fait pas encore assez pour eux. Pour maintenir le financement des pensions dans ce pays, on fait revenir les travailleurs âgés sur le marché de l’emploi. C’est une solution de facilité. C’est plus difficile de faire entrer un jeune sur le marché de l’emploi que d’empêcher un vieux d’en sortir. Il est évident qu’il faut en faire plus pour aider le monde du travail à accueillir les jeunes. C’est un travail de long terme qui passe par une réforme de l’enseignement. Sur le court terme, le Fédéral vous dira qu’il a pris des mesures pour les jeunes en raccourcissant le stage d’insertion et les forçant ainsi à rester aux études. On ne prend pas conscience de l’impact négatif de cette mesure.

Pourquoi?

Si un jeune n’a pas de diplôme, il doit attendre 21 ans pour débuter son stage d’insertion et une année de plus pour toucher les allocations d’insertions. Quant aux jeunes de plus de 25 ans, ils n’auront plus droit aux allocations. Le temps que cette disposition fasse ses effets et pousse les jeunes à ne pas lâcher l’école, cela va prendre des années. Mais dans l’immédiat, dès la fin de cette année par exemple, on va augmenter la catégorie de jeunes qui ne sont ni aux études ni en formation. Et moi, au Forem, je ne les verrai pas. Si un jeune quitte l’école à 18 ans, il n’aura rien et devra attendre ses 21 ans pour avoir droit à un stage d’insertion. Cela va toucher plusieurs milliers de jeunes. Tous ces jeunes qui vont abandonner leurs études d’ici juin, ils vont être abandonnés. On se sent interpellé au Forem. Ces jeunes vont zoner pendant deux, trois ans. Dans quel état allons-nous les récupérer?

Y voyez-vous une forme de précarisation pour ces jeunes?

Ce n’est pas une volonté, mais une conséquence de cette mesure. Je comprends qu’il faille inciter les jeunes à faire des études et à obtenir un diplôme, mais il y a le revers de la médaille. Le Fédéral a ignoré ce risque. Ces jeunes vont zoner pendant deux, trois années. Ils vont disparaître. Ces jeunes doivent impérativement venir s’inscrire au Forem pour qu’on puisse les accompagner.

"Le partage du temps de travail est une piste à étudier pour lutter contre le chômage."
Marie-Kristine Vanbockestal
Administratrice générale du Forem

La clé dans la lutte contre le chômage, c’est l’activité économique?

Il faut augmenter le nombre de postes de travail en Wallonie. Nous avons un réservoir de main-d’œuvre de 230.000 personnes. Nous pouvons les qualifier. Mais ce n’est pas le gouvernement, ni le Forem qui vont créer ces postes. Ce sont les entreprises. Au politique de créer les conditions favorables. Je crois très fort au Plan Marshall. Le Forem a d’ailleurs décidé d’adosser ses centres de formation aux pôles de compétitivité. On pourrait également examiner la piste du partage du temps de travail. Cela pourrait être une solution pour lutter contre le chômage.

Une des solutions serait, selon vous, de diviser le temps de travail?

Cette piste, les syndicats en parlent depuis de nombreuses années. Honnêtement, cela peut ten ir la route s’il s’agit d’une opération arithmétique, mais il faut faire dans la nuance. Je n’ai pas d’objection à ce qu’on réduise le temps de travail dans ce pays, mais cela doit se faire tout en maintenant le pouvoir d’achat de chaque travailleur. Il faudrait également veiller à ce que le nombre d’heures total de travail augmente pour rémunérer les pensions. Le partage du temps de travail est une piste à examiner et à étudier pour lutter contre le chômage. La balle est dans le camp de la ministre de l’Emploi en Wallonie, ainsi que du côté des partenaires sociaux. C’est là que le débat doit se placer. La ministre de l’Emploi pourrait suggérer cette idée au Fédéral via le comité de concertation. Pourquoi ne pas mettre ce sujet sur la table?

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