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interview

Etienne de Callataÿ: "Alexander De Croo incarne un libéralisme comme je l'aime"

Etienne de Callataÿ n'apprécie pas "les fils de..." en politique. Mais en ce qui concerne Alexander De Croo, il pense qu'il est le "right man" pour le 16 rue de la Loi. ©Photo News

"Alexander De Croo est devenu plus social et plus humain avec le temps", souligne l'économiste Etienne de Callataÿ .

Étienne de Callataÿ, chef économiste d’Orcadia Asset Management, a baigné dans le monde politique dans une autre vie, en étant chef de cabinet de Jean-Luc Dehaene et chef de cabinet du ministre des Finances Jean-Jacques Viseur. Il juge le nouveau Premier et le programme du futur gouvernement.

Que pensez-vous d'Alexander De Croo qui a été désigné Premier ministre? C'est le bon choix?

Je pense que c'est le "right man" pour le poste. Il fallait que le Premier ministre soit un Néerlandophone. Alexander De Croo a l’avantage d’avoir une certaine expérience en dehors de la politique, c'est positif. Mais il a aussi un défaut: être "le fils de…". En politique, on cultive trop "les fils de…" Ce fut déjà le cas pour Charles Michel. Ce n’est ni sain ni souhaitable. Ceci étant dit, cela n’a rien de personnel vis-à-vis d’Alexander De Croo. On peut même dire que c’est un "chouette gars". Je constate qu’il est devenu plus social et plus humain avec le temps. Peut-être est-ce lié à son poste de ministre de la Coopération au développement. Il incarne un libéralisme comme je l’aime. Il ne défend pas certains intérêts corporatistes en particulier. C’est un libéralisme plus cohérent où on ne privilégie pas certains groupes électoraux dont on est historiquement proches.

Il incarne un libéralisme comme je l’aime. Il ne défend pas certains intérêts corporatistes en particulier.

De Croo insiste sur la volonté de faire de la politique autrement mais aussi sur la nécessité de travailler en équipe. Il a même montré une certaine humilité.

Il faut souligner et saluer le fait que Sophie Wilmès se situait déjà dans une telle approche. Il n’y a pas d’attitude matamoresque ou grandiloquente qu'Elio Di Rupo ou Charles Michel ont parfois aimé prendre. Ici, c’est une approche plus humble où parfois on reconnaît que l’on ne sait pas tout. Alexander De Croo a ainsi fait appel à des experts pour la réforme des pensions comme Sophie Wilmès l’a fait pour le coronavirus. Le fait d’avoir recours à des experts constitue pour moi un signal très positif.  

Ce ne sont pas les pensionnés qui sont les premières victimes économiques de la crise du coronavirus. Ce sont plutôt les jeunes.

Passons aux différentes mesures annoncées, comme le relèvement de la pension minimum à 1.500 euros. Qu'en pensez-vous?

Je me pose certaines questions. C’est une mesure qui n’est pas réellement une priorité sociale. Si on tient compte du fait que les aînés sont le plus souvent propriétaires du bien immobilier qu’ils occupent, le taux de pauvreté parmi les pensionnés est plutôt faible. Ce ne sont pas non plus les pensionnés qui sont les premières victimes économiques de la crise du coronavirus. Ce sont plutôt les jeunes qui veulent intégrer le marché du travail. On vient donc ici avec une mesure qui n’est pas liée à la crise du coronavirus et qui ne semble pas constituer une urgence sociale.

Et les nouveaux moyens dans le secteur des soins de santé?

J’ai la faiblesse de penser qu’il y a encore moyen d’améliorer l’efficacité de notre système de santé. Si on remet de l’argent au pot, l’incitation à viser davantage d’efficacité du système risque de passer au second plan. J’ai un peu peur que les interrogations sur l’offre médicale ou la rémunération des médecins dans les hôpitaux soient un peu oubliées. Dans un secteur où les pouvoirs publics interviennent via des subventions, il serait intéressant d’avoir une plus grande transparence des rémunérations. Je ne veux pas savoir ce que le médecin X gagne précisément mais savoir que dans un hôpital, autant de médecins se situent dans telle tranche de salaires et autant dans une autre tranche, me paraît légitime dans un secteur hautement subventionné.

Conceptuellement, je n’ai pas de souci avec l’idée de demander un effort ponctuel à ceux qui ont les épaules plus larges, quand la collectivité fait face à des difficultés.

Il n'y aura pas de taxe sur les plus-values financières mais, dans le contexte de la crise sanitaire, "une contribution équitable sera demandée aux individus qui ont la plus grande capacité contributive".

Conceptuellement, je n’ai pas de souci avec l’idée de demander un effort ponctuel à ceux qui ont les épaules plus larges, quand la collectivité fait face à des difficultés. On a vu qu’après la guerre, ceux qui n’avaient pas souffert, et qui donc "n’avaient pas payé par leur santé", ont finalement "payé par leurs impôts". Et il ne s’agissait pas de décisions prises par des pays communistes. Mais il faudra voir comment cette contribution sera déclinée en pratique. Et le diable est souvent dans les détails.

Une grande réforme fiscale est évoquée avec une suppression des niches fiscales. Du déjà vu?

Oui, c’est une espèce de marronnier. Mais c’est toutefois bien d’en parler parce que ces niches constituent une plaie de notre système. Il faut espérer que ce gouvernement sera cohérent et ne va pas commencer à créer de nouvelles niches fiscales. S’il n’y a pas de nouvelle niche, ce serait déjà salutaire. On peut rappeler que le gouvernement sortant a introduit un nouvelle niche fiscale pour la déductibilité de l’assurance protection juridique. C’est une erreur monumentale. Le cadeau  fiscal est de 124 euros, mais le leader de marché a dans le même temps augmenté sa police de 120 euros. Ce serait la même chose si on subventionnait les vélos électriques : le prix du vélo augmenterait, et l’avantage serait largement capturé par le vendeur. C’est du gaspillage, en plus d’une couche de complexité additionnelle.

Garantir l’approvisionnement en électricité à tout instant, c’est absurde.

La loi de sortie du nucléaire est maintenue, avec toutefois une évaluation de la situation énergétique fin 2021.

Le sujet est hautement technique mais c’est plutôt une bonne idée d’évaluer la situation fin 2021. Je pense également qu’il faudrait faire passer le message qu’avoir éventuellement une coupure de courant, un jour ou deux par an, ne constitue pas la fin du monde. Parfois on présente cette situation comme celle qu’il faut absolument éviter. Mais ce n’est pas le cas. Garantir l’approvisionnement en électricité à tout instant, c’est absurde. Des économistes ont étudié cette situation. C’est comme si à tout instant on devait avoir cinq taxis en attente pour être certain qu’il y ait toujours un taxi disponible quand on en a besoin. C’est économiquement déraisonnable car cela entraîne un gaspillage de ressources. On en arriverait à surdimensionner les capacités.

Il existait encore une meilleure solution : zéro voiture de société.

La note de formation prévoit des voitures de société avec "zéro émission" dès 2026.

C’est très bien, mais il existait encore une meilleure solution : zéro voiture de société. Ici, on ne fait que corriger un peu le système. Ce système des voitures de société entraîne une plus grande complexité administrative, cela encombre les services de ressources humaines des entreprises, cela fait les beaux jours des sociétés de leasing… On devrait travailler pour un salaire, point. Et n’oubliez pas non plus que les voitures électriques polluent aussi…

En matière de sécurité, il est question de sanctionner plus rapidement. Et en matière d'immigration, une politique de retour "plus volontariste" sera mise en oeuvre.

C’est un peu étonnant dans le chef d’un gouvernement avec les socialistes et les écolos. Mais il ne faut pas oublier qu’au sein d’Ecolo, il existe différents courants. Je connais des gens qui votent pour le parti Ecolo car pour eux l’environnement est l’enjeu numéro un. Mais ils ne se reconnaissent pas toujours dans les positionnements du parti en matière de communautarisme ou dans les politiques en matière d’éducation. Il faut en tenir compte.

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