Faut-il y aller ...  ou pas?

Avec sept partis susceptibles de monter dans un gouvernement, le jeu des coalitions reste ouvert, même si la nécessité d’avoir une majorité des deux tiers pour mettre en musique la réforme de l’Etat restreint les possibilités. Avec Pascal Delwit, politologue à l’ULB, nous passons en revue ce que chacun des partis a à gagner ou à perdre d’une montée dans le gouvernement. 

La N-VA. Le parti de Bart De Wever devra gérer son succès. En politique, ce n’est pas chose facile, voyez Yves Leterme...

Le gain: En menant une réforme de l’Etat sur les bancs du gouvernement, la N-VA réalisera une partie de son programme et pourra présenter un bilan positif. Elle fera la démonstration que le message qu’elle a tenu pendant la campagne ("Avec nous, ca va bouger") n’était pas du vent. 

Les risques: Le revers de la médaille, c’est qu’elle créera forcément des déceptions au sein de ses électeurs les plus nationalistes car elle sera obligée de faire des compromis.  Si elle échoue sur ces compromis, elle risque par contre de désorienter son électorat non-nationaliste qui a adhéré à l’idée qu’il faut voter N-VA pour sortir de l’ornière. 

 

La famille socialiste. En montant au gouvernement, les partis socialistes francophone et flamand ont la possibilité d’incarner une aile gauche puissante. 

Le gain: Cela permettrait au PS comme au sp.a. d’avoir une position cohérente politiquement étant donné qu’ils sont présent dans les gouvernement régionaux. 

La victoire électorale du PS lui offre également deux autres avantages. Un: son poids politique est nettement supérieur à celui de 2007, il pourra donc revendiquer des postes ministériels supérieurs en poids et en nombre. Deux: le PS peut revendiquer le poste de 1er ministre. 

Les risques: Les socialistes francophones devront gérer leur victoire électorale dans un contexte de crise économique. L’électorat du PS a voté pour lui dans une optique de protection sociale. Un constat qui est vrai aussi pour le sp.a. qui est allé à contre-courant des autres partis flamands en axant sa campagne sur les pensions notamment. Mais les socialistes devront sans doute prendre des mesures impopulaires pour stabiliser puis réduire la dette publique.

 

La famille libérale. La participation au gouvernement des libéraux francophones et flamands est sans doute la plus improbable. Ils ont subi une grosse défaite. 

Le gain: au MR, Didier Reynders aurait sans doute à gagner – personnellement – à être dans le gouvernement car cela lui permettrait de conserver un rôle important. Dans le cas conraire, il ne sera plus président du MR (il ne se représentera pas), et redeviendra simple député. Pas simple à gérer lorsque l’on a été vice-premier pendant 11 ans... Le Parti réformateur pourrait plus globalement essayer de transformer sa défaite électorale en victoire politique. Le PS l’a fait en 2007 en montant au gouvernement malgré sa défaite, avec le succès que l’on sait. De son côté, la seule chose que l’Open VLD pourrait gagner d’une participation serait d’avoir un levier d’action sur les politiques à mener. 

Les risques: Le MR deviendrait un partenaire mineur, la 5ème roue du carrosse. Ce sera d’autant plus compliqué qu’il devra gérer ses tensions internes. Pour l’Open VLD, il aura très difficile à expliquer qu’il participe au gouvernement alors qu’il a largement perdu les élections, et qu’en faisant tomber Leterme II, il a aussi joué le jeu de celui qui était prêt à se refaire une santé dans l’opposition... Enfin, l’Open VLD devrait faire face à une énorme méfiance de ses partenaires de coalition. 

 

La famille sociale-chrétienne. La défaite du CD&V, qui passe pour la première fois de son histoire sous la barre des 20%, et le statu quo du cdH n’excluent pas leur participation au gouvernement.

Le gain: Le CD&V est le parti du chef du gouvernement flamand, le cdH est présent dans les régions et à la Communauté française. Dans une logique plus intégrée en terme de politique publique, leur présence renforcerait leur cohérence aux autres niveaux de pouvoir. 

Les risques: Le CD&V ne pourra pas peser dans le gouvernement comme en 2007, il jouera en mode mineur. Ensuite, comme les socialites, le CD&V et le cdH devront endosser un certain nombre de mesures difficiles face aux défis socio-économiques.

 

La famille écologiste. Les Ecolos ne pèseront pas lourd dans la coalition, c’est une certitude.

Le gain: L’intérêt d’Ecolo sera de démontrer qu’il n’est pas seulement capable d’avoir des idées, mais de les mettre en oeuvre. S’il peut montrer, sur un ou deux dossiers, qu’il est incontournable, ce sera gagné. Groen! aura, lui, l’avantage d’exister dans le paysage politique et médiatique flamand. Les deux partis écologistes pourront accumuler de l’expertise, avoir un cabinet ministériel, et des gens compétents qui profitent au parti.

Les risques: Comme tous les autres, ils peuvent perdre une partie de leur âme, parce que, comme les autres, ils ne pourront pas appliquer entièrement leur programme. 

Nathalie Bamps

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