Fin de campagne et peaux de banane

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Dimanche, les électeurs se souviendront-ils des dernières passes d’armes auxquelles les partis politiques se livrent durant la dernière ligne droite? Au sein de certains partis, on espère manifestement que oui. Et on glisse encore l’une ou l’autre peau de banane sur des dossiers pourtant réputés tabous.

Quand le PS et le MR s’engueulent vertement sur l’indexation des salaires, comme cela a été le cas vendredi matin sur les ondes de La Première, on se dit que c’est normal. C’est dans la logique des choses. Le clash couvait d’ailleurs depuis plusieurs jours déjà. Depuis qu’Olivier Chastel, le ministre du Budget, tête de liste MR dans le Hainaut, a littéralement cloué le bec à Elio Di Rupo sur les chaînes locales en niant que le MR ait la volonté de toucher à l’index. Le Premier ministre, pourtant sûr de son argumentation, en était resté baba. Et pour cause… Olivier Chastel se défendait sur la base d’un texte, alors qu’Elio Di Rupo l’attaquait sur la base d’un autre…

Vendredi matin, c’est d’ailleurs un Paul Magnette remonté comme un coucou suisse qui a remis le couvert face à Charles Michel. Même cible. Même attaque. Frontale. Alors que Charles Michel défend l’indexation, Paul Magnette lui renvoie son programme (le bon) à la figure. "Vous touchez effectivement à l’index. Je l’ai ici sous les yeux." Charles Michel se débat comme un beau diable. Pensez: à deux jours du verdict des urnes, passer pour le parti qui voudrait supprimer l’indexation, c’est mortel. Donc, dans la bouche de Charles Michel, les choses sont claires (même si elles ne le sont pas pour tous dans le programme du parti): "Nous voulons valoriser l’indexation, donc maintenir l’indexation." Fin du clash. Un éclat qui a reflété le très classique clivage gauche-droite qui a émaillé toute la campagne électorale, reléguant le cdH et Ecolo au rang des figurants de campagne.

Par contre, quand ces mêmes cdH et Ecolo se prennent le bec sur un sujet pourtant tabou comme celui de la fusion des trois réseaux d’enseignement, on ouvre ses oreilles. Et on écarquille les yeux. De surprise. Quelle mouche a donc piqué la co-présidente d’Ecolo, Emily Hoyos, lorsqu’elle s’est posée en proie pour le chat en déclarant de but en blanc qu’il fallait aller "vers un rapprochement naturel des réseaux", et en qualifiant ces réseaux de "scories du passé". Tel un fauve, Benoît Lutgen, le président du cdH, a bondi sur l’occasion. N’attendait-il que cela? Plus rapide que l’éclair, il a en tout cas déterré la hache de la guerre

scolaire, enterrée depuis des lustres bien profond dans le sol communautaire. "Ecolo qui veut supprimer l’enseignement libre, ça, c’est particulier", a-t-il ironisé face à Emily Hoyos déconfite. Et pour cause, elle avait parlé de rapprochement des réseaux, pas de fusion. Durant les minutes qui suivent, elle aura beau démentir, rectifier, préciser que "non, Ecolo ne veut pas supprimer le libre", "non Ecolo ne veut pas fusionner les réseaux". Le mal est fait. Deux heures plus tard, un communiqué du Segec (la fédération des PO des écoles libres) en attestera: "Les parents restent plus attachés que jamais aux pluralités de projets éducatifs", dit le Segec.

La peau de banane glissée par Benoît Lutgen sous la chaussure d’Emily Hoyos n’aura sans doute pas de lourdes conséquences sur le résultat des urnes. Dans la teneur générale de la campagne, elle fait surtout office de tempête dans un verre d’eau. Par contre, dans l’après-25 mai, cette sortie pourrait laisser des traces. "Scorie du passé, cela veut bien dire ce que cela veut dire. Une telle déclaration, cela nous pose un vrai problème", dit Benoît Lutgen qui pourrait avoir la dent dure face à toute formation politique qui voudrait fusionner enseignement libre et officiel. Au cdH, l’enseignement libre, on n’y touche pas. Sauf à revaloriser son financement… Dans ce dossier, les humanistes montrent d’ailleurs, à nouveau, qu’ils n’ont pas complètement renié leurs racines PSC…

Après que les partis de la majorité sortante ont laissé entendre, durant toute la campagne, qu’un nouvel Olivier avait toutes les chances de naître sur les terres wallonnes au lendemain du 25 mai, voilà en tout cas qui pourrait changer les perspectives. Durant toute la campagne, le MR avait été la cible des trois partenaires de l’Olivier. D’une manière quasi caricaturale. Demain, PS et cdH laisseront-ils Ecolo sur le bord du chemin? Pour cela, il faudra que MR et PS rangent leurs épées, et se serrent la main. Dit comme ça, cela ne semble pas gagné mais n’oublions pas que les hommes politiques sont d’excellents comédiens… Les jeux restent ouverts. À vos votes.

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