analyse

Forces et faiblesses de la solution Magnette/Rousseau

Conner Rousseau et Paul Magnette misent sur une tripartite. Traditionnelle mais minoritaire. ©BELGA

Les socialistes proposent un coalition minoritaire laissant la N-VA et les verts sur le côté. Ce qui n'est pas dans les usages en Belgique.

Selon les deux présidents socialistes, en dehors d'un retour aux urnes, il n'y aurait plus guère de choix, toutes les formules de coalitions fédérales ayant été testées "en profondeur". Les présidents Paul Magnette et Conner Rousseau sortent donc de leur chapeau une innovation menant à l'avènement potentiel d'un nouveau gouvernement fédéral. 

Pour cause, elle est minoritaire à la Chambre. Paul Magnette préfère évoquer une "majorité relative" formée par les trois familles politiques traditionnelles. Socialistes (28 sièges), libéraux (26 sièges) et chrétiens-démocrates (17 sièges) constitueraient donc l'équipe à former. C'est la proposition déposée lundi par le tandem qui cherche à rapprocher les points de vue depuis plusieurs semaines. 

"Dans chacune des formules testées, un des partis indispensables exprime une exclusive."
Le PS

Côté socialiste, on le dit et on le redit, tout a été essayé et réessayé. L'axe PS/N-VA? Introuvable. L'union nationale? Plouf. La Vivaldi? Inacceptable pour le CD&V. Bourguignonne? Recalée côté libéral. "Dans chacune des formules un des partis indispensables exprime une exclusive", résume-t-on au PS.

La N-VA? "Elle a fait tomber le gouvernement, a refusé de voter la confiance à Wilmès II et a refusé le dernier paquet de mesures du superkern, elle a donc largement démontré qu'elle n'était pas un parti fiable." On est en coulisse. 

En outre, plus personne ne veut des écologistes en dehors du PS. Embêtants en superkern, maladroits en lançant à la Chambre un débat sur la mise en place d'une commission d'enquête post-covid en pleines tractations fédérales et par ailleurs concurrents directs du sp.a en Flandre, les verts sont donc également laissés au bord de la route.

A ce stade, rien n'empêche qu'un ou plusieurs partis viennent faire l'appoint par la suite. Le gouvernement compterait même moins de 14 ministres, ce qui laisserait un espace pour de nouveaux partenaires.  

L'affaire pose plusieurs questions.

Comment est-ce possible d'un point de vue constitutionnel?

En général, en Belgique un gouvernement s'appuie toujours sur une majorité. Mais en pratique, une motion de confiance constructive (qui propose une nouvelle coalition) ne passe pas si elle est barrée par une majorité absolue de votes contre, rappellent Magnette et Rousseau. Il faut donc 76 votes négatifs et les socialistes imaginent mal les écologistes, le PTB, la N-VA et le Vlaams Belang unir leurs forces pour s'opposer à un gouvernement de relance plus d'un an et demi après les élections et en pleine crise économique. C'est une des forces du projet.

On sait que Sophie Wilmès, Première ministre MR, s'est engagée à redemander la confiance du Parlement en septembre, on a là l'occasion de proposer un renforcement de son gouvernement par PS, sp.a et cdH. L'exécutif fédéral ne repose initialement que sur 38 sièges sur 150.  

Oui mais concrètement?

Le problème, c'est qu'en pratique, pour faire passer des projets, il faut une majorité en plénière de la Chambre mais aussi en commission, où cette tripartite ne dispose que de 8 sièges sur 17. Elle devrait donc négocier en permanence pour faire passer ses textes, avec les verts et la N-VA puisque Belang et PTB sont exclus d'office. 

Pour faire quoi?

L'idée est de faire reposer ce gouvernement sur un projet de relance et uniquement un projet de relance. "La crise se fera sentir au moins jusqu'en 2021-22", argue-t-on au PS. Le redressement du pays sera la priorité des priorités, il est donc inutile de s'encombrer de réformes structurantes dans d'autres domaines à court terme. Quelles mesures de relance? La question reste posée. 

La note Magnette/Rousseau prévoit tout de même la création d'un espace de discussions sur une prochaine réforme de l'Etat

Qui dit oui, qui dit non?

Les socialistes doivent donc convaincre le MR, l'Open Vld, le CD&V et le cdH. Ce dernier a très vite manifesté son accord de principe. Dans la famille libérale, ça passe évidemment moins bien. On ne va pas crier à la victoire socialiste dans la minute. Faut pas pousser. Georges-Louis Bouchez, président du MR, y voit donc une option de dernière chance et invite à trouver d'abord une majorité la plus large possible. 

Et de fait, l'affaire ne s'annonce simple ni pour l'Open Vld ni pour le CD&V qui voulaient embarquer la N-VA dans l'aventure. S'ils y vont, ils auront en Flandre une opposition particulièrement puissante. L'affaire est donc loin d'être dans le sac, surtout pour un CD&V vissé à la N-VA.

Les réponses des partis sont attendues "de préférence avant le 26 juin", date de la fin des pouvoirs spéciaux accordés à Wilmès II. 

Qui au 16?

Apparemment, les socialistes, malgré leur statut de première famille politique de cette "tripartite traditionnelle", ne revendiquent pas le poste de Premier ministre, qui reviendrait donc à la famille libérale, deuxième en nombre de sièges. On y trouve déjà deux candidats pressentis: Sophie Wilmès et Alexander De Croo. 

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