analyse

Forces et faiblesses du programme Vivaldi

©REUTERS

L'accord du futur gouvernement De Croo comprend beaucoup d'ambitions et de belles intentions. Mais des balises et des zones de flou font prendre des risques aux sept partis de la majorité.

Un génie du basket. Michael Jordan, c'est six titres NBA et une des plus fantastiques épopées sportives des années 90. Alexander De Croo a choisi cette icône américaine suspendue dans les airs pour marquer le coup, à l'occasion de la conclusion de cet accord gouvernemental attendu depuis 16 mois. Son message: le talent individuel ne suffisant pas, un solide travail d'équipe sera nécessaire pour mener ce projet à terme.

On le comprend à l'analyse de cet accord de gouvernement. On y trouve des ambitions fortes sur lesquelles chaque parti de la majorité peut espérer marquer des points, mais aussi des balises comme autant de douloureux renoncements potentiels. Et gare au financement incertain de ces ambitions. Gauche, droite, centre, écologie politique s'y retrouvent. Mais à quels risques?

Le PS marque des points

La page suédoise, celle d'un gouvernement très marqué à droite, se tourne. Les trois partis restant du gouvernement Michel (MR, Open Vld, CD&V) sont rejoints par quatre formations de gauche (PS, sp.a, Ecolo, Groen). Forcément, cela se sent.

Le PS n'obtient pas - l'a-t-il seulement réclamé? - le retour de l'âge légal de la pension à 65 ans.

Pour les socialistes, des refinancements substantiels, en santé et en social surtout, mais aussi dans l'appareil de l'État au sens large. À la faveur de la crise, la rupture avec la suédoise est nette et sans bavure. Le PS annonce une taxe sur les plus riches, la "taxe corona", une taxe sur les Gafam, une taxe sur les multinationales et la levée du secret bancaire. Bingo.

Sur papier, l'accord prévoit des minimas sociaux revalorisés et le trophée des 1.500 euros net de pension minimum après une carrière complète. Mais cette réforme-là s'annonce très progressive. Le PS n'obtient pas - l'a-t-il seulement réclamé? - le retour de l'âge légal de la pension à 65 ans. Le PTB a déjà commencé à appuyer sur cette faiblesse. Les socialistes n'héritent cependant pas de mesures imbuvables à gauche comme le fut l'exclusion de certaines catégories de chômeurs sous Di Rupo.

Les verts verdissent

Le vert colore largement l'accord et permet aux écologistes de sortir la tête haute de ces négociations. Des ambitions dans la droite ligne du Green Deal européen, le verdissement des voitures de société, les économies d'énergie encouragées fiscalement et une sortie du nucléaire pour 2025 réaffirmée. Cette dernière est cependant tributaire de la sécurité d'approvisionnement en énergie, qui sera évaluée fin de l'an prochain.

Attention donc, car, compromis oblige, on peine à lire dans cet accord le basculement sociétal réclamé par les mouvements de lutte contre le changement climatique qui ont soutenu la victoire électorale d'Ecolo en 2019.

Certains acquis de droite de la suédoise maintenus

Et à droite? On entend déjà que l'accord s'affiche de centre gauche et que le 16 permet à l'Open Vld de sauver la mise. Sévère commentaire. La revalorisation des pensions des indépendants est à mettre à l'actif de l'aile droite du futur gouvernement. Tout comme une certaine rigueur budgétaire. Et la sauvegarde de certains acquis de la suédoise. On a évoqué le maintien de la pension à 67 ans, signalons aussi l'exonération maintenue des charges sociales pour le premier engagement. La réforme de l'Isoc n'est pas remise en question non plus.

Les deux partis de droite pourront peut-être miser sur un thème qui leur est cher et qu'ils ont eu tendance à délaisser ces dernières années: la sécurité.

Par ailleurs, MR et Open Vld ont pu éviter une taxe sur les plus-values. Et même toute taxe nouvelle, selon le texte. Mais on lit aussi que cela dépendra du budget et on a vu plus haut ce que le PS avance en fiscalité. Attention danger.

Les deux partis de droite pourront peut-être miser sur un thème qui leur est cher et qu'ils ont eu tendance à délaisser ces dernières années: la sécurité. Bien exploités, les investissements dans la police et la justice peuvent avantageusement garnir le jeu du MR.

Fragile CD&V

Le CD&V, esseulé dans cet arc-en-ciel, compte sur les avancées sociales promises par l'accord et sur une réforme institutionnelle à inventer pour contrer les nationalistes de la N-VA et du Vlaams Belang. Mais sur ce point, comme sur d'autres, le programme Vivaldi pèche par manque de précision et le succès de toute réforme imaginée ces quatre prochaines années dépendra des élections de 2024. La position du CD&V est loin d'être simple dans cet attelage, ce qui n'est pas un gage de stabilité.

On en terminera par le financement de ce programme. Il reste flou à ce stade mais L'Echo tend l'oreille. Un milliard en lutte contre la fraude fiscale, 400 millions grâce à la hausse du taux d'emploi sont évoqués. À confirmer, mais c'est beaucoup. Est-ce seulement crédible? Si le clivage gauche-droite a marqué les négociations qui s'achèvent, il devrait aussi animer la vie de ce gouvernement lorsqu'il s'agira de concrétiser sa feuille de route.

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