Formation fédérale: les négociateurs ne "vont pas au pas de course"

Le trio orange-bleu composé des partis d'Egbert Lachaert (Open Vld), Joachim Coens (CD&V) et Georges-Louis Bouchez (MR) prend son temps. La fin des pouvoirs spéciaux ne devrait pas accélérer ses travaux. ©Photo News

Les trois mois de pouvoirs spéciaux accordés au gouvernement Wilmès s'achèvent ce mardi. Pour autant, les négociations fédérales ne devraient pas s'accélérer dans les prochaines semaines. Explications.

La crise sanitaire a un temps relégué au second plan les négociations pour constituer un nouvel attelage fédéral. Alors que les pouvoirs spéciaux octroyés à l'exécutif Wilmès II s'achèvent, ces discussions devraient revenir sous le feu des projecteurs. Une accélération des contacts est-elle à prévoir? Pas nécessairement...

Après une tentative de Paul Magnette (PS) et Conner Rousseau (sp.a) à la mi-juin, la balle est désormais dans le camp des leaders du CD&V, du MR et de l'Open Vld. Peu enthousiastes quant à la proposition socialiste, qui visait à mettre sur pied une tripartite classique minoritaire, ces trois présidents ont repris leurs travaux avec le 21 juillet en ligne de mire. Leur première note est attendue d'ici vendredi.

Le trio a tenté de jeter les bases d'une coalition sans le PS, rassemblant N-VA, Open Vld, sp.a, MR et cdH. Ce week-end, le président du sp.a, Conner Rousseau, a indiqué dans De Morgen qu'il ne voyait pas bien l'intérêt que son parti trouverait à entrer dans cette danse sans son parti frère. Du coup, les trois explorateurs se sont tournés vers le PS dimanche, qui a balayé l'idée de venir renforcer le tout. Bref, le week-end n'a pas été bon pour le trio. 

Les présidents des trois partis composant le gouvernement fédéral actuel, Georges-Louis Bouchez, Joachim Coens et Egbert Lachaert, ont réclamé ce lundi un "positionnement clair" aux partenaires potentiels d'un futur gouvernement majoritaire, en s'adressant, sans le nommer au sp.a. "Depuis quelques jours, le lancement d'une négociation pour la constitution d'un gouvernement majoritaire semble possible. En effet, six partis au moins n'ont émis aucun veto les uns vis à vis des autres. Néanmoins, ces dernières heures des signaux contradictoires ont été adressés par au moins une formation politique. A cet égard, il est demandé un positionnement clair aux partenaires potentiels. Ceci nous permettra d'engager une réunion plénière avec les partis concernés afin de constituer, sur la base d'une note de fond, un gouvernement fédéral", indiquent-ils dans un communiqué commun.

Le temps presse-t-il? D'après Jean Faniel, directeur général du Centre de recherche et d'information sociopolitiques (Crisp), la fin des pouvoirs spéciaux ne modifie pas vraiment la donne dans les négociations. "Dire à la mi-juin qu'on prendra un bon mois pour discuter, cela veut dire qu'on prend son temps. On ne va clairement pas au pas de course", constate-t-il. 

"Je ne vois plus de solution, sauf de nouvelles élections. Les points de vue sont si opposés."
Rudy Demotte
Président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Momentum en septembre 

Si aucune initiative ne devait aboutir d'ici septembre, les choses pourraient, par contre, s'accélérer. Pourquoi? Tout simplement parce que le gouvernement minoritaire (38 sièges sur 150) de Sophie Wilmès s'est engagé à redemander la confiance au Parlement après six mois. Faute d'avancées dans les discussions et à condition que la situation sanitaire reste sous contrôle, la Première ministre aurait toutefois très peu de chances de l'obtenir à nouveau.

"Dans ce cas de figure, le gouvernement Wilmès II risque de rejoindre le gouvernement de Wilmès I, autrement dit un exécutif en affaires courantes. À ce moment, soit on essaye encore d'aboutir, soit on glisse vers un autre scénario, en l'occurrence la convocation d'élections", explique Jean Faniel.

"La N-VA souffle en permanence le chaud et le froid depuis plus d'un an."
Jean Faniel
Directeur général du CRISP

Nouveau scrutin

Mais comment se positionnent les partis face à cette hypothèse? Ces derniers temps, PTB, Ecolo et le PS n'ont pas caché qu'ils étaient ouverts à cette option. Pas plus tard que ce week-end, le socialiste Rudy Demotte estimait encore qu'un scrutin constituait la seule voie pour sortir de l'écueil. "Je ne vois plus de solution, sauf de nouvelles élections. Les points de vue sont si opposés", a-t-il déclaré dans la presse flamande.

Au nord du pays, le Vlaams Belang, boosté par sa popularité dans les sondages, est le seul à plaider ouvertement pour un retour aux urnes. "Le positionnement de la N-VA est, par contre, beaucoup plus difficile à suivre. Parfois, elle demande des élections, parfois elle ne les veut pas. Elle souffle en permanence le chaud et le froid depuis plus d'un an", analyse Jean Faniel.

À côté de ces partis, toute une série de formations restent clairement opposées à un scrutin. DéFI, le MR, le cdH, le CD&V et l'Open Vld ont notamment été clairs sur ce point.

Alors qu'aucune solution ne semble à portée de main, le compteur continue de tourner: la Belgique est désormais privée de gouvernement fédéral majoritaire depuis 568 jours et la chute de l'exécutif de Charles Michel.

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