Geert Bourgeois: "Entre PS et N-VA, il y a un grand canyon"

Geert Bourgeois ©Jonas Lampens

L’ancien ministre-président flamand, devenu député européen, ne voit pas comment accorder PS et N-VA au plan socio-économique. Et il met la pression sur l’Open Vld et le CD & V.

Après quatre semaines de préformation en tandem avec Rudy Demotte (PS), Geert Bourgeois (N-VA) livre un constat d’échec: "Entre le PS et la N-VA, au plan socio-économique, il y a un grand canyon", admet-il dans un entretien accordé au Tijd. Pourtant, il jure que les relations personnelles entre les ténors de la politique sont très bonnes. "Je n’ai jamais perçu un manque de confiance entre Elio Di Rupo et Bart De Wever – qui se connaissent très bien –, pas plus qu’entre Paul Magnette et Bart. Les conversations étaient courtoises et régulièrement teintées d’humour."

Pas d’augmentations d’impôts

Geert Bourgeois cite, comme exemple du grand écart qui sépare les deux partis, la façon d’atteindre l’objectif d’un taux d’emploi à 80%. "Le PS préfère doper l’emploi public et réduire le temps de travail avec maintien de salaire. Il ne veut pas d’une flexibilisation du marché du travail, ni d’une limitation dans le temps des allocations de chômage, ni de la suppression des prépensions. (…) Le PS veut augmenter les dépenses de 8 milliards d’euros et compenser cela par des augmentations d’impôts. Ça ne va pas. Nous soutenons le relèvement des pensions les plus basses, mais nous n’allons pas relever massivement toutes les allocations et faire payer la facture par le Flamand, qui assume déjà 70% des impôts dans ce pays."

Magnette était très affirmatif lorsqu’il a dit qu’il y avait une alternative praticable. Si tel est le cas, nous irons dans l’opposition. Pas de problème, c’est la démocratie.
Geert Bourgeois

Geert Bourgeois épingle aussi le fait qu’il n’y a pas qu’entre le PS et la N-VA que le fossé est profond. "Nos propositions communautaires ont rencontré un certain intérêt au PS. Le parti compte dans ses rangs quelques régionalistes convaincus et depuis que Di Rupo est ministre-président, les esprits mûrissent. Le problème est que le MR ne veut rien lâcher au plan communautaire et met la pression sur le PS."

L’ancien ministre-président se dit également curieux de la position que prendront l’Open Vld et le CD&V. "Koen Geens (CD&V, NDLR) a été très clair en écartant l’idée d’une coalition arc-en-ciel. Mais quand j’entends Mathias De Clercq (Open Vld)…"

Que veut la FEB?

Il s’étonne aussi des déclarations de la FEB lorsqu’elle appelle les partis à prendre leurs responsabilités et à former un gouvernement rapidement. "Mais pour faire quoi? Pour annuler les réformes de la suédoise? Augmenter les impôts? C’est cela que veulent les entrepreneurs? La responsabilité qui repose sur l’Open Vld et le CD&V est énorme. Magnette était très affirmatif lorsqu’il a dit qu’il y avait une alternative praticable. Si tel est le cas, nous irons dans l’opposition. Pas de problème, c’est la démocratie."

Entre le Vlaams Belang et la N-VA, en matière sociétale, il y a une Muraille de Chine
Geert Bourgeois


Ce qui signifie siéger aux côtés du Vlaams Belang. Une perspective que Geert Bourgeois tient à dédramatiser. "Mon parti a eu des conversations exploratoires avec le Vlaams Belang. Mais le Palais a également invité Tom Van Grieken pour un entretien. Je trouve cela normal, puisque ce parti avait gagné les élections. Ce qui n’empêche qu’il y a entre ce parti et le nôtre, en matière sociétale, une Muraille de Chine. Nous n’allons jamais abandonner les grands principes de l’État de droit et des Lumières."

Pourtant, la N-VA ne cesse de taper sur le clou de l’immigration. Geert Bourgeois juge que cela n’a rien d’anormal. "Tout le monde est préoccupé par la question migratoire. Même en Flandre-Occidentale, le Vlaams Belang a enregistré un gros score. Nous devons apporter des réponses claires. Toute la différence est dans la tonalité utilisée. Nous ne pouvons jamais nous départir des valeurs héritées des Lumières. Tant en ce qui concerne les nouveaux arrivants, dont certains veulent introduire la sharia chez nous, que par rapport à l’extrême droite, avec des mouvements comme Schild & Vrienden."

La fin de la Belgique pas pour tout de suite

Geert Bourgeois avoue par ailleurs regretter quelque peu la place des Martyrs. "Je vais être honnête: je serais bien resté ministre-président. Un deuxième mandat permet en effet de récolter les fruits de ce qui a été mis en chantier. Mais je ne vais pas bouder dans mon coin pour autant. J’ai été ministre pendant quinze années et j’en suis très reconnaissant."

D’autant qu’il pourra ainsi assister à l’évaporation de la Belgique. On lui demande si le pays sera toujours debout en 2024? "En 2024, je pense que oui", répond-il.

Et après? "Nous verrons bien. J’aime bien entendre Mathias De Clercq lorsqu’il dit que nous avons besoin d’union, d’optimisme et de volontarisme. Formidable, mais qu’est-ce qu’on y gagne, si c’est au prix d’une politique qui mine la prospérité des Flamands? Rien du tout."


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