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interview

Georges Gilkinet (Ecolo): "Ce que les Belges attendent, c'est une meilleure offre ferroviaire"

La Vivaldi va bientôt passer de la parole aux actes, promet Georges Gilkinet. ©Wouter Van Vooren

Georges Gilkinet, ministre Ecolo de la Mobilité, ferme la porte à la gratuité totale de la SNCB et préfère concentrer les efforts fédéraux sur les investissements.

Le gouvernement De Croo s'apprête à passer son premier test hors gestion de crise sanitaire. Dans un climat politique tendu entre gauche et droite. "Les tensions sont en dehors du gouvernement où les choses se passent correctement, rassure Georges Glikinet, vice-Premier Écolo en charge de la Mobilité. On fait notre job et on ne peut pas se laisser distraire, notre dénominateur commun, c'est donner un avenir à ce pays. Avec cette discussion budgétaire, on va passer de la parole aux actes". Interview.

Vous n'êtes pas chaud à l'idée de la gratuité de la SNCB avancée par le PS. Pourquoi?

La politique tarifaire est bien sûr une manière d'attirer de nouveaux clients vers le train. Nous voulons un transfert modal tant au niveau des personnes que des marchandises. Cela concerne notamment les jeunes, les aînés, les personnes moins nanties, parfois les personnes qui souhaitent faire un trajet plus long avec un tarif plus attractif. Il faut donc une politique ciblée. On le fait par rapport au télétravail pour lequel nous travaillons à une formule flexible et moins coûteuse. On a obtenu des avancées en matière de tiers payant, mais on ne pourra pas tout faire car, vu les retards accumulés, le rail a besoin d'investissements. Paul Magnette le sait puisqu'il a été lui-même ministre de la Mobilité (plus exactement des Entreprises publiques dont la SNCB, sous Di Rupo, NDLR), on a trop peu et trop mal investi depuis 20 ans. Les gares Calatrava sont des choix du passé qui pèsent encore sur les finances de la SNCB. Je veux des investissements utiles pour renforcer la qualité du service et améliorer son rapport qualité-prix. Des trains plus tôt le matin et plus tard le soir avec plus de fréquences, c'est ce que les Belges attendent.

"Je cherche des investissements-leviers: un euro investi pour trois euros de retour économique direct et indirect."

Des tarifs avantageux pour les jeunes et les aînés donc?

On agira de façon ciblée, mais ma priorité va à l'investissement dans la qualité du réseau. J'ai un enjeu extrêmement important en matière de transport de marchandises. L'ambition est de doubler les volumes d'ici 2030. Je suis en contact avec les entreprises, la FEB, le Voka, il y a une vraie demande. Parfois il s'agit de 2 ou 3 millions d'euros à un endroit précis pour créer une voie de garage, scinder des tronçons de 20 km pour éviter qu'un train en difficulté ne bloque tout le réseau ou un raccordement. Carmeuse, par exemple, a investi pour mettre des pierres sur le train plutôt que sur des camions. Tout le monde est gagnant, un train de marchandises, c'est 50 camions qui ne sont pas sur les routes. Je cherche des investissements-leviers: un euro investi pour trois euros de retour économique direct et indirect. Un voyage en train, c'est 32 fois moins de CO2 qu'un voyage en voiture.

Sur les moyens, Magnette évoque l'augmentation du taux de la taxe sur les comptes-titres... un débat trop difficile à lancer dans la Vivaldi?

Je me réjouis de ne pas être le seul à demander des investissements. On est tous ministre du climat. Paul Magnette cite des pistes de financement, j'en ai d'autres. On a une capacité d'emprunt sur les marchés qui, aujourd'hui, nous payent pour emprunter. Il y a là une nécessité et une opportunité. Ce sont des choix structurants pour la création de richesse.

"Une entreprise cimentière a par exemple besoin d'un raccordement qui coûte 6 millions d'euros, si elle l'a, elle investit 600 millions d'euros en Belgique."

Quelles sont vos demandes concrètes dans le cadre de ce nouveau plan d'investissements?

On doit continuer d'investir dans l'accessibilité des gares, pour les moins valides, proposer des parkings vélos et des points d'accès pour les autres transports en commun. Il y a un retard énorme que nous sommes en train de combler. On doit investir dans la digitalisation de la gestion des flux et l'affectation des sillons aux compagnies ferroviaires, augmenter l'efficacité du réseau, ce qui veut dire faire rouler plus de trains. La digitalisation doit aussi favoriser les billets communs entre les sociétés de transport et la coordination des travaux. Il faut réduire les temps de trajets sur l'axe Bruxelles-Luxembourg et de nouveaux investissements dans les ports de Gand et d'Anvers. Le réseau doit être modernisé pour favoriser le fret. Une entreprise cimentière a par exemple besoin d'un raccordement qui coûte 6 millions d'euros, si elle l'a, elle investit 600 millions d'euros en Belgique. On a rénové un pont nécessaire au fonctionnement de l'usine Audi de Forest dont l'activité était menacée par l'état du réseau ferroviaire. Des projets utiles, j'en ai pour des milliards d'euros, j'essaie juste de déterminer ceux qui sont les plus urgents.

À combien se chiffrent vos ambitions?

On a déjà obtenu 365 millions dans le cadre du plan de relance européen, il y en a pour des centaines de millions d'euros de plus. J'ai introduit des demandes importantes dans le cadre du conclave budgétaire. Et je ne suis pas seul, derrière moi il y a la FEB, les associations de voyageurs, les patrons des entreprises ferroviaires. J'espère obtenir des moyens substantiels. L'objectif est d'avoir une trajectoire pluriannuelle.

"Ce qui m'importe, c'est que l'exercice budgétaire nous permette d'identifier les gains en CO2 sur les trois prochaines années."

L'Open Vld parle d'un effort budgétaire de 2 à 3 milliards... D'accord?

La Région flamande économise sur les écoles, les enfants. C'est l'inverse qu'il faut faire. Il faut dégager des marges pour des politiques nouvelles. Ce qui m'importe, c'est que l'exercice budgétaire nous permette d'identifier les gains en CO2 sur les trois prochaines années. On a décidé d'une trajectoire budgétaire sérieuse avec un effort annuel fixe de 0,2% du PIB. Les économies sont là, mais on doit donner de l'oxygène à notre économie.

L'accord de gouvernement prévoit un effort supplémentaire variable lié à la croissance. Et la croissance est là...

Le dernier rapport du comité de monitoring est rassurant sur le redémarrage de notre économie, néanmoins je pense qu'il s'agit d'une croissance de rattrapage. Pour répondre aux enjeux de cohésion sociale et climatiques, il faut des politiques nouvelles. L'art du conclave budgétaire sera de trouver un équilibre entre une trajectoire sérieuse – et nous sommes des gens sérieux – et donner de l'oxygène à l'économie.

"Dans le secteur ferroviaire, les économies réalisées de manière linéaire ont laissé le réseau s'abîmer et génèrent des coûts ultérieurs plus élevés."

Doit-on opposer économies budgétaires et investissements?

Il y a sans doute des choix du passé qu'on doit remettre en cause, ce n'est pas un gros mot que de réaliser des économies. Mais il y a des bonnes et des mauvaises économies. Dans le secteur ferroviaire, les économies réalisées de manière linéaire ont laissé le réseau s'abîmer et génèrent des coûts ultérieurs plus élevés.

Que pensez-vous de la proposition d'aide flamande à la Wallonie. Quelle est la position d'Écolo quant aux 600 millions demandés par le gouvernement wallon au Fédéral?

Toute région qui connaîtrait des épisodes climatiques extrêmes doit être aidée par l'État fédéral. Nous allons prendre des mesures en matière de réduction de TVA, de zones franches, et nous étudions la façon d'apporter de l'aide, notamment en matière de garanties d'emprunt. Mais on doit surtout s'engager pour éviter que de telles catastrophes se reproduisent.

Allez-vous soutenir les 600 millions demandés par gouvernement wallon?

Nous allons répondre à la lettre d'Elio Di Rupo qui demande du soutien pour la vallée de la Vesdre, des zones franches, une TVA spécifique et des garanties bancaires. Je suis totalement solidaire.

"On doit être solidaires entre Régions mais de manière structurée, via le Fédéral."

Quid de la démarche flamande. Est-ce un court-circuitage de la logique fédérale?

C'est du positionnement. On doit être solidaires entre Régions, mais de manière structurée, via le Fédéral, via la Sécu et les mécanismes de redistribution efficaces qui sont aujourd'hui contestés par certains qui sont heureusement dans l'opposition.

Paul Magnette estime que l'écologie politique manque de vision stratégique. Que lui répondez-vous?

J'entends beaucoup de surenchères de la part de présidents de parti, de nervosité. Je préfère rester concentré sur nos dossiers. Ce que je retiens, c'est que les partis traditionnels commencent à se rendre compte que la question climatique est la question économique et sociale de demain. Je me réjouis que le PS s'engage avec nous pour conduire notre économie vers la transition. Je ne répondrai pas aux positionnements électoraux.

Les phrases-clés

  • "Les gares Calatrava sont des choix du passé qui pèsent encore sur les finances de la SNCB."
  • "J'ai un enjeu extrêmement important en matière de transport de marchandises. Je suis en contact avec les entreprises, la FEB, le Voka, il y a une vraie demande."
  • "Le comité de monitoring est rassurant sur le redémarrage de notre économie, néanmoins je pense qu'il s'agit d'une croissance de rattrapage."

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