Georges-Louis Bouchez: "C'est un problème de dire qu'on aime la Brabançonne?"

"Je suis unitariste. Moi, je suis pour un État unitaire", dit Georges-Louis Bouchez. ©Photo News

L'interview accordée par Georges-Louis Bouchez au magazine Wilfried fait craindre une complication des négociations au Fédéral. "C'est ridicule", répond l'informateur royal et président du MR.

Georges-Louis Bouchez, président du MR, et François De Smet, président de DéFI, ont accordé une longue interview croisée au numéro hivernal du magazine Wilfried, sorti ce jeudi en kiosque. Quelques extraits savamment sélectionnés avaient déjà filtré mercredi. Effet réussi. Ce jeudi, partout on en parle. Qu'a-t-on retenu de cette interview en style très libre? Les propos unitaristes de celui qui est chargé d'une mission par le Roi depuis le 10 décembre et dont on attend le rapport final, préparé avec l'autre informateur, le CD&V Joachim Coens, ce 28 janvier

Morceaux choisis:

"Il faudrait tout remettre au niveau fédéral."
"Je suis unitariste. Moi, je suis pour un État unitaire. Je ne parle pas d'efficacité quand je vous dis ça, mais d'attachement sentimental."
"Aucune réforme de l'État n'est efficace. Elles se basent toutes sur deux catégories de revendications: la première, identitaire; la seconde, financière."
"Je tiens très fort à la Brabançonne, au drapeau..."

L'informateur royal est-il sorti de son rôle en montrant ainsi son hostilité au système fédéral? "C'est totalement ridicule", tonne Georges-Louis Bouchez pour qui les réactions que suscitent ses propos ne sont dues qu'"aux journalistes qui n'ont pas grand-chose à raconter".

La Belgique est bien le seul endroit où on ne peut pas dire qu'on aime son pays! Où c'est mal pris...
Georges-Louis Bouchez
président du MR


Et il s'étonne: "La Belgique est bien le seul endroit où on ne peut pas dire qu'on aime son pays! Où c'est mal pris..." Il rappelle également que l'entretien a été réalisé fin 2019, dans l'ambiance des fêtes, et qu'il s'est exprimé sur sa "vision idéale du pays. On rigole ou quoi? C'est un problème de dire qu'on aime la Brabançonne?"

Opinion personnelle

Le président du MR rappelle également qu'il a insisté, dans l'interview, sur le fait qu'il n'était pas seul à décider. "Ce n'est pas une position de négociation", appuie-t-il, alors que le chef de groupe des nationalistes flamands à la Chambre, Peter De Roover, relève que l'entretien "va sans doute compliquer encore les négociations fédérales". "La question se pose de s'il s'agit d'une opinion détachée de l'actualité, ou d'un signal dans les négociations fédérales", s'étonne le mandataire N-VA.

Le négociateur royal répond donc clairement: non, c'est juste son opinion personnelle.

Les codes évoluent... et Bouchez veut faire évoluer les codes.
Pascal Delwit
Politologue à l'ULB

Pour Pascal Delwit, politologue à l'ULB, tout est question de lecture. "Quand on lit une interview, il y a plusieurs entrées possibles. Parfois, l'interlocuteur s'adresse en fait à un autre parti ou à un interlocuteur en particulier, à qui il envoie un message." Mais le politologue estime que ce n'est pas le cas ici"Je ne crois pas qu'il envoie un message à certains négociateurs, même s'il risque de fâcher quelques personnes."

Pascal Delwit rappelle que Wilfried, en tant que magazine, a une temporalité différente d'un quotidien et est donc plus "déconnecté". "C'est vrai que le libre propos de Bouchez est étonnant dans le cadre de sa fonction. Mais les codes évoluent... et Bouchez veut faire évoluer les codes. Il est dans son registre habituel!"


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