Georges-Louis Bouchez complique-t-il les négociations?

Les propos de Georges-Louis Bouchez ont suscité pas mal de commentaires... "Ridicule", juge celui-ci... ©Photo News

Georges-Louis Bouchez exprime son amour fou pour le pays, son hymne et son drapeau. Ça étonne. Mais qu’est-ce que ça change? Pas grand-chose, sauf si la N-VA en profite...

Le magazine trimestriel Wilfried propose une interview croisée de Georges-Louis Bouchez et François De Smet. Dans un style très libre, les deux présidents de parti (MR et DéFI) discutent de la politique en Belgique: le succès des partis nationalistes, les tensions entre la Flandre et la Wallonie, l’entente entre partis, le modèle fédéral, etc.

L’interview est longue mais un passage de Georges-Louis Bouchez, d’ailleurs déjà dévoilé la veille de la parution officielle du magazine, en a rapidement été extrait, commenté et discuté à toutes les sauces. Style fleuri pour le N-VA Siegfried Bracke, pour qui c’était "rater la chance de fermer sa g…" (en français dans le tweet). Bart De Wever, que Bouchez qualifie de "personnalité de leader", estime que "ce que Bouchez propose nous renvoie au XIXe siècle". Joachim Coens, l’acolyte CD & V de Bouchez dans le cadre de la mission d’information confiée par le roi Philippe, a préféré jouer la nuance: "Georges-Louis Bouchez démontre par ses déclarations que le gouvernement fédéral devra dans tous les cas mener un débat approfondi sur le renouveau de la gouvernance."

Si la sortie du président des libéraux francophones a à ce point été remarquée, c’est qu’il s’est lancé dans l’apologie de la Belgique unitaire comme plus aucun politicien de haut vol ne l’avait plus fait depuis des lustres. "Aucune réforme de l’État n’est efficace", dit-il dans Wilfried. Pour lui, "il faudrait tout remettre au niveau fédéral". "Je suis unitariste. Moi, je suis pour un État unitaire, insiste-t-il. Je ne parle pas d’efficacité quand je vous dis ça, mais d’attachement sentimental." Tout ça dans le contexte qu’on connaît: une casquette d’informateur pour déminer un imbroglio politique.

Fédéralisme non réfléchi

Une telle sortie était-elle vraiment judicieuse? Pour Peter De Roover, chef de groupe N-VA à la Chambre, cela "va sans doute compliquer encore les négociations fédérales". Pourtant, Bouchez veut absolument "réussir" la mission confiée par le Roi.

La Belgique est bien le seul endroit où on ne peut pas dire qu’on aime son pays!
Georges-Louis Bouchez
président du MR

"Une interview très libre, c’est bien, mais ici, on a un informateur confronté à la situation délicate de la Belgique, rappelle le politologue de l’ULB, Pascal Delwit. Classiquement, on est très prudent. George-Louis Bouchez porte sur notre fédéralisme un regard très… fédéraliste. Et rappelons qu’il est président d’un parti qui a joué un rôle déterminant dans plusieurs réformes de l’État, particulièrement la première et la deuxième. Sans compter qu’il est étonnant de considérer ipso facto que tout ce qui se faisait dans le cadre d’un État unitaire était bien…"

Mais s’il est étonné par plusieurs aspects de la sortie du président du MR, Pascal Delwit veut souligner la justesse de certains éléments. "Il a raison de considérer que la situation actuelle n’est pas issue d’une construction intellectuelle fondée sur une réflexion d’efficience, mais plutôt sur des demandes sociales différentes des francophones et des Flamands."

Bouchez veut faire évoluer les codes. Il est dans son registre habituel!
Pascal Delwit
politologue


"Pas choquant"

Pour le politologue de l’UCL Vincent Laborderie, les propos ne sont pas choquants puisque l’informateur parle clairement en son nom et non en celui du parti. "Mais il faut surveiller l’utilisation qui en est faite, relève-t-il. Surtout par ceux qui ont envie de saper sa mission, comme Bart De Wever." De fait, le président des nationalistes flamands a déjà signalé que ça n’aidait pas "à faire avancer les choses". Une réaction qui fait d’ailleurs bondir Vincent Laborderie. "Bart De Wever, ouvertement séparatiste, ne se sent pas, lui, empêché de jouer un rôle pour les discussions autour d’un gouvernement!" Et de toute façon, insiste encore le professeur de l’UCL, "on ne discute pas actuellement de réforme de l’État!" Hors contexte, donc…

Pas de message caché

Pascal Delwit ne croit pas non plus que les propos de Bouchez puissent compliquer davantage les négociations en cours. "Dans les codes anciens, peut-être. Mais les acteurs d’aujourd’hui s’adaptent davantage, on passe plus vite d’une chose à l’autre."

On rigole ou quoi? C’est un problème de dire qu’on aime la Brabançonne?

Mais le politologue de l’ULB ne pense pas non plus à un déblocage de la situation suite à cette prise de position du jeune président de parti. "Quand on lit une interview, il y a plusieurs entrées possibles. Parfois, l’interlocuteur s’adresse en fait à un autre parti ou à un interlocuteur en particulier, à qui il envoie un message." Mais Pascal Delwit estime que ce n’est pas le cas ici. "Je ne crois pas qu’il envoie un message à certains négociateurs, même s’il risque de fâcher quelques personnes." Les "camarades" de l’Open VLD ou des "régionalistes convaincus" de son propre parti, tels que Jeholet ou Crucke. "C’est vrai que le libre propos de Bouchez est étonnant dans le cadre de sa fonction. Mais les codes évoluent… et Bouchez veut faire évoluer les codes. Il est dans son registre habituel!"

Et c’est ce registre que Georges-Louis Bouchez utilise pour balayer l’intérêt suscité par son opinion: "C’est totalement ridicule." Et il s’étonne: "La Belgique est bien le seul endroit où on ne peut pas dire qu’on aime son pays!" Il rappelle également que l’entretien a été réalisé dans l’ambiance des fêtes, et qu’il s’est exprimé sur sa "vision idéale du pays. On rigole ou quoi? C’est un problème de dire qu’on aime la Brabançonne?"


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