interview

Georges-Louis Bouchez (MR): "Défiscalisons les heures sup dans les nouvelles technologies"

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Les libéraux veulent accélérer le débat sur la concrétisation de l'accord du gouvernement en matière de fiscalité, de pensions et sur le marché du travail.

Depuis quelques années, le MR fête lui aussi son 1er mai. En tant que parti viscéralement "attaché à la valeur travail", il en a fait une tradition. Covid oblige, pas question du rassemblement habituel. Mais pour l'occasion, le président Georges-Louis Bouchez souhaite avancer quelques-uns de ses pions en matière de réformes structurelles. Des réformes qui doivent durablement transformer le système belge afin de le rendre plus efficace et budgétairement stable et qui sont attendues par l'Europe dans le cadre de son plan de relance. Elles ne sont à ce stade qu'embryonnaires puisque limitées aux expressions expressément vagues de l'accord du gouvernement De Croo.

À politique inchangée et même avec les fonds de relance assurés par l'UE, il est évident qu'on ne parviendra pas au taux d'emploi de 80% ambitionné par la Vivaldi, répète le Montois. Grosso modo, le MR veut planter le décor dans trois domaines: la fiscalité, le marché du travail et les pensions.

"On ne peut augmenter le pouvoir d'achat que via la baisse des cotisations et de la fiscalité."
Georges-Louis Bouchez
Président du MR

Au rayon fiscal, le MR a déjà eu l'occasion de présenter son idée de bouclier. Il insiste aujourd'hui sur la hausse de la quotité exemptée d'impôt. Une antienne du programme MR qui doit faire partie du débat dès cette année, indique le président Bouchez. "C'est fondamental pour augmenter le pouvoir d'achat. On déposera un package dont la philosophie de base est claire: on ne peut augmenter le pouvoir d'achat que via la baisse des cotisations et de la fiscalité", dit-il. Le MR entend revaloriser le "salaire poche" des bas revenus en visant explicitement les temps partiels et les familles monoparentales, défavorisés par le système.

Défiscaliser les heures sup'

Ces mesures fiscales devront en outre cibler prioritairement les métiers faiblement qualifiés qui sont en pénurie de main-d'œuvre et les compétences d'avenir (IA, new techs). Dans ces secteurs, le MR proposera de "défiscaliser les 360 premières heures supplémentaires afin qu'elles ne freinent pas l'activité".

Le MR propose une défiscalisation du travail de nuit – "clé de l'e-commerce" – à l'avantage du travailleur comme de l'employeur.

Les libéraux estiment que la question de l'emploi à temps partiel "doit nous amener à réfléchir sur la notion de temps plein". "Il peut être modulé tout au long de la carrière", ajoute Bouchez. En résumé: donner la possibilité de travailler plus ou moins qu'un temps plein à certaines étapes de la carrière. Et pour ceux qui sont contraints et forcés de rester dans des temps partiels, l'outil fiscal doit être mobilisé afin de leur rendre du pouvoir d'achat.

La "convergence des statuts" doit, aux yeux du MR faire entrer l'enjeu de l'économie collaborative dans le droit du travail. "On ne peut pas aller contre le progrès. Celui-ci s'imposera", dit encore le président libéral. Le MR déposera prochainement au Parlement une résolution "pour que les secteurs porteurs d'innovation ne soient pas empêchés par des législations". Il propose en sus une défiscalisation du travail de nuit – "clé de l'e-commerce" – à l'avantage du travailleur comme de l'employeur. Le MR prône enfin un nouveau "droit à la démission", unique après un certain nombre d'années de carrière, soit un droit à des allocations de chômage à durée déterminée pour donner le temps au travailleur qui le souhaite de "changer de vie".

Revoir les régimes spéciaux de pension

En matière de pensions, le MR se réconcilie étonnamment avec le bonus pension (supprimé par Daniel Bacquelaine en 2015) et dont le retour est acté par l'accord Vivaldi. Objectif: pousser les travailleurs à rester au travail via une valorisation de leur pension. "On veut le redéployer de manière intelligente dans la perspective du passage de l'âge légal à 66 ans en 2025", dit Georges-Louis Bouchez.

"Dès lors qu'on fait sauter des régimes spéciaux comme celui des militaires, de la fonction publique, on ne travaille non plus selon le statut du travailleur, mais selon la pénibilité de son boulot."
Georges-Louis Bouchez

Enfin, le MR prône un débat sur la pénibilité qui doit être relié au débat sur les régimes spéciaux. L'objectif du MR est de faire converger les régimes de pensions, que le même travail donne les mêmes droits, qu'on soit salarié, fonctionnaire ou indépendant. "Dès lors qu'on fait sauter des régimes spéciaux comme celui des militaires, de la fonction publique, on ne travaille non plus selon le statut du travailleur, mais selon la pénibilité de son boulot", précise le président du MR.

Le Mouvement réformateur est "parfaitement dans son rôle" propositionnel, justifie Georges-Louis Bouchez qui demande au gouvernement d'accélérer le tempo pour que le gros de ces réformes prenne forme dès la rentrée 2021.

Les ministres de la Vivaldi préparent d'ores et déjà le terrain pour ce rendez-vous politique qui mettra à l'épreuve le gouvernement De Croo à l'approche du débat sur le budget 2022. Il est dans tous les agendas.

"Mon état civil est clair, je suis célibataire"

La nomination par le MR de Géraldine Demaret à la présidence de la Loterie nationale annoncée par L'Echo suscite moult commentaires sur les réseaux sociaux. On y accuse volontiers Georges-Louis Bouchez d'avoir fait preuve de népotisme en propulsant ainsi sa belle-sœur pour les uns, la sœur de sa compagne ou de sa copine pour les autres. L'affaire a fait l'objet de deux articles signés du Vif et de la DH et prend en proportions.

"C’est compliqué d’avoir une belle-sœur quand on n'est pas marié et qu’on vit seul", réagit le patron du MR. "Pour le reste, je n’ai aucun commentaire à faire, c’est ma vie privée. Madame Demaret est diplômée de Solvay, a travaillé cinq ans dans le privé, elle est devenue cheffe de cabinet adjointe avant que je devienne président. Elle fait partie des personnes qui ont le CV et les compétences pour occuper cette fonction. J’aimerais qu’on ne résume pas une femme à l’identité potentielle des proches de sa sœur. Mon état civil est clair, je suis célibataire. Tout est bon pour tenter de salir le MR et me salir."

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