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"Hors des clous", "intenable": le projet de réforme des pensions suscite de vives réactions

"Cette réforme est hors des clous budgétaires et elle ne correspond pas du tout aux objectifs fixés dans la coalition", s'est insurgé le président du MR, Georges-Louis Bouchez, au sujet du projet de réforme des pensions présenté par la ministre Karine Lalieux ©BELGA

La proposition de réforme des pensions de la ministre Karine Lalieux suscite de vives réactions au sein du monde politique et auprès des partenaires sociaux.

Le projet de réforme des pensions de la ministre Karine Lalieux (PS) est fin prêt. Assouplissement de l'âge de la pension légale, revalorisation de la pension minimum ou mise en place d'un bonus pension: les propositions de la ministre suscitent de vives réactions de part et d'autres de l'échiquier politique ainsi que des partenaires sociaux.

Les libéraux taclent la réforme

Commençons par les partenaires fédéraux. Le MR a vivement critiqué le contenu de la réforme des pensions, estimant que le projet devait être remis "sur le métier". "Cette réforme est hors des clous budgétaires et elle ne correspond pas du tout aux objectifs fixés dans la coalition. On va devoir remettre tout ça sur le métier", a commenté le président des réformateurs, Georges-Louis Bouchez. "On a besoin d'une réforme structurelle. Là on est dans une série de mesures dont il faudrait reparler dans 3 ou 4 ans. Ça ne va pas".

"Karine Lalieux a oublié qu'il y avait six autres partis au gouvernement."
David Clarinval
Ministre des Classes moyennes

Outre les critiques sur le fond, Georges-Louis Bouchez dénonce également la méthode utilisée par la ministre pour communiquer son projet: "Présenter une telle réforme dans la presse, avant-même que les textes se retrouvent sur la table du conseil des ministres, ce n'est pas sérieux", lance le Montois.

À son arrivée rue de la Loi vendredi matin, le ministre des Classes moyennes David Clarinval a estimé, de son côté, que sa collègue Lalieux avait "oublié qu'il y avait six autres partis au gouvernement". Il a ensuite qualifié la réforme de simple "note". "Une note qui n'a pas été concertée au gouvernement, ni concertée avec les partenaires sociaux. Une note qui oublie qu'il y a des indépendants. On ne parle pas des fonctionnaires...", a souligné le ministre réformateur pour qui tout ceci n'est "que le début des discussions".

Au nord du pays, le président de l'Open Vld, se montre également très critique sur la proposition de réforme, en particulier sur la soutenabilité financière du modèle. "Nous estimons qu'il est nécessaire d'avoir beaucoup plus d'ambition pour rendre notre système de pension durable, meilleur et finançable. Cela n'est possible que si les gens reçoivent le signal que travailler (plus longtemps) est une nécessité et est récompensé. L'idée selon laquelle contribuer peu de temps et au minimum suffira toujours n'est pas notre modèle", a-t-il expliqué.

Groen en soutien

Chez les verts, la vice-Première Petra De Sutter (Groen) a réagi de manière mesurée, mais positive, au projet. Interrogée à son arrivée au comité ministériel restreint de ce vendredi, elle a dit y voir des "équilibres", tout en avouant ne pas encore avoir vu les détails du plan sur la table.

Du côté du CD&V, pour le vice-Premier ministre Vincent Van Peteghem, qui s'exprimait sur les ondes de Radio 1, la réforme des pensions a été "écrite avec un stylo rouge, mais nous devons éviter qu'il écrive en rouge. Il faut faire en sorte que le système des pensions en Belgique demeure tourné vers l'avenir et que les citoyens aient la garantie qu'ils pourront continuer à recevoir leur pension."

Le plan proposé, et dont il n'avait pas encore vu le texte, lui paraissait sympathique, mais le ministre CD&V s'interroge sur la soutenabilité financière du système.

L'opposition également critique...

Du côté de l'opposition, le PTB a dénoncé le projet de réforme jugeant qu'il ne remettait nullement en cause les réformes adoptées sous le gouvernement Michel. "Malgré les promesses socialistes (d'un retour à 65 ans pour la mise à la pension, ndlr), le cœur de la réforme des pensions du gouvernement Michel reste intact", a commenté Peter Mertens, leader de la formation marxiste.

La N-VA a également fustigé la réforme des pensions avancée par la ministre Lalieux, voyant dans celle-ci un "un manque total de sens des responsabilités". "On veut encore une fois dépenser de l'argent qu'on n'a pas, sans aucune adaptation valable pour rendre la réforme soutenable pour les générations à venir", selon la formation nationaliste. "C'est 'après nous le déluge!'".

Sur Twitter, le président du cdH, Maximé Prévot, a pointé des "avancées" dans le projet de réforme, jugeant néanmoins celles-ci encore "insuffisantes" pour parvenir à une harmonisation des statuts, à une valorisation du travail parental et non marchand, mais aussi à l'instauration d'un régime plus égalitaire pour les femmes. Constatant les divisions profondes au sein de la majorité fédérale sur ce dossier, il appelle les partis au pouvoir à "arrêter les bagarres" au sein de la Vivaldi.

Qu'en est-il des partenaires sociaux?

Du côté des de la Confédération des syndicats chrétiens et de la FGTB, les réactions sont plutôt positives. "C'est important pour nous que l'on quitte une logique de sanctions qui ne fonctionne pas", a brièvement réagi, la secrétaire générale de la CSC, Marie-Hélène Ska.

"L'enjeu de cette réforme des pensions, c’est d'amener de la stabilité, de la clarté après beaucoup d'années d'incertitudes", a-t-elle estimé. Les principes qui sont énoncés aujourd’hui, qui amènent de la lisibilité et de la prévisibilité au système, sont des principes importants et nous les soutenons", conclut-elle.   

"Pour le travailleur, il faut qu'il ait un compte unique dans lequel il voit s'accumuler ses droits de pensions au cours de sa carrière."
Renaud Francart
UCM

Thierry Bodson, président de la FGTB, fait écho à ces propos. Pour lui, on ne peut pas nier un "changement de cap". "On a devant nous une série de mesures positives, on essaye de valoriser ce que les gens font ou ont fait. On sort un peu de la logique du bâton du gouvernement précédent", souligne-t-il. Parmi les éléments positifs, il note le bonus pension ou le mode de calcul de la pension minimum. Par contre, il regrette, par exemple, que la pénibilité de travail ne soit pas pris en compte dans ce qui est présenté.

D'autres sont plus tièdes...

Du côté de l'Union des classes moyennes, c'est plus mitigé. Elle note des éléments positifs et des "manquements". Du côté positif, l’UCM indique, par exemple, que la pension anticipée avant 67 ans est un enjeu important pour les indépendants. Autre élément positif, la ministre tient compte, davantage que par le passé, de la durée de carrière. Pour Renaud Francart, conseiller UCM, c'est une avancée, notamment en relation avec les métiers pénibles. "La plupart des métiers lourds, sont des métiers qui sont commencés à un âge assez jeune", souligne-t-il.

"Il semble qu'une fois encore, on ait privilégié le court terme en reportant la facture - et donc les responsabilités - sur la jeune génération et celles qui lui succèderont."
FEB

Par contre, l'UCM déplore que les propositions de la ministre n'abordent pas la question de l'harmonisation des régimes de pensions et qu'elles ne s'attaquent pas au souci de transparence. "Pour le travailleur, il faut qu'il ait un compte unique dans lequel il voit s'accumuler ses droits de pensions au cours de sa carrière, où il voit année après année le résultat en termes de droit de pension d'une année travaillée ou non travaillée", précise Renaud Francart.

La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) estime, de son côté, que le projet ne tient pas compte des réalités. "Il semble qu'une fois encore, on ait privilégié le court terme en reportant la facture - et donc les responsabilités - sur la jeune génération et celles qui lui succèderont", déplore-t-elle.

Tout n'est pas à jeter pour la FEB, qui relève, par exemple, la pension partielle ou encore le bonus de pension, ainsi que le statu quo fiscal sur les pensions complémentaires. Cependant, l'organisation patronale juge que "la mise en œuvre de ces idées est inadéquate".

Pour sa part, la CGSLB "regrette profondément les déclarations de toutes les parties sous forme de slogans", après la présentation dans la presse du projet. "Le dossier des pensions est complexe et il se doit d'être abordé dans sa globalité et porté par les interlocuteurs sociaux", estime le syndicat libéral.

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