Huit séances chez le psychologue pour l'indépendant en détresse

Certains établissements dans l'horeca sont à l'arrêt depuis plus d'un an. ©Tim Dirven

Le nouveau dispositif fédéral de prise en charge des indépendants en difficulté s'appuie sur une expérience menée avec succès en Wallonie.

Tout le monde se souvient du suicide en novembre 2020 d’Alysson Jadin, jeune coiffeuse de 24 ans à Liège, devenue le symbole de ces indépendants au bout du rouleau. Ils sont nombreux à devoir affronter la détresse matérielle et psychologique, mais aussi le dédale administratif des mesures de soutien dans lequel ils se perdent parfois.

"Les indépendants sont souvent fort seuls et ils n’ont pas de perspectives."
Denis Gérard
Psychologue

Denis Gérard est psychologue à Aubel et il confirme la morosité ambiante: "Depuis novembre dernier, le nombre d’appels a explosé. Les indépendants sont souvent fort seuls et ils n’ont pas de perspectives. Pouvoir s’adresser à quelqu’un peut aider à renouer face à la menace de décrochage social et de suicide. Les personnes qui consultent sont majoritairement de nouveaux indépendants dont la situation financière n’est pas encore très solide."

Gaëlle Peters, du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP), a pu observer comment beaucoup d'indépendants ont progressivement perdu pied. "Au premier confinement, c’était l’état de sidération et la peur du virus qui prédominait. Au deuxième confinement, on a assisté à un épuisement des ressources financières et psychologiques. Aujourd’hui, avec le troisième confinement, c’est le temps des dettes, la peur de la faillite et la fin d’un parcours de vie."

Des sentinelles

Face à ce constat, le ministre des Affaires sociales, Frank Vandenbroucke (sp.a), et son collègue en charge des Indépendants, David Clarinval (MR), ont créé une offre de soutien psychologique pour les travailleurs indépendants. Il s’agit principalement d’une ligne d’écoute gratuite (0800/300.25) et de 8 séances de soins psychologiques intégralement remboursées.

8
séances
L'indépendant aura droit à 8 séances de soins psychologiques intégralement remboursées.

Encore faut-il que l’indépendant en difficulté se manifeste. Nous savons que les indépendants sont des personnes au caractère fort, qui ne vont pas spontanément chercher de l’aide, et encore moins quand il s’agit d’une aide psychologique", indique Frank Vandenbroucke.

"S’adresser à une banque alimentaire reste une démarche psychologiquement très difficile, voire inconcevable."
Gaëlle Peters
Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP)

Un constat confirmé sur le terrain par Gaëlle Peters: "Nous rencontrons des indépendants qui peinent à se nourrir, mais s’adresser à une banque alimentaire reste une démarche psychologiquement très difficile, voire inconcevable." C’est pourquoi l’alerte pourra être déclenchée par une "sentinelle". Il s’agit le plus souvent d’une personne en contact direct avec l’indépendant (comptable, syndicat, caisse d’assurances sociales, banquier, médecin).

Des perspectives pour se reconstruire

Le nouveau dispositif fédéral a été lancé le 6 avril dernier en tant que projet pilote d’un an coordonné par l’ASBL "Un pass dans l’impasse". Ouvert uniquement aux psychologues et thérapeutes conventionnés, il vient compléter une initiative similaire lancée en Wallonie l’été dernier à partir de l’expérience française Apesa (Aide psychologique pour les entrepreneurs en souffrance aiguë) qui œuvre depuis 2013 à la prévention du suicide chez les indépendants. Les ministres Vandenbroucke et Clarinval étendent ainsi le dispositif wallon à Bruxelles et à la Flandre.

Margaux Carlier, coresponsable de l’ASBL "Un pass dans l’impasse", salue l’initiative. "Depuis juillet dernier, nous avons aidé environ 250 indépendants en détresse. Nous leur proposions 4 séances de soutien par téléphone. Désormais, nous pourrons leur proposer 8 séances chez un psychologue. Lorsqu’ils se débattent dans des problèmes juridiques et administratifs, nous les renvoyons vers l’UCM ou la Sogepa par exemple." En Flandre, les classes moyennes de l’Unizo sont partenaires au projet.

Mais ce qu’il faut à présent, c’est une véritable perspective, estime Gaëlle Peters. "Sans quoi on ne peut pas se reconstruire."

Le résumé

  • Les ministres Clarinval et Vandenbroucke lancent une prise en charge psychologique pour les indépendants en détresse.
  • Le dispositif prévoit 8 séances gratuites chez le psychologue.
  • L'idée est surtout de pousser l'indépendant à franchir le pas pour demander de l'aide.
  • À défaut de perspective de reprise, se reconstruire reste cependant très difficile.

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