Il faut changer les règles pour éviter un Zalando bis, dit De Croo

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Le ministre de l'Agenda numérique, Alexander De Croo (Open Vld), regrette la décision de Zalando de ne pas s'installer en Belgique. Selon lui, les réglementations entourant le travail de nuit dans notre pays doivent s'adapter à la réalité du marché.

Le ministre De Croo n'y va pas par quatre chemins. En privilégiant les Pays-Bas, Zalando oblige la Belgique à changer ses bonnes vieilles habitudes en matière de commerce (voir encadré ci-dessous). "Nous devons agir pour créer un meilleur environnement pour le commerce électronique. Le travail de nuit devrait être moins cher et nous devrions le rendre plus facile à appliquer", indique ainsi le libéral flamand.

La Wallonie loupe le contrat du siècle avec Zalando 

Zalando, le géant allemand de l’e-commerce a préféré les Pays-Bas à la Wallonie pour y implanter un centre logistique. D’après nos informations, les responsables allemands de Zalando ont avancé trois arguments pour justifier leur choix la semaine dernière.

→ Zalando pointe d’abord le coût de la main-d’œuvre belge, plus chère qu’aux Pays-Bas.
→ Le géant de l’e-commerce estime ensuite que la législation sur le travail de nuit est trop contraignante en Belgique.
→ Enfin, les négociateurs allemands se sont montrés inquiets par rapport au climat social en Wallonie.

> Lire notre article: La Wallonie loupe le contrat du siècle avec Zalando

De cette façon, le vice-premier ministre, qui est également en charge de l'Agenda numérique au gouvernement fédéral, veut éviter qu'un autre grand acteur du commerce en ligne ignore notre plat pays et son cadre légal "trop étroit". Pour Alexander De Croo, "il y a urgence" et de nouvelles dispositions légales sont dans le pipeline du Fédéral. 

Le ministre Open Vld veut ainsi élargir le champ d'application de la réduction des charges pour le travail de nuit, véritable maillon faible de la Belgique.

Aujourd'hui, une réduction de 22,5% s'applique sur les heures effectuées entre minuit et 5 heures du matin. "Il serait mieux de prolonger cette réduction de 20 heures le soir à 5 heures du matin", propose Alexander De Croo. "Cela entraînerait une réduction du coût du travail de 14% pour les heures prestées", note-t-il encore. "Ainsi, nous serions aussi compétitifs que les Pays-Bas car la période 20h - 5h du matin est une la zone de vérité pour l'e-commerce".

"Les mesures prises ces dernières années par le ministre Kris Peeters ne suffisent pas. Je vais en discuter avec lui, parce que je suppose qu'il a aussi l'ambition de créer autant d'emplois que possible."
Alexander De Croo (Open Vld)
Ministre de l'Agenda numérique

Reste aussi à convaincre les syndicats. Pour ce faire, Alexander De Croo a sa petite idée. Il évoque l'idée de permettre le travail de nuit si la moitié du personnel d'une entreprise est d'accord. Une proposition qui devra disposer de l'aval du ministre de l'Emploi, Kris Peeters (CD&V). "Les mesures prises ces dernières années par le ministre Kris Peeters ne suffisent pas", souligne encore l'élu Open Vld. "Je vais en discuter avec lui, parce que je suppose qu'il a aussi l'ambition de créer autant d'emplois que possible, même pour les personnes peu qualifiées".

Jeholet et les syndicats n'ont pas la même vision du climat social wallon

L'enjeu est de taille pour l'emploi en Belgique. Depuis deux ans, la commune de Dour était candidate pour accueillir l'imposant projet de Zalando, qui aurait créé 1.500 emplois directs dans la région. Selon Comeos, la fédération du commerce et des services, au cours de ces deux derniers mois, plus de 3.700 emplois dans l'e-commerce sont allés vers l'étranger. "De nouvelles réformes sont indispensables", a plaidé ce mardi le CEO de Comeos, Dominique Michel. 

"Le climat social en Wallonie ne me semble pas plus problématique actuellement qu'en Allemagne."
Delphine Latawiec
Secrétaire nationale de la CNE

Côté wallon, le ministre régional de l'Economie a également réagi à la décision de Zalando. Dans une déclaration livrée à l'agence Belga, le cabinet de Pierre-Yves Jeholet, dit "déplorer le climat social en Wallonie qui génère de l'inquiétude". Le ministre Jeholet a aussi estimé que le gouvernement fédéral avait fait sa part de travail quant à l'allègement du coût du travail et à la réglementation du travail de nuit. Il a dès lors déploré le climat social difficile dans sa région, et appelé les syndicats à faire preuve d'un sens des responsabilités plus aigu.

Une attaque qui a fait bondir Thierry Bodson, secrétaire général de l'interrégionale wallonne la FGTB. "Il est le seul à politiser ce dossier", dénonce Thierry Bodson. "Même l'Union wallonne des entreprises et les autres patrons ne parlent pas du climat social comme un élément déstructurant dans la région." Delphine Latawiec, secrétaire nationale de la CNE pour le secteur du commerce, estime quant à elle que cet argument est léger. "Le climat social en Wallonie ne me semble pas plus problématique actuellement qu'en Allemagne." Les deux responsables syndicaux font par ailleurs remarquer que le nombre de jours de grève est en baisse depuis plusieurs années en Région wallonne.


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