chronique

Il faut écouter les populistes

Benoît Mathieu

Les populistes sont une bonne jauge de l'état d'une société.

Il n’y a pas à mégoter: au MR, ils manient avec brio l’indignation sélective. Fricoter avec les services d’une épouvantable dictature, ça passe. Mais manquer de respect à Charles en jugeant ses propos "absurdes", faut quand même pas pousser, c’est intolérable. Theo Francken pousse le bouchon un peu loin – ce type se prendrait-il pour le Premier ministre?

À vrai dire, on avait cru voir revenir un filet de lumière dans la boutique libérale, suite à la sortie du dinosaure Gérard Deprez. Jugeant inacceptables les propos du chien fou de la coalition suédoise, mais aussi la collaboration – compromission, faudrait-il dire – avec le Soudan. Sauf que non. Peu après, Olivier Chastel est repassé par là, éteignant la lumière. Le Soudan, ça va encore, on verra bien ce que dit l’enquête. Par contre, le respect de la hiérarchie, c’est important, ça.

On voit bien la tentation qui sourd. La ligne de défense est celle-là – en caricaturant à peine. Cette indignation soudanaise, c’est vraiment un truc de gauchiste droit-de-l’hommiste. Une ligne assumée par Francken, mais que d’autres embrasseraient bien du bout des lèvres.

Les démocrates et modérés de tous bords feraient bien d’écouter ce que dit le PTB. Et de le combattre sur le plan des idées, au lieu de se contenter de railler son fonds de commerce communiste.

Une technique assez classique. Si la critique vous déstabilise, n’y répondez guère mais visez plutôt la personne qui la manie. Attaquez sur la forme plutôt que sur le fond. C’est vieux comme le monde. Et toujours aussi efficace.

On a pourtant tendance à penser que disqualifier des constats simplement parce qu’ils émanent de personnes dont vous ne partagez pas les convictions revient à commettre une grave erreur.

Prenez le PTB. Ce chiffon rouge que l’on agite de plus en plus frénétiquement à mesure que se pointent des élections à tous les étages de la maison Belgique. ça ne rate jamais. À chaque fois, on nous ressort le péril communiste et l’ombre du goulag, en emballant ensemble PTB et PS qui de toute façon court derrière. Charles Michel est passé maître en la matière. Et de balayer par là tout ce qui souffle sur son flanc gauche.

Erreur.

On ne sait plus de qui elle est, celle-là, mais on l’emprunte volontiers. Les populistes posent souvent de bons constats. Venus de gauche, ils prêchent pour davantage de justice fiscale et de cohésion sociale. Pointent le danger des inégalités. C’est en général du côté des solutions avancées que le bât blesse.

Les démocrates et modérés de tous bords feraient donc bien d’écouter ce que dit le PTB. Et de le combattre sur le plan des idées, au lieu de se contenter de railler son fonds de commerce communiste.

Sur ce plan-là, les choses progressent enfin. Le MR vient de monter un groupe de travail pour ce faire, autoproclamé Ligue des Avengers. ça promet, d’autant que les libéraux ont propulsé à sa tête le caricatural Corentin de Salle, qu’on soupçonne être tombé dans la marmite de mauvaise foi quand il était petit.

On la voit venir, la colle. S’il faut écouter l’extrême gauche, faut-il faire de même avec l’extrême droite? On va s’en tirer avec cette pirouette: sa seule vigueur – et celle de cette droite qui lui court derrière par mimétisme – constitue un indicateur suffisant du désamour politique et de la casse sociale.

Allez, on va vous laisser quelques semaines. Mais on vous revient. Et vous souhaite un cru 2018 un brin mieux emmanché que celui qui s’achève.

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