"Il faut lever le tabou de la migration économique" (François De Smet, DéFI)

©BELGA

La tête de liste DéFI à la Chambre pour Bruxelles propose d’accorder des visas de travail temporaires en fonction des métiers en pénurie. Une façon de réduire la migration illégale tout en ouvrant une voie migratoire plus juste, estime DéFI. Le dispositif, comparable aux politiques nord-américaines, serait évalué chaque année.

C’est la priorité numéro 2 de DéFI en matière de migration et l’originalité principale du programme du parti pour les élections fédérales, précise François De Smet, tête de liste à la Chambre pour Bruxelles. DéFI appelle en effet de ses vœux le lancement d’un débat de fond sur la migration économique. Une question qui suscite "une immense hypocrisie, tant à gauche qu’à droite du spectre politique", assure François De Smet. En résumé, il s’agit de faire "matcher" une partie du flux migratoire avec les besoins démographiques et économiques qui sont identifiés dans chaque Région du pays. Le primo-candidat et ex-directeur du centre fédéral pour la migration Myria détaille son projet pour L’Echo. "L’Europe est un continent vieillissant qui a intérêt à mieux mesurer ses besoins de migration et à réfléchir sans tabou à une migration de travail limitée mais juste", lit-on dans le programme de DéFI. Pour le parti amarante, une migration économique encadrée peut contribuer à une baisse de l’immigration illégale.

"Si on ouvre un peu plus les voies de migration de travail, on diminue la pression sur les autres voies migratoires, c’est notre pari, précise François De Smet. On fait œuvre de transparence et on donne une chance un peu plus forte aux gens qui veulent migrer pour des questions de travail. Bien sûr, on ne propose pas de le faire ‘comme ça’, mais en concertation avec une évaluation annuelle de nos besoins en termes de démographie et de travail."

Concrètement, DéFI propose que la Belgique fixe un nombre annuel de visas de travail temporaires par Région. Ce sont elles qui sont compétentes pour la délivrance des permis de travail alors que le Fédéral reste en charge des problèmes de séjour. Il faudrait, pour ce faire, une conférence interministérielle associée au Bureau du plan, à Myria et aux partenaires sociaux. Ces visas seraient délivrés sur la base des profils des candidats et par rapport aux filières qui souffrent d’une pénurie de main-d’œuvre. Un problème clairement identifié en Belgique. "Il y a près de 150.000 emplois non pourvus", chiffre Françoise De Smet.

"Notre système de green card comporte une forme de loterie, moins injuste que la situation actuelle."
François de Smet
Tête de liste Défi

"Il ne faut pas exclure que ces gens puissent rester de manière définitive sous certaines conditions, ajoute la tête de liste, qui envisage d’abord une phase de test. Nous nous inspirons de ce que Pierre Verbeeren et François Gemenne ont proposé dans leur livre ‘Au-delà des frontières’: un système de green cards à l’américaine qui comporte une forme de loterie. Imaginons qu’on délivre 10 ou 20.000 visas de travail, de par le monde pour des métiers de l’informatique ou de la construction, on risque d’avoir une demande supérieure à l’offre. Les Américains font un tirage au sort."

François De Smet a naturellement anticipé les critiques adressées à ce modèle. "La réalité actuelle est la plus arbitraire et la plus sélective qu’on puisse imaginer, dit-il. Il n’existe pas de canal migratoire de travail suffisant et les migrants qui arrivent chez nous ne sont pas les plus pauvres puisqu’ils disposent d’un capital de départ pour payer les passeurs. L’idée parfois soutenue par une certaine gauche consistant à dire qu’il ne faut s’occuper que des migrants qui arrivent sans ouvrir de canaux migratoires vers l’extérieur revient à soutenir une forme de néolibéralisme: on aide les plus débrouillards et ceux qui ont de l’argent. Avec notre système, le migrant le plus désargenté peut avoir sa chance."

Point de contact diplomatique

Pour prétendre à une migration économique version DéFI, le candidat migrant devra s’adresser à la représentation diplomatique belge dans son pays. Un travail devra être effectué en amont pour créer un lien entre le candidat et les entreprises demanderesses, explique encore François De Smet. Et à ceux qui condamneraient cette vision "utilitariste" de la migration, le candidat DéFI oppose un principe de réalité: "Il faut regarder en face le fait que certains veulent migrer pour travailler et vivre mieux."

Et si le migrant sort des radars, pourquoi pas pour se rendre illégalement dans un autre pays? "Pourquoi le ferait-il s’il jouit d’un travail?" répond-il. Il ajoute que DéFI a également une proposition forte pour régler une partie du problème de la migration de transit (lire ci-dessous). On ne peut s’empêcher de demander si cette vision utilitariste de la migration ne rejoint pas celle de la N-VA, qui n’a pas peur de hiérarchiser les migrants. "Non, assure François De Smet. Il y a chez Theo Francken un scepticisme par rapport à la migration économique, il a du mal à accepter que la migration soit une plus-value. Le fonds identitaire de la N-VA l’emporte sur leur fond libéral."

Projet
Les Droits fondamentaux avant tout

Avant de songer migration économique, DéFI entend se pencher sur les droits fondamentaux."On ne tolère pas l’enfermement des familles avec enfants, la collaboration avec le régime soudanais, les visites domiciliaires ou l’octroi de visas humanitaires à la tête du client"précise François De Smet. Le parti propose en outre de résoudre le problème des migrants de transit massés dans le parc Maximilien à Bruxelles par l’ouverture de centres ouverts. Éventuellement en forçant les migrants à y séjourner tout en leur proposant un "deal": la suspension pour eux du processus de Dublin (le renvoi vers le premier pays européen atteint par le migrant) en échange d’une demande d’asile introduite en Belgique. L’accord s’accompagnerait d’une collaboration avec les autorités "en vue de démanteler les réseaux de passeurs actifs en Belgique", précise François De Smet. DéFi prône également le renforcement du parcours d’intégration et l’inscription dans la loi de critères clairs de régularisation.



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