interview

"Il faut réformer le système fiscal pour les voitures de société"

©Dieter Telemans

Coming-out vert? La chef de file du PS au Parlement, Laurette Onkelinx, entre taxation des voitures de société, refus de prolonger Doel 1 et 2, et priorité à la mobilité, annonce la couleur. Le rouge doit se marier avec le vert, dit-elle. Façon de parler.

Quasiment une année que vous êtes assise sur les bancs de l’opposition: vous êtes souvent montée dans les décibels…

C’est vrai que nous avons commencé sur des chapeaux de roue, avec les propos très douteux de certains ministres de la N-VA sur la collaboration, et donc beaucoup de décibels ont été échangés au Parlement fédéral.

Vous regrettez d’avoir crié trop fort?

 C’était sincère et je crois que la force de l’opposition, c’est sa sincérité. Je ne me suis pas posé la question de savoir si c’était bien ou pas bien, j’ai été sincère en disant que ça m’était insupportable de voir nos valeurs démocratiques bafouées de la sorte. Mais l’opposition, ce n’est pas seulement cela, effectivement.

C’est quoi, l’opposition?

À côté des coups de gueule, il y a deux piliers: la résistance et la proposition. Une opposition qui ne ferait que critiquer et sortir des "y a qu’à", elle ne serait pas crédible. Un parti comme le PS meurt s’il ne propose pas des alternatives.

Mais vos propositions seront balayées par la majorité…

Peu importe: il faut pouvoir dire et montrer qu’il existe une alternative. On a déposé des propositions, on va continuer. Il y a un espoir.

"Un parti comme le PS meurt s’il ne propose pas des alternatives"

Et sur quoi le Parti socialiste a-t-il fait reculer ce gouvernement en un an?

C’est vrai que sur le saut d’index, on s’est battu en vain pendant des nuits entières. Le gouvernement a choisi de taxer les travailleurs et les pensionnés en maintenant ce saut d’index, ils gardent leur cap. C’est choquant évidemment dans la mesure où c’est un cadeau aux entreprises sans aucune contrepartie. Maintenant, c’est vrai que sur la taxation des hôpitaux ou sur la régulation des "fonds vautour", la majorité a fait des concessions et nous avons pu obtenir certaines choses.

Ah! La majorité vous écoute?

Je pense que, petit à petit, on va assister au Parlement à des possibilités d’accord sur des points qui sont au-delà de l’accord de gouvernement. L’accord de gouvernement, c’est un bloc, mais la vie parlementaire, elle, elle suit son cours.

Le disque dur de la majorité ne changera pas: par exemple, vous n’avez rien obtenu sur le nucléaire alors que vous contestez la prolongation des centrales de Doel1 et Doel 2…

Mais ça a tangué au sein même de la majorité là-dessus, car la situation est insupportable. D’abord la ministre ment, il y a un problème d’insécurité juridique et ensuite elle plonge la Belgique dans une situation dangereuse. Et on n’a même pas de garantie qu’on aura un approvisionnement énergétique pour l’hiver prochain! Franchement, c’est nous qui avons ébranlé le discours de la ministre et qui avons pu démontrer son manque de sérieux.

Vous êtes formelle: les Belges courent un danger avec la prolongation de Doel 1 et Doel 2?

Oui. Et je pense qu’il y a une responsabilité individuelle des ministres concernés.

©Dieter Telemans

Vous croyez à la réforme fiscale que le gouvernement a annoncée?

En tout cas, on a déposé déjà sur la table une proposition de réforme fiscale alternative avec des dépenses et des recettes. Quand Bart De Wever dit qu’il n’y a pas moyen de taxer les fortunes et qu’il demande qu’on lui montre une seule proposition valable…

…et il ajoute: toutes ces propositions de taxation des riches finissent toujours par faire passer la classe moyenne à la caisse…

Pas la nôtre! Elle va rapporter 2,3 milliards et je ne veux pas qu’on touche la classe moyenne, c’est vraiment notre impôt sur la fortune qui va rapporter. On veut aussi taxer les plus-values boursières. Mais parallèlement à cela, il faut une aide aux entreprises qui créent de l’emploi. On va donc aussi déposer une proposition de loi visant à réformer les intérêts notionnels, les réformes et les axer sur les PME.

Faut-il davantage taxer l’immobilier?

À Bruxelles, on va voir ce que le ministre Vanhengel met sur la table en la matière, dans l’accord de gouvernement, on a noté qu’il fallait diminuer l’IPP et, en compensation, il y aura quelque chose sur l’immobilier, mais cela doit être affiné.

Voulez-vous réformer le système des voitures de société?

Évidemment, cela doit impérativement faire partie de la réforme fiscale! Si on veut travailler sérieusement, et l’urgence est vraiment là, on doit prendre ce genre de décisions si on veut encore offrir un avenir et une planète à nos petits-enfants. La politique des petits pas, ça ne suffira pas. Donc, dans le domaine fiscal mais aussi dans celui des dépenses publiques, on doit aller de l’avant. En mobilité, on va devoir prendre des décisions différentes, on va peut-être devoir aller vers une décroissance énergétique. Une politique où on soutient de la sorte la voiture de société, ce n’est plus envisageable.

Nucléaire, voiture de société, c’est un véritable coming-out environnemental que vous faites…

Et je suis convaincue que si on veut faire une politique environnementaliste efficace, elle doit aussi rencontrer des objectifs d’équité sociale: intervenir massivement dans les services publics comme le logement ou la mobilité. On doit encourager le train, le tram, le métro alors que ce gouvernement fait tout le contraire.

Si vous taxez le diesel ou les vieilles voitures, c’est les plus pauvres qui en pâtiront le plus.

Voilà pourquoi je suis claire; une politique environnementaliste, elle est de gauche ou de droite. Elle n’est pas en dehors du spectre politique, c’est une illusion que de croire cela. Le PS veut diminuer les inégalités et veut le faire en faisant le choix de l’environnement. À Bruxelles, par exemple, la Stib transporte de plus en plus de monde, on construit aussi un piétonnier dans le centre, on prend la mobilité à bras-le-corps.

Paul Magnette dit qu’il faut réduire le temps de travail. Et vous?

C’est une évidence partagée par des gens de gauche mais aussi par une personnalité comme Bruno Colmant, par exemple. La robotisation et les nouvelles technologies de l’information nous imposent de revoir notre rapport au travail et au temps nécessaire. On doit voir ce qui va advenir des rémunérations, par exemple. C’est un sujet passionnant.

Le PTB dit qu’il faut passer à la semaine de trente heures. Et vous?

Et quand on demande au PTB comment il va faire, il répond qu’il ne va pas rentrer dans les détails. Ce n’est pas sérieux. Des thèmes pareils, il faut les traiter avec soin, c’est si important pour la qualité de vie, on ne peut pas lancer des trucs en l’air et réfléchir ensuite. Tout doit être calculé, pesé, négocié, et puis on avance.

Comment expliquez-vous le succès actuel de l’extrême-gauche?

Je n’ai pas trop envie de parler de ça.

Je sais.

Ce n’est pas que je ne veux pas mais il faut remettre les choses à leur place. Moi, j’ai toujours connu ça. À Seraing, on a connu TPO-Amada. À un moment donné, ils ont eu du succès, puis ça a reflué. Maintenant, le PTB a un peu de succès, et on verra bien leur avenir. Ce n’est pas contre eux que je me bats.

Et Ecolo: vous voulez plus d’environnement, vous allez jeter des ponts avec eux à l’avenir?

Je trouve qu’ils ont aussi de bonnes propositions et je suis prête à les examiner. Aucun parti n’a la vérité universelle. Cela dit, on ne pourra vraiment avancer vers une société plus compatible avec l’environnement que si des grands partis comme le PS font leur virage. Avec des objectifs clairs.

Ecolo est toujours dans le ni à gauche ni à droite. Moi je pense qu’être ambitieux, c’est exiger des moyens supplémentaires pour les services publics et de la régulation. On sera toujours différent d’Ecolo parce que notre politique sociale reste aussi au cœur de notre action.

Cette majorité respecte-t-elle l’opposition?

Ce n’est pas toujours évident, on a souvent parlé de la violence de l’opposition à l’égard du gouvernement, je peux vous dire qu’il y a un mépris de la majorité pour l’opposition mais on en parle moins souvent. On l’a encore vu dans le domaine de la sécurité, on balaye nos propositions, nos auditions, nos suggestions. On a même essayé de nous faire arrêter de parler en commission parlementaire. Mais on ne se laisse pas faire.

Le cdH a viré une députée d’origine turque qui refusait de reconnaître le génocide arménien, le PS ne bouge pas alors qu’un de vos députés, Emir Kir, est dans la même situation…

Mais Emir Kir s’est engagé à suivre les consignes du groupe à l’avenir et parallèlement, nous avons lancé un dialogue entre Turcs et Arméniens.

Charles Michel a dit qu’il s’était trompé au sujet de la N-VA…

À mon avis, il va pouvoir le dire souvent son "je me suis trompé" au cours de la législature. Et il va devoir faire attention parce que ça va vite devenir le cocu magnifique s’il doit le répéter souvent. Siegfried Bracke l’a dit, la volonté de la N-VA d’aller vers le confédéralisme, c’est comme les lois de Darwin: inévitable. Donc, je ne comprends pas quand il dit qu’il s’est trompé. Le vrai rendez-vous, c’est en 2019.

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