interview

Jan Jambon: "Quoi que dise l'Europe sur Arco, Belfius doit aller en Bourse"

©Wouter Van Vooren

Pour le ministre de l'Intérieur, c’est le moment idéal pour que Belfius entre en Bourse. L'Etat n'a pas vocation à rester banquier, assure-t-il. Selon Jan Jambon, il est également trop tôt pour dire si la N-VA reconduira un gouvernement Michel II après les élections de l'année prochaine.

À ce stade, pourrait-on écrire – si on était du genre goguenard –, la N-VA tient autant du catalogue de promotion pour les régimes alimentaires draconiens que de la formation politique. Car il se tient là, ce vendredi après-midi, dans son bureau de la rue de la Loi, délesté de quelque 25 kilos et il explique la méthode qu’il suit pour perdre du poids. "J’étais en état d’obésité maladive, aujourd’hui je recommence enfin à pouvoir faire du sport."

Jan Jambon suit la voie diététique ouverte à la N-VA par son président Bart De Wever il y a quelques années, déjà.

Et il prend une tasse de café noir (sans sucre).

©Wouter Van Vooren

Et il dit – alors qu’il vient d’enchaîner un conseil des ministres et une rencontre avec son homologue serbe: "Franchement, ce gouvernement travaille bien, ça tourne, on a abattu un boulot considérable sur le plan socio-économique mais aussi en rénovant de fond en comble l’architecture de nos services de sécurité, c’est considérable le chemin qui a été parcouru."

Au chapitre socio-économique, "nous aurons quasiment créé 300.000 emplois sur la législature, est-ce que vous vous rendez compte de ce que ça signifie pour ce pays en termes de plus-value et de mieux-être?" On lui rappelle ce qu’en dit l’opposition: ce sont pour la plupart des emplois précaires. Il n’apprécie pas. "Allez, allez, je sais bien que le devoir de l’opposition, c’est de s’opposer, mais je demande quand même qu’ils fassent preuve d’un peu d’honnêteté car ce qu’ils disent n’est simplement pas vrai. Qui peut croire que ce sont des emplois précaires? Tous les emplois flexibles, les ‘hamburgers jobs’, on ne les comptabilise même pas. Je dis: à un moment il faut pouvoir ouvrir les yeux, constater et admettre quand une politique socio-économique est la bonne et fonctionne. On doit dire la vérité."

On est quand même en passe de verser dans l’autosatisfaction.

"Maintenant, surtout en Flandre, on est confronté à la problématique de la pénurie de main-d’œuvre et c’est là-dessus que nous devons nous pencher."
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Alors, il se reprend. De lui-même. "On en a jamais terminé de toute manière, il y a toujours du pain sur la planche socio-économique. Maintenant, surtout en Flandre, on est confronté à la problématique de la pénurie de main-d’œuvre et c’est là-dessus que nous devons nous pencher. C’est un problème très aigu pour notre économie. On doit aussi travailler à attirer les investisseurs et entreprises du monde digital. Cela me fend toujours le cœur quand je vois les camionnettes de la poste néerlandaise qui viennent livrer et travailler ici partout en Belgique, je me dis qu’on a raté cette opportunité et qu’il y a encore quelque chose à faire à ce niveau-là."

Fallait-il que cette coalition de droite aille plus frontalement encore au clash avec les syndicats – chose que le peuple de droite réclame à cor et à cri? "J’entends ce refrain comme quoi on n’en aurait pas fait suffisamment là-dessus, mais je réponds à chaque fois la même chose: cette coalition, c’est quatre partis et on doit s’accorder pour trouver un terrain d’entente. Si la N-VA disposait d’une majorité absolue, nous aurions certainement procédé autrement, mais ce n’est pas le cas. Certains partis ont des rêves et ce sont des cauchemars pour les autres partis. On boucle des compromis que chacun peut défendre, c’est la ligne de conduite de ce gouvernement depuis le départ."

©Wouter Van Vooren

Là, on place les diverses critiques que son patron Bart De Wever a adressées à l’endroit du gouvernement fédéral depuis l’hôtel de ville d’Anvers. Grosso modo, il y en a deux. Le budget de l’État fédéral n’est pas terrible et la politique énergétique – avec la sortie du nucléaire en 2025 – est mal emmanchée.

Jan Jambon assure le service après-vente: "Je vais vous répondre sur ces deux points sans aucune détour. Mais je dis d’abord ceci: dès que Bart dit quelque chose, tout le monde essaie immédiatement de monter ou d’en faire une polémique alors qu’il faut plutôt voir ça comme des signaux d’avertissement qu’il donne. Il reste encore du travail à faire pour ce gouvernement, pas question qu’on reste à se tourner les pouces sans rien faire. Sur le budget, allez, soyons sérieux. On est parti il y a quatre ans avec un budget fédéral en déficit de 3,2% du PIB, nous en sommes aujourd’hui à un déficit de 0,5% du PIB, voilà la vérité. Entre-temps, nous avons dû prendre en compte dans nos finances publiques toute la crise migratoire et les dépenses de sécurité, elles n’ont été immunisées budgétairement que pour deux années. Ce qui veut dire que ça nous a plombés les comptes publics, mais ce sont des choix responsables et conscients que nous avons posés. Si nous n’avions pas fait ces dépenses, nous serions à l’équilibre, très certainement. Maintenant, on a mis un objectif d’équilibre budgétaire en 2020, c’est ce qui nous apparaît le plus réaliste. Il ne faut pas se raconter d’histoires: le budget 2019 sur lequel on commence à travailler sera un exercice difficile, on va devoir encore aller chercher des milliards et ce sera un travail d’arbitrage entre les partis de la coalition mais jusqu’ici nous y sommes arrivés donc il n’y a pas de raison qu’on n’y arrive pas cette fois-ci. Je suis confiant."

Et les critiques de la N-VA par rapport à la sortie du nucléaire, docteur Jambon, qu’en pensez-vous?

"Je ne vois pas bien comment on sort du nucléaire et du fossile en même temps. Le solaire? La Belgique n'est pas le Sahara."
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"Ce que j’en pense est très simple: on détermine notre position par rapport à quatre paramètres très clairs. Par rapport à la sécurité d’approvisionnement énergétique, par rapport au prix pour les familles et pour les entreprises, par rapport à la sécurité des installations et par rapport à nos objectifs climatiques. Alors, on surveille constamment les quatre paramètres et s’ils sont garantis dans une Belgique sans énergie nucléaire, pas de problème, on n’est pas marié avec le nucléaire. Mais exclure le nucléaire de tous les scénarios énergétiques possibles et imaginables, je ne trouve pas cela intelligent. Je me demande comment on va sortir des énergies fossiles et du nucléaire en même temps. Pour l’heure, on a décidé de sortir du nucléaire en 2025, c’est le cadre légal et si on veut changer ça, on a besoin d’une majorité parlementaire, ce dont nous ne disposons pas aujourd’hui. Mais je n’exclus pas que les positions évoluent si les paramètres évoluent de manière importante."

Il a terminé son café.

Il réajuste sa cravate.

Et il reprend: "À côté de cela, je vois encore trois grands chantiers pour ce gouvernement. Les pensions avec entre autres la définition des métiers pénibles, l’entrée en Bourse de Belfius et un troisième chantier sur lequel nous discutons actuellement et qui est de donner davantage de pouvoir aux bourgmestres et aux pouvoirs locaux en matière de sécurité via la voie administrative pour faire de la prévention."

On marque un point d’interrogation sur Belfius – la banque publique dont une partie du capital doit entrer en Bourse mais dont le CD&V dit qu’il lie le sort au règlement du litige Arco. Jambon monte au créneau: "Je suis clair, je soutiens totalement l’entrée en Bourse, c’est le moment idéal, il y a une vraie opportunité et l’État n’a pas pour vocation de rester banquier. Il faut évidemment trouver une voie pour Arco et nous attendons une réponse de la Commission européenne. Soit elle juge qu’on peut aider les coopérateurs Arco et on le fait, soit elle dit que c’est une aide d’État et alors on ne peut pas le faire. Mais quoi qu’il en soit, c’est un autre dossier que celui de l’entrée en Bourse de Belfius et peu importe la réponse de l’Europe sur Arco, nous jugeons que Belfius doit être mise en Bourse."

Rayon sécurité, le ministre de l’Intérieur dit "très bien" collaborer avec le bourgmestre de Bruxelles, le socialiste Philippe Close. Il est d’ailleurs limite élogieux à son égard. "Bien entendu, il est socialiste et on ne partage pas du tout la même vision de société, mais lui comme moi sommes capables de dépasser les jeux politiques et de bien bosser ensemble. La police a fait des énormes efforts de remise en question, des plans d’action ont été dressés en cas d’émeute, les échanges d’informations sont au point."

Reste que la campagne électorale est à nos portes et nombreux sont ceux qui pensent qu’elle pourrait faire tanguer le bateau du gouvernement fédéral. "Non, nous sommes des professionnels. Déstabiliser un gouvernement pour des élections locales, je ne pense pas que cela ait beaucoup de sens. Maintenant, c’est clair qu’il va y avoir des frottements et de la nervosité, ça, c’est humain. Mais j’espère de tout cœur qu’il n’y aura pas de déstabilisation du gouvernement et je pense que dans tous les partis, nous sommes des gens responsables et voulons garder le cap."

Là, amis lecteurs, exercice pas facile, essayer de faire dire à Jan Jambon ce que la N-VA entend faire après 2019.

"La seule chance de nous revoir avec le PS autour d’une table, c’est pour faire une grand pas vers le confédéralisme."
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Vous vous entendez bien avec Charles Michel… "Oui. C’est exact. Honnêtement, on a travaillé quatre ans ensemble et je n’ai jamais eu le sentiment d’être trompé, abusé ou qu’on m’avait menti. Charles Michel est quelqu’un de très correct. On n’est pas toujours d’accord mais ça se passe dans le respect."

Mais êtes-vous prêt à rempiler pour une nouvelle législature avec le MR? "C’est trop tôt pour le dire, on doit d’abord voir si cette majorité aura une majorité après les élections. C’est cela l’essentiel. On verra mais vous savez que pour nous, le communautaire est très important. On veut faire un pas en avant sur le communautaire. Mais si cette coalition perd les élections, ça veut dire qu’il faudra ajouter un parti et ça, franchement, je ne sais pas ce que ça veut dire pour la direction socio-économique… Quoi qu’il en soit, la seule chance de nous revoir avec le Parti socialiste autour d’une table, c’est pour faire un grand pas communautaire en avant, vers le confédéralisme."

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