"Je ne bloquerai rien du tout, nous voulons arriver au pouvoir"

©Jef Boes

Voici les morceaux choisis d'une interview de Bart De Wever accordée à nos confrères du Tijd. Il affirme qu’il "veut arriver au pouvoir" et que "la N-VA est prête à gouverner dès le lendemain des élections dans un gouvernement fédéral de centre-droit".

Dans une interview accordée à nos confrères du "Tijd", Bart De Wever évoque les sondages contradictoires pour son parti, le confédéralisme, la sortie malencontreuse de son lieutenant Siegfried Bracke, ou encore l’offre faite à Kris Peeters, le ministre-président flamand (CD & V), de prendre le "16, rue de la Loi". L’entretien s’est déroulé aux Pays-Bas, où le président de la N-VA assistait aux "fractiedagen"  sorte d’université d’été  que le parti organise à la rentrée pour ses élus. Bart De Wever affirme qu’il "veut arriver au pouvoir" et que "la N-VA est prête à gouverner dès le lendemain des élections dans un gouvernement fédéral de centre-droit". Morceaux choisis.

Quel candidat  Premier?

Bart De  Wever confirme tout d’abord qu’il n’est pas candidat Premier ministre. "J’ai promis d’aller au terme de mon mandat de 6 ans au mayorat d’Anvers. Je m’y tiendrai. Il y a suffisamment à faire à Anvers. La N-VA représente davantage que la seule figure de Bart De Wever", explique le président du parti nationaliste flamand.  Mais un parti digne de ce nom peut difficilement aller aux élections sans prétendant au "16". "J’ai dit à nos élus que nous pouvions encore quelque peu repousser cette question, mais plus très longtemps. Début de l’année prochaine au plus tard, nous devrons apporter une réponse. La seule chose qui m’ennuie, c’est que tout doit aller vite. Je pensais pouvoir passer en revue les questions stratégiques vers la Noël, avant de pouvoir avancer plus loin lors de notre congrès début 2014", explique celui qui a perdu, au profit de Kris  Peeters, son statut d’homme politique le plus populaire de Flandre. 

Siegfried Bracke

Le député N-VA  Siegfried Bracke a récemment semblé remettre en cause le rêve indépendantiste flamand, suscitant le tumulte au sein de son parti. "Cette interview a précipité notre réflexion stratégique. Nous risquons de démarrer la campagne beaucoup trop tôt, ce que je souhaite précisément éviter. Mais comme souvent, chaque inconvénient présente aussi un avantage. L’avantage ici, c’est que pas mal de choses se sont soudainement décantées.  Je devrais plutôt être reconnaissant envers Siegfried. Car j’ai beaucoup appris durant cet épisode", rétorque Bart De  Wever. Et il en profite pour titiller le MR.

Pour rappel, le vice-Premier ministre Didier Reynders avait laissé entendre qu’il serait possible de travailler avec la N-VA si celle-ci abandonnait son ambition de détruire le pays. Bart De  Wever souligne donc que 
"la réaction du MR était instructive"."Si même les francophones ne nous rejettent pas en bloc, cela veut dire que les cartes que nous tenons en mains ne sont pas si mauvaises que cela. Ce qui me frappe dans toutes ces interviews, ce sont des petites phrases comme: ‘Nous ne pouvons rien exclure’. Ce sont ces petites phrases qui sont politiquement les plus importantes".

La crise politique

Le président de la N-VA  réfute une nouvelle fois, dans cette interview, tout responsabilité dans la plus longue crise politique de l’Histoire de notre pays. "L’image comme quoi nous avons bloqué le pays et pourrions à nouveau le faire constitue le cœur de l’offensive menée contre la N-VA", analyse-t-il. "Notre ligne de défense est la suivante. Le CD & V est toujours partisan du confédéralisme. L’Open VLD également, même si pour des raisons stratégiques, il ne veut plus l’affirmer ouvertement.

En lisant les sondages, je constate que nous pourrions former un gouvernement avec ces deux partis. Je veux donc pouvoir travailler avec eux"
, dit Bart De  Wever, en insistant sur sa volonté d’aller vite après le scrutin prévu en mai 2014: "Je ne bloquerai rien du tout. Je veux démarrer dès le premier jour avec un gouvernement de redressement et je solliciterai auprès de l’électeur un mandat pour lier ce gouvernement de redressement au confédéralisme". Un message évidemment rassurant pour l’électorat soucieux d’efficacité.

La réforme de l’Etat

Bart De  Wever se dit donc candidat au pouvoir fédéral, tout en restant un chaud partisan d’une nouvelle réforme de l’Etat.  Logiquement, cela passe par un accord avec les francophones et donc une majorité avec le PS, le parti dominant au Sud du pays.  Or, le PS, c’est la formation politique qu’il abhorre, l’ennemi juré.  Bart De  Wever croit avoir trouvé la parade et pouvoir se passer des services de Paul Magnette et Elio Di Rupo. "On peut très bien former une majorité des deux tiers (nécessaire pour une réforme de l’Etat, NDLR) sans le PS. Le PS ne doit pas impérativement faire partie du gouvernement"Et Bart De  Wever pense possible  un voeu pieux d’avoir le soutien des socialistes francophones depuis les bancs de l’opposition. "Il n’y a jamais eu de réforme de l’État sans que l’opposition n’ait été mise à contribution", dit-il. Et pour convaincre le PS, Bart De Wever veut "utiliser la Belgique contre eux". Plus concrètement, il compte sur la mouvance régionaliste wallonne à l’œuvre au sein du PS. "En 2010, nous étions à table avec le PS, qui estimait que tout était très bien ainsi. Ils nous ont ainsi baladés jusqu’à ce que nous soyons pris à la gorge par la situation économique, faisant du même coup éclater le front flamand. (…) Vous seriez étonné de voir à quelle vitesse se manifesteront les socialistes francophones qui sont favorables à un régionalisme accru  car ils existent. Je suis loin d’être pessimiste sur ce point", promet Bart De  Wever.

Bart De Wever l’assure: "Je ne veux pas que notre confrontation avec le PS débouche sur une crise sans fin. Mais en même temps, il y a la prise de conscience que si nous ne mettons pas de l’ordre au plan institutionnel, nous buterons à chaque fois sur le PS. Imaginez qu’à partir de 2014, nous menions une politique de centre-droit durant cinq ans. Pour ensuite voir le PS revenir aux affaires en 2019 et, en invoquant le "retour du cœur", démonter les acquis engrangés? Rien n’est simple dans ce pays. La Belgique est une double démocratie où une stratégie politique classique ne fonctionne pas. Je jouerai le jeu avec les cartes qui me seront données par l’électeur."

 Le Belang et Verhofstadt

Il y a peu, Bart Maddens, politologue à la KU Leuven, soulignait que l’ambition de la N-VA pour les élections de 2014 devait être de former une majorité absolue avec le Vlaams Belang afin de devenir incontournable. Interrogé sur cette nécessité et cet encombrant allié potentiel, Bart De  Wever esquive. "Les études que nous avons fait réaliser montrent que nous disposons du potentiel pour être et rester un grand parti populaire. Notre meilleur argument de vente est notre forte crédibilité", souligne-t-il.

Et le président de la  N-VA d’en remettre une couche  et même plusieurs  contre l’ancien Premier ministre libéral Guy  Verhofstadt, un angle d’attaque récurrent chez lui. 
"Nous ne sommes pas comme Verhofstadt, qui écrivait de magnifiques manifestes citoyens, mais qui les balançait aux orties dès qu’il franchissait l’entrée du 16 rue de la Loi. Je ne me fais pas beaucoup de soucis sur ce point. Si nous faisons une bonne campagne, nous pourrons être ce grand parti populaire", explique-t-il. "Mon intuition est qu’il est temps de fournir quelque chose à l’électeur. L’électeur flamand a cru en Verhofstadt, mais il n’a rien reçu.

Il a cru en Leterme et le cartel, mais n’a rien reçu. On ne peut pas laisser attendre l’électeur flamand indéfiniment. Je me souviens de l’étonnement suscité par les manifestes citoyens de Verhofstadt, où il proposait une analyse sur l’Etat-PS. Cet étonnement s’est entre-temps mué en amertume. J’entends aujourd’hui des entrepreneurs dire tout haut des choses qu’autrefois ils exprimaient tout au plus en petit comité"
, détaille le président de la N-VA.

Sondages

Bart De  Wever semble ne pas s’émouvoir des intentions de vote, qui semblent en tout cas un peu "justes" pour que la N-VA soit en position de force. "Sondage après sondage, nous faisons 30% des voix et je m’étonne de voir à quel point chacun trouve cela normal", dit-il. "La dernière fois qu’un parti faisait 30% en Flandre, c’était en 1987. C’était le CVP. J’étais en cinquième année du secondaire. Ce que nous avons réalisé est un véritable tour de force. Mais il reste encore pas mal de boulot pour consolider le tout".

Quel boulot?  Bart De  Wever manie le langue militaire… "Notre plus grand problème est celui de "l’imperial overstretch". En jargon militaire, cela signifie que si on avance très rapidement, on allonge nos lignes d’approvisionnement et on se rend vulnérable sur les flancs. Ce qui fait que ça et là, il peut y avoir des brèches dans les lignes, comme la semaine dernière à Turnhout (où la majorité N-VA s’est déchirée en deux camps, NDLR.).Il faut alors temporiser un peu pour combler les brèches", dit-il.

Di Rupo

Bart De  Wever met en garde contre un nouveau gouvernement dirigé par Elio Di Rupo. "Si on devait avoir Elio II en 2014, on risquerait de sombrer dans une apathie démocratique", estime-t-il. "C’est une situation où l’électeur pense que même la N-VA n’est pas en mesure de changer ce pays et que la Belgique est condamnée à faire partie des plus lents de la classe. Un pays avec une économie d’Europe du nord en Flandre où l’on doit en plus dire merci parce que nous ne sommes pas encore la Grèce. Dans un tel contexte, je crains que beaucoup diront: ‘ne venez plus m’embêter avec de la politique’", argumente-t-il.

"2014 sera un moment crucial", en déduit De Wever. "Devons-nous participer au pouvoir? Si nous recevons un mandat fort de l’électeur, nous aurons le devoir de le traduire en résultats. Faute de quoi, il sera très difficile de faire encore de la politique dans le futur", assène-t-il.

Démocrate

Bart De  Wever assure ne pas être isolé sur l’échiquier politique et se drape dans des habits de grand démocrate. "Nous devons tenir un discours positif. À savoir que dès le lendemain du scrutin, nous serons prêts à nous mettre au travail et ce quel que soit le résultat des élections. L’ampleur du risque que nous prendrons par rapport à notre core business institutionnel dépendra entièrement du mandat que nous donnera l’électeur. Nous sommes les serviteurs de la ‘res publica’ et ce sont les électeurs qui fixent les choses. Nos sentiments personnels sont sans importance", dit-il.

De  Wever ose dire, à mots couverts, qu’il se sacrifie pour sa bonne cause: "Pensez-vous que j’ai gardé un souvenir impérissable de ce qui s’est passé en 2007 et 2010 et de ce qui s’est dit sur mon parti et moi-même? (…) Pour répondre un peu crûment: je peux m’imaginer que personne n’aime aller dîner avec un cannibale. Mais que dire de l’idée de gouverner au rythme imposé par le PS? C’est le choix d’une mort lente. Nous disons: entamons dès à présent le chemin de la guérison, même si au début ce ne sera pas forcément très agréable", avance encore Bart De Wever.

Ce qui le motive, ce serait donc le sens de l’Histoire, avec un grand "H". Logique pour cet historien de formation. "Ce qui m’empêche parfois de dormir, c’est de ne pas pouvoir orienter l’Histoire de la bonne façon. J’ai déjà consacré une grande partie de ma vie de façon très intensive à la réalisation de cet objectif. Ce serait vraiment pas de chance de manquer ce rendez-vous avec l’Histoire. Personne ne peut dire si un tel moment se présentera encore dans le futur", conclut Bart De Wever.

 

 

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