interview

Jean-Marc Nollet (Ecolo): "Avec l'Open Vld, on rapproche les points de vue"

Extension du chômage temporaire, reconnaissance du personnel soignant, pensions "dignes", revenu de base pour les jeunes,... Le coprésident d'Ecolo, Jean-Marc Nollet, prône un nouveau contrat social pour le pays. ©jonas lampens

Jean-Marc Nollet, coprésident d'Ecolo, ne parle plus d'exclusive vis-à-vis de la N-VA et salue la démarche des présidents du PS et du sp.a, Paul Magnette et Conner Rousseau. Pour L'Echo, il développe le nouveau modèle économique qu'il propose d'engager dans le prochain gouvernement.

Ecolo l'avait mise un brin en sourdine ces dernières semaines. Vendredi matin, Rajae Maouane était sur la Première. Ce samedi, c'est son coprésident Jean-Marc Nollet qui nous répond. Le coprésident peut donc dire que la visibilité du tandem s'équilibre. "Je comprends que les directions et les enseignants qui avaient préparé une réouverture progressive soient perturbés, dit-il au sujet de la réouverture des écoles primaires. Mais je suis aussi réjoui du fait que les enfants puissent retourner à l'école. Je regrette vraiment les pressions du ministre flamand de l'Education (Ben Weyts, N-VA) pour gagner quelques jours, mais je ne vais pas en faire un problème de plus..." Apaisement, donc. On embraye sur la situation fédérale puisque, paraît-il, les choses bougent.

L'initiative des socialistes de reprendre les discussions fédérales est-elle vue d'un bon oeil chez Ecolo? 

Cette initiative est intéressante. Je dirais même qu'elle est prometteuse. Elle est intéressante car on entre dans une phase qui peut nous mener à un accord de gouvernement pour le mois de septembre. Ecolo/Groen a eu une première rencontre avec Paul Magnette et Conner Rousseau. Pour la première fois depuis trois ou quatre mois, on n'a pas parlé des étiquettes - tels partis avec tels parti, etc. - mais vraiment du contenu. Ca fait du bien. Des choix politiques s'imposent pour un nouveau modèle socio-économique et c'est de cela que nous avons pu parler. Mais bon, on est encore dans une phase orale. Il faudra passer à une phase écrite.

Y aura-t-il un texte Rousseau/Magnette?

On verra. Mais à un moment il faudra passer à une phase 2. Je ne dis pas la semaine prochaine, hein! En attendant nous prenons aussi des initiatives. Par exemple, avec Rajae Maouane on a travaillé ce jeudi avec le nouveau président de l'Open Vld, Egbert Lachaert. Pour gagner du temps puisque l'ensemble des présidents de partis sont désormais en place et que nous avions déjà eu des contacts avec les autres. 

Travaillé sur quoi?

Les axes et le contenu. Sur la manière dont on voit un possible accord de gouvernement. 

Il y a des convergences, déjà? On décrit Egbert Lachaert comme à la droite de l'Open Vld. 

Si on part des présupposés sur les uns et les autres on en sortira pas. On travaille sur le fond. On a échangé, on a questionné, pour voir où étaient les curseurs. On rapproche les points de vue, ne fut-ce qu'en présentant nos propositions repensées suite à la crise. 

La crise a-t-elle changé la donne chez Ecolo par rapport à la N-VA?  Pas de collaboration possible?

"La crise a permis de prendre de la hauteur. On revient sur le fond et pour moi c'est cela la bonne séquence."
Jean-Marc Nollet
Coprésident d'Ecolo

La crise a permis de prendre de la hauteur par rapport à cette surexcitation sur l'étiquette et la composition. On revient sur le fond et pour moi c'est cela la bonne séquence. C'est valable pour Ecolo comme pour les autres partis.

Il n'y a plus d'exclusive?

Je ne vais pas tomber dans le piège et parler des exclusives qui nous remettraient dans le monde d'avant où l'on discutait de qui plutôt que de quoi. C'est un choix politique que de travailler sur le contenu. C'est ce que nous demandent les citoyens. 

Vivaldi ou pas Vivaldi?

Même réponse. 

Quelles relations avec le MR après les épisodes Khattabi et prosumer?

Ce qui s'est passé au Sénat nous met en colère. Mais il serait déplacé d'utiliser cette interview pour faire parler cette colère-là. La colère qui doit s'exprimer, c'est celle des secteurs de l'horeca, de la santé, de la culture.

Quelle relance, selon Ecolo?

"Le mot 'relance' donne l'impression que cette crise est une simple parenthèse qu'il faudrait refermer. Non, ce que nous avons vécu nous oblige à changer de modèle."
Jean-Marc Nollet
Coprésident d'Ecolo

Toutes les familles politiques disent: "Il faut un avant et un après". Les choix à venir doivent donc être différents de ceux qui nous ont conduits dans les difficultés que la crise a révélé. La disponibilité des masques ou notre hyperdépendance sur différents aspects. C'est pour cela que nous ne parlons pas de relance mais plutôt de redéploiement. "Relance" donne l'impression que cette crise est une simple parenthèse qu'il faudrait refermer. Non, ce que nous avons vécu nous oblige à changer de modèle. Il faut un vrai virage. 

Lequel?

"Il faut un green deal économique reposant sur trois secteurs-piliers: l'énergie propre, la mobilité douce et la souveraineté alimentaire."
Jean-Marc Nollet
Coprésident d'Ecolo

Pour nous, il faut fonder un nouveau contrat de société. Je vois deux axes: une Belgique plus résiliente et une Belgique plus efficace. Pour le premier, il y a nécessité de garantir un plancher social solide: extension du chômage temporaire, reconnaître que les infirmières et ceux qui ont été en première ligne doivent être structurellement revalorisés, un revenu de base inconditionnel pour les jeunes, un vrai statut pour les artistes, des pensions dignes. Ensuite il faut un plafond environnemental, des limites à ne pas dépasser en réchauffement climatique, acidification des océans, dérèglement climatique, biodiversité, etc. Entre les deux, un "Green Deal" économique reposant sur trois secteurs-piliers: l'énergie propre, la mobilité douce et la souveraineté alimentaire. C'est ce que nous avons développé dans nos contacts avec Paul Magnette, Egbert Lachaert et d'autres... Pour tout cela, il faut de nouveaux outils ou activer des outils sous-utilisés.

Vous pensez à quoi exactement? 

Les investissements. La Belgique a un retard énorme en la matière. Le relocalisation de notre économie. On a vu notre dépendance à l'égard de l'Inde ou de la Chine. Et pas seulement pour le matériel médical.

N'est-ce pas plus un problème de gestion des stocks que de modèle?

Non, c'est un problème de modèle. Il est basé sur le flux, le just in time plutôt que sur le stock. Illustration avec notre retard en matière d'infrastructures. Autre exemple: l'eau. L'université de Gand a sorti une étude qui devrait interpeller tous les politiques. Elle dit que les réserves en eau potable en Flandre ne sont que de un ou deux jours. On a le mois de mai le plus sec depuis 187 ans. On a plus trop pensé en Flandre au stock d'eau potable au point d'utiliser l'eau des rivières. Il faut quitter la logique du just in time et relocaliser. Et j'insiste, il faut réindustrialiser en bas-carbone. Tout investissement doit être une réponse à l'enjeu climatique. On peut le faire dans l'électronique, les batteries. On doit le faire. 

Ce flux tendu, c'est un pilier de la mondialisation que vous mettez à mal...

Bien sûr. On assume. Il faut réindustrialiser l'Europe en bas-carbone. Et il y a les circuits courts. Les gens ont redécouvert leur quartier, les commerces de proximité. Regardez les commerces de vélos pris d'assaut. On doit pouvoir répondre à cette demande en réindustrialisant l'Europe. La crise oblige à repenser l'économie de la vie: la santé bien sûr, l'éducation, la culture mais aussi l'alimentation. Tout peut très vite basculer et cette vulnérabilité vient du flux tendu, lui-même déterminé par le PIB. Les choix d'aujourd'hui vont impacter les 20 ans à venir. Heureusement, l'Europe a pris la bonne direction. La Belgique doit être à la hauteur. 

On peut le faire d'ici la fin de l'été dans un contexte politique tel que le nôtre?

"Ce qu'il faudrait, à côté de l'accord de gouvernement, c'est une déclaration d'interdépendance entre les entités de ce pays."
Jean-Marc Nollet
Coprésident d'Ecolo

En six semaines, la Commission et le Conseil se sont mis d'accord sur le Green Deal européen, donc pourquoi pas? Pour cela il faut une Belgique plus efficace. Cela passe clairement par un hiérarchie des normes. Le fédéral a été appelé à prendre ses responsabilités. Cela ne veut pas dire que tout doit revenir au fédéral mais quand il y a urgence ou incapacité d'arbitrage, le fédéral doit être reconnu comme autorité principale. Ensuite, la refédéralisation des compétences ne doit pas être un tabou. Enfin, la circonscription fédérale est nécessaire. Les gens doivent pouvoir s'exprimer, par exemple vis-a-vis de Maggie De Block. A l'inverse, que les Flamands puissent critiquer et sanctionner un ministre francophone.

Pas de tabous non plus pour défédéraliser certaines choses?

Non, cela va dans les deux sens. Qu'on régionalise ou qu'on refédéralise, on sera toujours dépendant économiquement l'un de l'autre, Flandre, Bruxelles, Wallonie. Ce qu'il faudrait, à côté de l'accord de gouvernement, c'est une déclaration d'interdépendance entre les entités de ce pays. On mettrait autour de la table une autre gouvernance de la réforme de l'Etat qui associerait les citoyens et les académiques. On a le temps de préparer une réforme entre 2020, 2021 et 2024. C'est à créer. 

Cela ne risque pas de compliquer encore les choses?

Arrêtons de penser que quand les citoyens s'impliquent, cela complique les choses. Ce sont les politiques qui compliquent les choses. 

Si on n'arrive à rien d'ici septembre, élections anticipées?

Ce serait normal mais on n'en est pas encore dans cette phase-là. 

Sophie Wilmès parle de grande union qui partirait des 10 partis qui soutiennent les pouvoirs spéciaux. D'accord? 

Ce qui est clair, c'est qu'il faut une majorité solide. Elle sera large. Les choses vont s'affiner. En travaillant sur le fond, la sélection naturelle va s'opérer. 

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