interview

Jean-Marc Nollet (Ecolo): "Il est temps de passer au plan B comme Belgique"

Jean-Marc Nollet, coprésident d'Ecolo ©Jonas Lampens

Ecolo estime que, tôt ou tard, une coalition sans la N-VA sera à nouveau testée au niveau fédéral. Sur base des convergences qui s'observent à la Chambre. Jean-Marc Nollet met le PS en garde sur la question institutionnelle.

Ecolo ne s’est pas beaucoup fait entendre ces dernières semaines alors que le blocage fédéral perdure. Le coprésident Jean-Marc Nollet brise ce silence. En prévision d’élections anticipées ? Non, non, assure-t-il. Le coprésident d'Ecolo a un "plan B comme Belgique". Au passage, les verts ont un petit message à adresser au PS.

Que pense Ecolo de cette entrée en piste de Koen Geens?

Notre impression est qu’on tourne en rond avec cette piste PS/N-VA. Je commence tout doucement à en avoir assez. Il est temps de passer au plan B. Avec B comme Belgique. Ce pays qu’on aime, qui a bientôt 200 ans et qui va présider l’Union européenne durant la prochaine législature. Ce pays qui se cherche aussi. Les missions se succèdent avec un seul objectif, former une coalition PS/N-VA. Ça ne marche pas.

En Flandre il y a cette perception que PS/N-VA, c’est possible, qu’il y a des convergences sur l’institutionnel. La Flandre s’illusionne?

"Je dis au PS et à Paul Magnette, 'Attention ! Ne faites pas ça. Ça va encore complexifier les choses. N’entrez pas dans cette spirale'".

À force de tourner en rond, on perd l’équilibre. Ce que le PS met sur la table, c'est une régionalisation de la justice, de l’Intérieur, de la police. Je dis au PS et à Paul Magnette, " Attention ! Ne faites pas ça. Ça va encore complexifier les choses. N’entrez pas dans cette spirale ". Aujourd’hui c’est la sécurité, demain ce sera la sécurité sociale. Aujourd’hui c’est la justice, demain ce sera la justice fiscale.

Le PS ne parle pas tellement de cette volonté de régionaliser.

Le PS l’a mise sur la table dans le cadre d’un accord destiné à ne pas faire trop mal d’un point de vue social.

Votre plan B comme Belgique, c’est quoi?

©Jonas Lampens

Il est temps de rassembler tous ceux qui veulent donner un avenir à ce pays, avec une vision positive, ouverte et ambitieuse. C’est la seule voie. C’est déjà celle qui se voit au Parlement. Regardons ce qui s’est passé depuis que le gouvernement est minoritaire, soit décembre 2018. La N-VA quitte alors le gouvernement. Depuis, des majorités se sont construites. Avant les élections, on a adopté le pacte des Migrations, sous l’impulsion des verts, on a adopté une résolution sur un objectif de réduction des émissions de CO2. C’était impossible tant que la N-VA était là. On a voté cela avec le CD&V, le Vld, le cdH. Puis il y a eu les élections. Avec 21 députés, le groupe Ecolo/Groen est désormais le deuxième le plus puissant du Parlement fédéral après la N-VA. On a voté le code civil avec la protection de la biodiversité, la loi anti-tabac, les 12e provisoires, la répartition des migrants secourus en mer, la réduction de l’indemnité de sortie des parlementaires.

Et sur l’avortement?

Ça doit encore passer en plénière. On attend encore des votes sur les jeux de hasard, le congé de paternité, la comptabilité carbone, etc.

Chaque fois sans la N-VA?

Oui ! Ce plan B se réalise déjà dossier par dossier. Cela pourrait fonctionner dans le cadre d’une majorité stabilisée.

Le CD&V réclame une majorité en Flandre, ce qui n’est pas possible sans la N-VA.

"Au niveau européen, les mêmes familles politiques ont pu s’entendre sur le Green Deal, avec les verts. En six semaines, la Belgique devrait en être capable."

Au niveau européen, les mêmes familles politiques ont pu s’entendre sur le Green Deal, avec les verts. En six semaines, la Belgique devrait en être capable. Outre les verts, se sont associés les sociaux-démocrates, les libéraux de Renew Europe et le PPE. Comme en Belgique, la N-VA est en dehors de cette logique.

Votre plan B revient à l’arc-en-ciel élargi ou la Vivaldi.

Effectivement. On a déjà perdu beaucoup de temps, il faut se recentrer sur quatre axes. Un, la déclinaison au niveau belge de ce Green Deal, avec les ambitions les investissements nécessaires, les mesures en mobilité, le stockage de l’énergie, etc. Deux, des mesures de correction sur les  pensions, les bas salaires, les allocations sociales, les soins de santé et l’équilibre de la Sécu. Trois, la transition d’une économie linéaire vers une économie circulaire, avec des mesures de soutien et de protection des entreprises. Quatre, le renforcement de la démocratie pour lutter contre les populismes. Ces quatre axes sont nécessaires, mais je suis ouvert à ce qu’il y en ait d’autres.

Tout cela dans un cadre budgétaire de moins en moins favorable…

La situation est difficile, heureusement toutes les mesures que j’évoque ne coûtent pas. La précédente majorité s’était engagée à un retour à l’équilibre en 2018. On est avec un déficit de plus de 12 milliards. Le coût de l’inaction en matière climatique est quatre fois plus important que le coût de l’action. Si on arrive à s’articuler sur le projet européen, on peut considérer que les investissements nécessaires doivent être comptabilisés en dehors du périmètre budgétaire.  

Et le vieillissement, les rentrées fiscales ? Faut-il corriger ce qui a été fait par le gouvernement précédent?

"Le meilleur moyen de financer les pensions, c’est de capter les emplois durables de demain."

Oui, mais j’ai d’abord envie de dire que le meilleur moyen de financer les pensions, c’est de capter les emplois durables de demain.

Avez-vous été sollicité par M. Geens?

Oui, nous avons pris le temps. Deux heures. Nous avons proposé à Koen Geens de partir du contenu, des axes dont je vous parle.

M. Geens Premier ministre?

Pour nous, c’est secondaire.

Comprenez-vous que le refus d’Ecolo de s’asseoir avec la N-VA crispe en Flandre?

Quand c’est présenté comme cela, oui. Je suis le seul président de parti francophone à avoir eu un débat public, pour L’Echo et De Tijd, avec le président de la N-VA. Quelle a été la conclusion de Bart De Wever ? (il montre un article de presse, une phrase de De Wever est surlignée : " jamais je ne monterai dans un gouvernement avec Ecolo, même dans 1000 ans. ", NDLR). Ne perdons pas de temps. Mais attention, quand on a été invités par M. Bourgeois, on a été. Si demain Bart De Wever devait être nommé informateur et qu’il nous invite pour discuter - pas pour négocier - on ira.

Vous parlez de plan Belgique, mais vous excluez le premier parti de Flandre, contradictoire?

"Koen Geens et Gwendolyn Rutten veulent donner un avenir à la Belgique."

Ce parti veut gérer le fédéral alors que l’article premier de ses statuts dit qu’ils veulent la fin de la Belgique. La contradiction est là, pas chez les autres. Koen Geens et Gwendolyn Rutten veulent donner un avenir à la Belgique.

M. Coens, président du CD&V, propose de dupliquer les majorité régionales. Il veut la N-VA à bord.  

Je joue au volley. Je pense qu’il faut attendre le tie break, le moment décisif. Ou le money time pour ceux qui jouent au basket.

Vous croyez plus à un atterrissage avec le CD&V qu’à des élections anticipées?

Au CD&V et au Vld, beaucoup font la même analyse : ces dossiers qui arrivent au Parlement ne peuvent être solutionnés avec la N-VA. A la fin de son interview au Morgen, Coens dit : " On ne peut pas aller aux élections tant qu’on n'a pas testé toutes les formules ". Pour l’instant ils tournent autour de la piste PS/N-VA. Après, on testera l’autre. J’ai fait mon petit calcul. Depuis les élections, on a passé 218 jours sur la coalition PS/N-VA et 34 jours autour d’une autre formule. Pour moi, en six semaines on peut s’en sortir avec un programme recentré.

Ecolo est-il ouvert à la réflexion institutionnelle?

On n’est pas fermés, mais on ne doit pas le faire dans la précipitation. Ce travail doit être mené d’ici 2024. Le plan Belgique peut contenir un chapitre de préparation d’une réforme de l’État avec un objectif d'efficacité.

Allez-vous à nouveau proposer Zakia Khattabi pour siéger à la Cour constitutionnelle?

"GSK? Cette recherche du profit doit être contrebalancée par des garanties plus fortes en termes d’emplois."

La réflexion est toujours en cours.

Les pertes d’emploi à GSK, une fatalité?

Cette nouvelle démontre que cette recherche du profit doit être contrebalancée par des garanties plus fortes en termes d’emplois. Pour les aides publiques, on doit pouvoir y réfléchir. Soit avec une évaluation a posteriori et un remboursement partiel des aides si les emplois ne sont pas maintenus X années. Soit un versement a posteriori en fonction de l’emploi créé. Il faut affronter ce débat. Cette annonce est beaucoup trop brutale. Je suis persuadé que dans le dialogue avec le gouvernement wallon et les organisations syndicales, on arrivera à autre chose. La question du bénéfice réalisé doit être au cœur de la discussion sur les aides. La Wallonie ne peut se permettre d’investir à fonds perdus.

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